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La météo devient-elle folle ? La journaliste Chloé Nabédian livre les résultats de son enquête à Monaco

Mis à jour le 30/09/2019 à 12:46 Publié le 30/09/2019 à 12:02
Chloé Nabédian.

Chloé Nabédian. Thibaut Parat

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La météo devient-elle folle ? La journaliste Chloé Nabédian livre les résultats de son enquête à Monaco

A Monaco pour le dévoilement du rapport du GIEC, Chloé Nabédian, journaliste et présentatrice météo pour les JT de France 2 a présenté son livre et levé le voile sur cette science passionnante

Sans mauvais (et facile) jeu de mots, elle fait la pluie et le beau temps. Devant notre petite lucarne, à l’heure des JT de France 2 de 13 h et 20 h, Chloé Nabédian nous prévient d’une perturbation météorologique, d’un épisode caniculaire ou d’une chute de températures. Chez France Télévisions depuis 2016, la présentatrice et journaliste météo de 34 ans - ne lui collez pas le surnom de « Miss Météo » - anime aussi des chroniques scientifiques pour vulgariser cette science, aussi vaste que pointue.

Après un an d’enquête fouillée, elle répond dans un récent ouvrage, aux éditions du Rocher, à une question qui nous taraude tous : "La météo devient-elle folle ?". Présente à Monaco pour animer une émission Franceinfo en lien avec le dévoilement du rapport du GIEC (*) sur les océans et la cryosphère, elle lève le voile sur cette science qui possède encore ses parts d’ombre.

Cet ouvrage est-il né de l’interrogation de vos téléspectateurs ?
À un moment où il y a eu beaucoup de vigilance météo, tout était dû au réchauffement climatique, qu’il pleuve ou pas, qu’il fasse chaud ou pas, froid ou pas. Avant, le discours était “Non mais c’est la météo, c’est normal”.
Dans n’importe quelle science, la vérité est au milieu. Il y avait un besoin de rétablir la vérité sur l’évolution des phénomènes météorologiques face à ce réchauffement climatique qui, lui, est indéniable. Il m’a fallu un an d’enquête pour retracer et remonter toutes les filières.


La météorologie est-elle une science exacte ou y a-t-il toujours une part d’imprévisible ?
La météo n’est toujours pas une science exacte et ne le sera jamais. Les phénomènes météos sont encore assez imprévisibles. J’ai, par exemple, eu du mal à expliquer de façon pédagogique la formation d’une tornade. On sait à 90 % comment cela se produit mais des éléments et des parts d’ombre échappent encore aux scientifiques. On continue à étudier.


Quel est le témoignage le plus édifiant que vous ayez recueilli ?
Celui de Garrett Black, pilote chasseur d’ouragans, une personne qui fait preuve d’une énorme humilité face aux éléments et à son travail. À chaque mission, lui et les autres risquent leur vie en allant au cœur de la bête, de l’ouragan. On les voit à l’intérieur de l’œil, ils prennent des « G » monumentaux. Il me confiait qu’il récupérait des informations et les envoyait trois fois par seconde aux machines du centre national des ouragans. C’est pour cela qu’ils ont su si précisément que l’ouragan Dorian n’impacterait pas la Floride, ni la Caroline.

"Ils risquent leur vie en allant
au cœur de l'ouragan"


En conclusion, vous laissez entendre que le danger est que le changement climatique se fasse progressivement et que, finalement, l’homme s’adapte sans mesurer le risque. Il faut une prise de conscience globale…
Il n’y a pas un seul moment, aujourd’hui, où l’on ne parle pas de réchauffement climatique et d’environnement. C’est, à la fois, une bonne et une mauvaise chose. Bonne car tout le monde en a conscience. Il ne faut toutefois pas tomber dans l’extrême inverse, où l’on pense que tout est lié au réchauffement climatique et que l’on ne peut rien faire. Chacun, à son niveau, peut mettre des choses en place. Au-delà de ça, ce sont les États qui doivent mettre en place des mesures costaudes pour remédier à ce réchauffement climatique et aider les citoyens.


Vous évoquez l’épisode méditerranéen – ces épisodes orageux violents – dont ont été victimes notamment Cannes, Mandelieu et Biot en 2015. Et vous dites cette phrase : "Les maires ont une terrible responsabilité : repenser l’urbanisme"…
Ce qui m’a surpris lors des multiples interviews, c’est de me rendre compte que de très nombreux villages avaient été construits par-dessus la nature, par-dessus des rivières asséchées. Ils ont voulu prendre la main sur la nature mais celle-ci reprend toujours ses droits à un moment donné, et cela se passe lors d’événements dramatiques. J’ai le souvenir de Cannes et Mandelieu et de ces garages en sous-sol. En termes d’urbanisme, pourquoi ne pas mettre des parkings sur les toits au lieu de le faire en sous-sol ? C’est tout cet aspect-là qui est nécessaire dans le Sud-Est de la France, touché par les épisodes méditerranéens. Des solutions existent et il faut qu’elles soient mises en place.

