Mitch Lowe De Netflix à Monaco

Ancien vice-président de Netflix et présent au premier festival de streaming de Monaco qui s’est ouvert hier au Grimaldi Forum, l’Américain demeure un amateur éclairé.

Publié le 03/07/2021 à 14:31, mis à jour le 07/07/2021 à 11:28
Mitch Lowe, hier, au Fairmont Hôtel de Monaco. (Photo M. F.)
(DR)

Une rencontre digne d’une bonne série Netflix. Mitch Lowe, vice-président du développement commercial et des alliances stratégiques du géant américain Netflix de sa création à 2003, avant de briller dans d’autres boîtes liées au divertissement (RedBox, MoviePass), était naturellement invité au premier Streaming Film Festival qui s’est ouvert, hier, au Grimaldi Forum de Monaco. Via deux attachées de presse anglophones et le tout sur WhatsApp, le rendez-vous était convenu à 17 heures au sein du site monégasque. Sauf qu’à 17 heures, pas de Mitch Lowe dans les murs. Et impossible de remettre la main sur notre contact initial. Perdu au milieu des professionnels du streaming qui sont là avant tout pour faire du business, on cherche à mettre la main sur Mitch Lowe. Finalement, l’homme est localisé à l’hôtel Fairmont, non loin du Grimaldi Forum. Google Images pour avoir un aperçu de notre cible. Là, dans le lobby, on retrouve Mitch Lowe, masque noir avec le drapeau du Mexique sur le visage, chemisette et yeux pétillants. Celui qui était au cœur du réacteur du géant américain Netflix lors de son lancement nous invite ensuite au calme pour prendre un café et tailler une bavette.

Netflix vs Cannes

"Je considère le streaming au sens large: TikTok, YouTube, Netflix, Amazon, etc. Le streaming est, pour moi, surtout une manière de consommer les choses, lâche-t-il d’entrée. Vous avez entre vos mains une librairie mondiale. On se rend compte que les gens ont de plus en plus de mal à voir un film de deux heures au cinéma sans suite. Que deviennent les personnages? Quelle suite?".

À la fin des années 1990, Mitch Lowe est avec d’autres investisseurs américains, à l’origine d’une révolution mondiale: Netflix. " On voulait créer un catalogue mondial, rembobine-t-il, une sorte de vidéoclub dématérialisé mais dans lequel vous trouviez une offre de cinéma indienne, française, scandinave, américaine, etc.". Près de vingt ans après cette idée, le monde entier connaît Netflix. Le site a fait jurisprudence, engendrant dans son sillage des concurrents comme Amazon, Apple TV+, Disney+, changeant non seulement la donne pour les usagers mais aussi pour les entreprises puisque Netflix est avant tout un business model novateur. Une révolution qui ne plaît pas à tout le monde, à commencer par le monde du cinéma et notamment le Festival de Cannes. "Ils pensent que Netflix va cannibaliser leur business alors que c’est une opportunité unique de travailler ensemble. C’est dommage de ne pas se servir de cette émulation pour stimuler la créativité. Avant, quand vous étiez scénaristes ou producteurs, vous deviez absolument passer par les cinq ou six gros studios qui contrôlaient tout, comme MGM, Universal, Disney, Sony, pour avoir la chance de faire un film et d’être distribué. Avec l’arrivée des plateformes, vous permettez à de nombreux scénaristes, réalisateurs, producteurs, de tenter leur chance. Cela multiplie les projets et cela permet surtout à la créativité d’exploser." Entre les lignes, Lowe constate que le cinéma propose exactement la même expérience qu’il y a vingt ans. Autant dire, une salle, des sièges, du pop-corn, et basta. "Il y a un côté mythique, surtout le fait d’être au même endroit que des inconnus pour partager et découvrir un film, poursuit Lowe, mais le cinéma n’a pas réussi à prendre le virage de la modernité et devrait proposer, par exemple, des soirées avec des séries, des évènements sportifs en direct ou de l’e-sport, des choses qui sont très tendances depuis quelque temps et sur lesquels le cinéma ne s’est jamais positionné."

 

Fan de Lupin

Netflix, ce sont aussi des petits ajouts qui ont rendu la plateforme iconique comme le fameux "Tou-Doum" sonore qui accompagne l’univers: "Une idée d’un de nos employés". Le fait de pouvoir enchaîner les épisodes sans se refaire le générique: "C’est aussi quelqu’un de l’équipe qui, en utilisant le service à ses débuts, nous a suggéré cette idée. C’est sans doute la plus grande invention interne de Netflix, nous avons vraisemblablement mis en marche le binge-watching". Voilà comment, en près de deux décennies, Netflix est devenue une marque mondiale. La preuve, Mitch Lowe est un grand fan de... Lupin, une création originale française. "J’adore", lance-t-il avec un immense sourire. Mais une série comme Wanted, une production australienne, trouve également merveille à ses yeux. Sur son portable, il est tout fier de montrer l’application MHz Choice qui permet, via un abonnement, d’avoir accès à toutes les séries mondiales. Celles-ci sont réparties par genre ou par pays. En cliquant sur l’icône "France", Mitch Lowe nous montre ses pépites hexagonales: Un village français mais surtout la série de France TV Meutres à.... Comme quoi, on peut avoir été au départ du lancement du plus grand site de streaming du monde et être complètement sous le charme d’un unitaire traitant d’une affaire de meurtre à Grasse avec Lorie.

Mathieu Faure

mfaure@nicematin.fr

Un nouveau festival azuréen

Quinze jours après le Festival TV de Monte-Carlo le Grimaldi Forum a de nouveau revêtu ses habits de lumière pour ce nouvel événement inscrit au calendrier monégasque avec, jusqu’à ce lundi, de nombreux grands noms du monde du streaming. Derrière ce projet, Tony Davis, Jo Cullen-Cronshow et Christian Moore. Ce dernier, fils de feu Roger Moore, est un résident monégasque bien connu et très investi dans le monde du divertissement digital. « On voulait rassembler tous les professionnels du streaming au même endroit, détaille Moore. C’est un peu une grande réunion, comme un speed dating professionnel. On s’est rendu compte durant la crise sanitaire de l’importance des plateformes. Pourquoi à Monaco ? Parce qu’en temps normal vous avez le Festival de Cannes en mai, le Festival TV de Monte-Carlo en juin et on pourrait imaginer boucler la boucle avec ce festival début juillet puisque ce sont, globalement, les mêmes professionnels qui viennent. Il y a pire que de rester un mois sur la Côte d’Azur pour travailler », rigole-t-il.

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