Inondations, températures plus chaudes, gel... Quel climat prévoir à Menton en l'an 2050?

En s’appuyant sur des données de Météo France, le service Grands formats de l'AFP a élaboré un outil intitulé "Le futur du climat dans votre ville". En voici les résultats sur le secteur de Menton.

Alice Rousselot Publié le 07/08/2021 à 16:54, mis à jour le 07/08/2021 à 16:54
Avec 96 "journées estivales" en 2050, Menton aurait l’une des pires hausses de France. Photo S. B.

Venue à Menton pour une conférence organisée par les amis du Val Rahmeh, en 2018, la responsable du centre Météo France de Nice, Marie-France Delansorne, s’était montrée formelle: d’ici à la fin du siècle, Nice et ses alentours glisseront progressivement vers le climat actuel d’Alger.

Pour mieux appréhender cette réalité aujourd’hui, le service Grands formats de l’AFP vient de développer un logiciel pour se projeter dans le climat prévisionnel de 2050 à l’échelle des communes françaises.

Les projections - réalisées à l’aide d’une série de données fournies par Météo France - reposent en fait sur trois scénarios différents, par ordre de gravité.

Réchauffement moindre que 71% des territoires

Selon le scénario optimiste, "le réchauffement climatique est le plus limité possible, grâce à une réduction drastique, mondiale et immédiate des émissions de gaz à effet de serre. Entre 1976-2005 et la seconde moitié du XXIe siècle, les températures augmentent jusqu’à 1,6 °C en France".

Le scénario intermédiaire - qui correspond le plus aux politiques environnementales actuelles - envisage, lui, que "les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne commencent à décroître qu’aux alentours de 2050. Les températures augmentent jusqu’à +2,2°C d’ici la seconde moitié du siècle".

 

Le scénario pessimiste? Il repose sur le principe que les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître. Impliquant jusqu’à +3°C d’augmentation des températures d’ici la seconde partie du XXIe siècle.

Le logiciel, très intuitif, permet d’apprendre que la moyenne annuelle des températures enregistrées entre 1976 et 2005, à Menton, était de 15 °C.

Selon le scénario intermédiaire du réchauffement, cette moyenne aura augmenté de 1,6 °C en 2050 (+1,1°C pour les optimistes, +2,2°C pour les pessimistes).

"Malgré cette augmentation, la zone restera parmi celles, en France métropolitaine, où le réchauffement sera le plus limité. En effet, près de 71 % du territoire se réchaufferont plus rapidement", indique-t-on.

Rappelant néanmoins que le réchauffement global entraîne une fonte des glaces sur le globe et une dilatation des océans, responsable de l’élévation des mers. "Cette hausse pourrait être responsable d’inondations côtières plus fréquentes et plus violentes qu’aujourd’hui." 

 

Parmi les plus touchés pour les jours anormalement chauds

Autre critère pris en compte: le nombre de jours anormalement chauds (quand la température est supérieure de 5°C ou plus à la normale).

De 12 par an au début du siècle, la moyenne pourrait se situer à 36 d’après le scénario intermédiaire - 57 journées dans la version la plus noire.

Le nombre de journées estivales, où la température dépasse 25°C, passerait lui de 65 jours par an (en moyenne) à 96. Signant l’une des pires hausses en France.

"Avec 32 nuits caniculaires par an au début du siècle, Menton fait aujourd’hui partie des 10% du territoire les plus touchés", peut-on également lire.

Et la moyenne pourrait affoler les compteurs avec 65 au total par an - d’après le scénario intermédiaire! Quant aux journées à plus de 35°C, à ce jour quasi inexistantes, elles devraient atteindre les 1,2 à 2,3 en moyenne.

Dernière donnée prise en compte: les jours de gel, qui passeraient de quatre (actuellement) à 1 ou 2 seulement.

Une vue de Sospel. Photo J.-F. O..

