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Chaleur anormale, grosses précipitations, réchauffement climatique... Que faut-il retenir de la météo en 2021?

Les Français et les Provençaux ont vécu une "année de répit" dans le réchauffement climatique. Selon Météo France, cela n'a pas empêché une hausse des températures de +2°C sur le territoire national. Le Grec-Sud prône l’interdiction de nouvelles constructions dans les zones littorales les plus exposées.

Régine Meunier Publié le 01/01/2021 à 12:30, mis à jour le 01/01/2021 à 12:02
L’année 2021 devrait rester parmi l’une des dix années les plus chaudes jamais enregistrées par Météo France. Photo Luc Boutria

La douceur exceptionnelle dans lequel baigne le département du Var depuis quelques jours n’a échappé à personne. Mais est-elle significative de la tendance météorologique annuelle? Pas forcément... Dans les faits, les choses sont plus nuancées.

Selon un bilan de Météo France, arrêté au 10 décembre, l’année 2021 devrait compter parmi les dix années les plus chaudes enregistrées dans le monde, mais pas la plus chaude... On peut donc se demander si la hausse des températures liée au changement climatique ne ferait pas une petite pause?

"Il ne s’agit que d’un répit de courte durée, qui n’inverse pas la tendance au réchauffement à long terme, et qui ne réduit pas non plus l’urgence de l’action climatique", répond Matthieu Sorel, climatologue à Météo France.

Le phénomène de la Niña, qui est une anomalie de température des eaux équatoriales (avec une température anormalement basse) n’est peut-être pas étranger à ce résultat.

Moins de soleil dans le Sud

Malgré des mois très chauds et d’autres plus frais, +0,2°C ont été constatés par rapport aux normales 1981-2010 sur l’Hexagone, faisant de 2021, la 21e année la plus chaude depuis 1900.

 

"Plusieurs mois sont en anomalies négatives mais les anomalies chaudes sont bien plus importantes que les froides", explique le climatologue. L’arc méditerranéen a connu des températures un peu plus élevées qu’ailleurs en moyenne.

À noter que l’ensoleillement a été excédentaire au nord et déficitaire au sud. Quant aux précipitations, le bilan fait apparaître des disparités régionales - l’arc méditerranéen étant déficitaire - mais les épisodes cévenols, ont tendance à augmenter.

La nuit la plus chaude à Menton

En région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, un excédent thermique plus élevé qu’ailleurs a été enregistré en 2021, avec +0,6°C par rapport aux normales 1981-2010. En revanche les précipitations sont à -8%. Un gros déficit a été noté en mars, juin et août.

Les gelées tardives du 7 au 9 avril, après la douceur de mars, qui ont fait beaucoup de dégâts notamment sur les vignes dans le Var, restent un des faits marquants.

 

Il est à associer au changement climatique avec un raccourcissement de la saison hivernale, et des températures plus clémentes en février notamment.

Cela a entraîné un départ de la végétation prématuré qui, s’est ensuite retrouvée confrontée à une vague de froid inattendue. D’où l’impact désastreux sur les cultures.

C’est à Menton, dans les Alpes-Maritimes, que la nuit la plus chaude de l’année a été enregistrée en France, avec 28,9°C le 14 août dernier.

Cependant en Paca, l’année 2021 n’a pas connu les vagues de chaleur extrêmes de certaines années. Une seule vigilance a été émise. C’était du 10 au 16 août et elle était orange.

Cela ne signifie pas que la planète en a fini avec le dérèglement climatique. Les intempéries de cet été qui ont causé la mort de dizaines de personnes en Allemagne, Belgique et Luxembourg en sont la preuve.

Repères

2020: elle reste l’année la plus chaude sur la France (+2°C) par rapport à la période 1961-1990. C’est aussi l’année la plus chaude sur l’Europe (+2,2°C) et sur le globe (+1,2°C) par rapport à 1850-1900 (données Copernicus).

250: la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a vécu un épisode méditerranéen de forte intensité du 3 au 5 octobre. Pas moins de 173mm de précipitations à Marseille et 250mm à Brignoles ont été relevés.