"L'océan est un poumon protecteur qui devient malade"

À quel titre êtes-vous venue au dévoilement du rapport du GIEC ?
Je suis venue pour une émission spéciale sur Franceinfo. L’idée est d’alerter sur l’acidification des océans, la fonte du permafrost, de la banquise et des glaces. De voir, aussi, à quel point l’océan recouvre plus de 70 % de la planète. C’est un poumon indispensable à l’être humain aujourd’hui. C’est un poumon protecteur. Il absorbe le C02 à hauteur de 25 à 30%, ce qui l'acidifie, et il absorbe l'excédent de chaleur à hauteur de 93 %, ce qui le réchauffe. Il le fait tellement qu’il en devient malade. Tout ce qui se passe dans l’atmosphère et les océans est lié et la protection de l’océan est la base.

La clef même ?
L’une des clefs oui. Car il faut aussi protéger l’atmosphère. Si on ne règle pas ce problème de C02, l’océan va continuer d’en avaler. Il faut d’abord se concentrer sur les émissions de gaz à effet de serre. Ce sont les Accords de Paris. C’est pour cela qu’on parle tout le temps de neutralité carbone, qu’il faut baisser nos émissions. La surpopulation pose question aujourd’hui. Plus on est nombreux, plus on consomme, plus il faut développer une industrie importante, cela demande beaucoup de ressources. Et c’est pour rester aussi nombreux qu’il faut trouver des solutions afin de baisser par personne le taux de carbone.

"La terre nous survivra toujours, c’est plutôt notre civilisation qui pose question"


Des ingénieurs et scientifiques évoquaient le chiffre de +7°C en 2100 si la croissance venait à s’emballer frénétiquement…
C’est vraiment la version la plus pessimiste car on a différentes courbes. Sur les derniers rapports duGIEC, ils parlaient de +4,8°C. Forcément, notre croissance est si importante, la population grandit tellement, des pays sont en train d’émerger, de se développer. C’est extraordinaire pour eux et normal car on l’a fait il y a des dizaines d’années. La question qui se pose aujourd’hui, c’est comment se développer de façon propre et sans carbone pour que toutes ces personnes puissent rester sur terre. Les conséquences à 7°C seraient terribles. La terre nous survivra toujours, c’est plutôt notre civilisation qui pose question.


Le prince Albert II, avant le dévoilement du rapport, parlait de prévisions alarmantes. En tant que spécialiste, vous êtes également pessimiste ?
Vu les derniers rapports, je me doutais que leurs conclusions soient pessimistes. Ce qui est terrible, c’est de voir à quel point cela va plus vite que leurs propres prévisions déjà alarmistes. Ça s’accélère plus vite que ce que l’on pouvait s’imaginer, notamment cette notion de permafrost. Il fond alors qu’on pensait que non. C’est très alarmant car c’est un sous-sol gelé qui représente 25 % des terres émergées de l’hémisphère Nord. Ce sous-sol emmagasine 1 700 milliards de tonnes de carbone d’origine végétal. S’il fond, ça va libérer du C02, méthane, des virus, des bactéries. Ça peut devenir très grave.

"il ne faut pas tomber dans la caricature"


L’activiste pour le climat, Greta Thunberg, est un personnage controversé. Votre avis personnel sur l’adolescente ?
Elle a réussi à faire quelque chose d’extraordinaire : mobiliser une jeunesse qui s’inquiète pour son avenir et en être le porte-drapeau. Mon neveu de 8 ans est déjà très au fait des questions liées à l’environnement et au développement durable. C’est lui qui pousse ma sœur à être écoresponsable, d’avoir son goûter dans une boîte, avoir une gourde au lieu d’une bouteille en plastique. L’école a un rôle primordial pour les former. Il ne faut pas, non plus, que cela crée un sentiment terrible et tomber dans l’extrême inverse. Aller en bateau a New York, je ne trouve pas que cela soit un très beau symbole. Certes, elle a montré qu’elle pouvait se déplacer sans dépenser aucun carbone, ça n’empêche que demain, il est impossible de revenir à des temps anciens où l’on traverse l’Atlantique en bateau à voile. Il ne faut pas tomber dans la caricature.


Comment, selon vous, doit-on parler de météo au grand public ?
Il ne faut jamais perdre à l’esprit que la météo est là, à la base, pour des raisons de confort. C’est un programme familial. On donne les prévisions météo, on parle de toutes les régions car les gens sont chauvins [rires]. Et on donne des idées. Car les parents veulent savoir comment habiller leurs enfants, s’ils partent en week-end, en vacances. On a voulu aller plus loin car aujourd’hui avec les smartphones, on a la météo très rapidement chez soi.
On a donc transformé le bulletin météo en journal météo pour apporter des explications scientifiques. Enfants comme adultes se demandent pourquoi la neige est blanche, pourquoi les nuages ne tombent pas du ciel…

* Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

Offre numérique MM+

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