Sospel: gare aux nuits caniculaires

Dans le village de la Bévéra, la moyenne annuelle des températures enregistrées entre 1976 et 2005 était de 13 °C.

Selon le scénario intermédiaire du réchauffement, cette moyenne aura augmenté de 1,7°C d’ici à la moitié de ce siècle.

Cette augmentation très rapide des températures placerait la zone parmi les 35% où elles augmenteront le plus en France métropolitaine, prévoit-on.

Les jours anormalement chauds, dont le nombre était situé à 20 par an au début du siècle, pourraient par ailleurs se hisser à 57 d’après le scénario intermédiaire (77 dans la version la plus pessimiste).

D’après les estimations, le nombre de journées estivales - où la température dépasse 25°C - passerait lui de 41 jours par an en moyenne à 71 jours.

Par ailleurs, avec 13 nuits caniculaires par an au début du siècle, la commune fait déjà partie des 10% du territoire les plus touchés. Et le chiffre pourrait atteindre à l’avenir les 38, en moyenne, par an. 49 selon le scénario pessimiste.

Les journées extrêmement chaudes, jusqu’alors inexistantes, pourraient également apparaître.

Les jours de gel? Au nombre de 14 jusqu’alors, ils devraient chuter pour se situer entre 9 et 4 par an…

Une vue de Tende. Photo C. D..

Tende: attention, montagne fragile

"Les montagnes, en France, sont de par leur fragilité très vulnérables au changement climatique", rappellent en préambule les journalistes de l’AFP. Indiquant que la moyenne annuelle des températures enregistrées à Tende entre 1976 et 2005 était de 9,1°C.

En s’appuyant sur les scénarios extrêmes (optimiste et pessimiste), l’évolution des températures devrait y être comprise entre +1,3°C et +2,5°C.

"Cette augmentation très rapide des températures placera la zone parmi les 5% où elles augmenteront le plus en France métropolitaine", précise-t-on.

Pas très rassurant, mais directement lié à l’implantation en montagne - milieu où "la température augmente très vite et où les conséquences sont déjà bien visibles: raréfaction de la neige à moyenne altitude, fonte des glaciers, effondrements de zones habituellement gelées…".

Par ailleurs, alors qu’au début du siècle, le nombre de jours anormalement chauds était d’environ 32 par an, il pourrait, selon le scénario intermédiaire de réchauffement, atteindre 88 jours chaque année en milieu de siècle.

Le nombre de journées estivales, où la température dépasse 25°C, passerait lui de 15 jours à 41 par an en moyenne.

Quant au phénomène de nuit caniculaire, très faible jusqu’alors, il pourrait concerner trois jours dans les prochaines décennies. Jusqu’à sept dans le scénario pessimiste. Les jours de gel, eux, passeraient de 73 en moyenne à entre 56 et 40.

Méthodologie

Les données sur lesquelles s’appuie le moteur de recherche conçu par l’AFP sont issues du portail www.drias-climat.fr.

"En utilisant des modélisations climatiques européennes, les chercheurs de Météo France ont réalisé un ensemble de trente projections différentes du climat futur en France, en se basant notamment sur trois scénarios différents d’émissions de gaz à effet de serre établis par les experts climat de l’ONU (GIEC) : émissions maîtrisées, modérées ou non réduites", explique l’agence.

Précisant que ces projections ont ensuite été corrigées via une méthode statistique, grâce à l’utilisation d’observations passées du climat.

C’est par ailleurs grâce à un système d’algorithme que l’AFP a pu sélectionner - parmi les 8.602 points de données fournies - celui correspondant le mieux à chaque ville, en respectant notamment des critères d’altitude et de proximité.

L’agence s’appuie sur six indicateurs, consciente que la seule hausse des températures ne suffit pas à illustrer les évolutions du climat.

Quant aux comparaisons, elles se font sur des périodes de 30 ans pour que des événements météorologiques isolés ne définissent pas, à eux seuls, une époque.

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