Dans le cahier Solutions du Grec-Sud, 85 chercheurs ou spécialistes font des propositions concrètes sur la région. Un document qui n’est pas fait pour plaire à tout le monde.

Il permet de prendre dès aujourd’hui des décisions, parfois radicales mais nécessaires, pour la protection des personnes et des biens.

Ainsi, face à l’élévation du niveau de la mer et l’érosion du littoral, les scientifiques indiquent qu’il faut interdire de nouvelles constructions dans les zones les plus exposées, démolir les biens menacés, recréer des zones tampon pour faire face aux submersions marines.

 

étendre le "slow" tourisme

"La loi “climat et résilience”, le dispositif “Trait de côte” du Plan climat de la Région Sud, les plans locaux d’urbanisme et le code de l’urbanisme sont autant de repères et d’outils à disposition", est-il précisé.

Que le tourisme fasse vivre la région, en particulier le Var et les Alpes-Maritimes, ne doit pas empêcher de le rendre plus vertueux. Ce secteur de l’économie est énergivore, alors de nouvelles pratiques s’imposent. Par exemple, développer un tourisme 4 saisons, ou encore sortir définitivement du tout ski, et promouvoir le "slow" tourisme.

À partir de 2050, les pénuries d’eau vont se multiplier. Il ne faut donc pas attendre pour mettre déjà en œuvre l’utilisation des eaux usées traitées dans l’agriculture, l’arrosage ou la production de fertilisants, indique le document.

Et pourquoi ne pas changer les heures d’ouverture des lieux publics? C’est une des solutions avancées pour lutter contre les îlots de chaleur urbains. Elle irait de pair avec plus de nature en ville, et l’amélioration de la conception des bâtiments en matière d’isolation.

Les constructions les plus menacées sur le littoral devraient être détruites estime le Grec-Sud. Photo archives Sébastien Botella.

Philippe Rossello: "Les records de froid tendront à disparaître"

Philippe Rossello est coordinateur et animateur au Grec-Sud, qui décrypte et diffuse les connaissances scientifiques sur l’évolution du climat, évalue les enjeux et les effets du changement climatique de l’échelle régionale à locale.

Le Grec-Sud vient de publier le Cahier thématique Solutions concrètes pour s’engager dans les transitions en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Car "face au changement climatique, il y a urgence", martèle Philippe Rossello, tout en rappelant les objectifs réglementaires à atteindre.

"En France, c’est -40% d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, et la neutralité carbone en 2050. Mais la France va très probablement s’aligner sur les objectifs européens et c’est-à-dire -55% d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. C’est dans neuf ans!"

Météo France a évoqué en décembre "un répit" avec une année 2021 moins chaude dans la région. Va-t-il durer?

On ne peut pas vraiment parler de répit. Avec la variabilité interannuelle du climat qui est naturelle, une année, une saison ou un mois peut s’avérer un peu moins chaud ou inversement. Mais l’évolution à la hausse de la température se poursuit et, de manière générale, les évènements climatiques extrêmes sont désormais plus fréquents et intenses.

Y aura-t-il encore des records de froid?

Avec la hausse de la température, les années froides sont moins froides que celles d’il y a 40 ou 50 ans. Le changement climatique n’empêche pas d’avoir quelques records de froid. Mais ils seront au fil du temps de moins en moins nombreux et tendront même à disparaître si nous changeons rien. Si on regarde la période récente, 1960 à aujourd’hui, les années ou les saisons froides sont majoritairement avant 2000, alors que les saisons chaudes sont surtout enregistrées post-2000. Mais nous connaîtrons encore des épisodes de froid avec des évènements neigeux dans le sud de la France, par exemple.

Pourquoi n’arrive-t-on pas à agir plus vite contre le changement climatique?

La prise de conscience progresse rapidement que ce soit au niveau des élus, des collectivités ou des entreprises. Cela ne veut pas dire que les actions mises en œuvre à l’échelle locale ou régionale soient suffisantes. Les acteurs ont conscience des problèmes, mais ils ne savent pas comment faire et répètent qu’ils n’ont pas l’argent pour. Quand les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à atteindre, sont énoncés, la mission leur paraît tout simplement impossible.

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