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LONG FORMAT. Après son naufrage, on vous raconte l'histoire du légendaire Phocéa construit à Toulon

Mis à jour le 26/02/2021 à 20:31 Publié le 27/02/2021 à 08:00
Toutes voiles dehors, lors de ses premiers essais à la mer au large de Toulon.

Toutes voiles dehors, lors de ses premiers essais à la mer au large de Toulon. (Photo DR)

Monaco-Matin, source d'infos de qualité

LONG FORMAT. Après son naufrage, on vous raconte l'histoire du légendaire Phocéa construit à Toulon

Le week-end dernier, on a appris avec stupeur que le légendaire Phocéa, victime d’un incendie dans un premier temps, a finalement coulé au large des îles Langkawi, archipel situé au nord-est de la Malaisie.

Cette fois, il semble bien que le voilier ne s’en remettra pas. Mais avant d’être racheté et transformé en yacht de luxe par Bernard Tapie au milieu des années 1980, ce quatre-mâts de 72 mètres de long fut le bateau de course hors normes du navigateur Alain Colas.

 

Baptisé Club Méditerranée à son lancement à Toulon en février 1976, le voilier avait été conçu pour gagner la Transat. Il arriva deuxième derrière le Pen Duick VI d’un certain… Éric Tabarly. Avec plusieurs témoins de l’époque, dont l’architecte naval Michel Bigoin, on vous raconte cette histoire méconnue, voire oubliée d’un rêve un peu fou, devenu réalité.

"Ce bateau était fait pour gagner la Transat"

Michel Bigoin, l’architecte naval qui a conçu le Club Méditerranée d’Alain Colas. Le voilier fut racheté bien des années plus tard par Bernard Tapie qui le rebaptisa Phocéa.
Michel Bigoin, l’architecte naval qui a conçu le Club Méditerranée d’Alain Colas. Le voilier fut racheté bien des années plus tard par Bernard Tapie qui le rebaptisa Phocéa. Photo Frank Muller

À 90 ans, l’architecte naval marseillais qui, soixante-dix ans durant, dessina une multitude de bateaux, n’a gardé aucune de ses archives. "Je les ai toutes données au Musée nationale de la Marine", confie-t-il. Mais, il n’a rien oublié de l’extraordinaire aventure que furent la conception et la construction du Club Méditerranée, un quatre-mâts de 70 mètres avec lequel Alain Colas s’aligna au départ de la transat 1976.

Comment est né le projet Club Méditerranée ?
Ma première rencontre avec Alain Colas s’est passée à la Société nautique de Marseille, pendant la Semaine nautique internationale de la Méditerranée de 1974. C’est Gaston Defferre, le maire de l’époque, dont j’avais modifié avec succès le voilier de course Palynodie II, qui nous a présentés. Alain Colas, qui avait remporté la Transat en 1972 à bord de Manureva, l’ex Pen Duick IV d’Éric Tabarly, souhaitait un monocoque d’une cinquantaine de mètres, équipé de trois mâts pour l’édition suivante. L’idée de départ était de concevoir un voilier plus long et plus toilé que le Vendredi XIII de Jean-Yves Terlain qui mesurait déjà 39 mètres.

Un voilier de cette taille pour une course en solitaire ! Vous ne l’avez pas pris pour un fou ?
Absolument pas. C’est même moi qui lui ai proposé un voilier aux dimensions encore plus grandes : une coque de 70 mètres de long et 11 m de large, équipée non pas de trois, mais de quatre mâts ! Alain Colas, qui m’avait glissé : "si tu entends parler d’un projet plus grand, je veux 10 mètres de plus en longueur", n’a pas hésité. Bien entendu, après son accident en mai 1975, on a apporté quelques modifications pour qu’Alain, handicapé par sa jambe droite, puisse manœuvrer le bateau en solitaire. On a notamment ramené la voilure de 1 600 m2 à 1 000 m2, en choisissant d’installer des focs bômés.

À l’idée de dessiner un tel bateau, vous, dont le plus grand bateau jusque-là n’atteignait pas les 20 mètres, n’avez pas été pris de vertige ?
Le challenge était de taille, c’est vrai. Mais je l’ai accepté à condition qu’on puisse réaliser des essais en bassin de carène et en soufflerie. Une maquette au 1/10e - 7 mètres de long, quand même ! - a donc été fabriquée. Et les premiers résultats m’ont conforté dans mes choix. Parlant d’une "coque exceptionnelle", le directeur du bassin de carène m’a même affirmé que le bateau n’aurait aucun mal à atteindre les 20 nœuds et même plus.

Vous n’étiez pas encore trop connu dans le milieu de la course au large. Avoir été choisi par Alain Colas ne vous a pas étonné ?
Je vous rappelle que j’avais déjà dessiné Pen Duick V, un sloop révolutionnaire, le premier voilier à disposer de ballasts, avec lequel Éric Tabarly a gagné la première transpacifique. Et pour la petite histoire, Éric Tabarly, visiblement satisfait de notre première collaboration, m’avait sollicité pour dessiner Pen Duick VI, avant de choisir un plan signé André Mauric.

Pourquoi avoir choisi de faire construire le Club Méditerranée par la DCAN de Toulon, un chantier militaire?
Le choix du chantier a été un vrai problème. Aucun chantier civil ne semblait en effet en mesure de construire un tel bateau dans les délais. Et puis finalement, un jour je reçois un appel téléphonique de l’ingénieur en chef Jean Papon m’annonçant que la DCAN à Toulon pouvait construire le Club Méditerranée. Seul obstacle : obtenir le feu vert du ministère de tutelle de DCAN. Gaston Defferre a vite réglé le problème.

La construction "quille en l’air" ne passait pas inaperçue sur les bords de la rade de Toulon.
En fait, on n’a pas eu trop le choix. Avec un tirant d’eau de cinq mètres, on ne pouvait pas faire autrement en raison de la faible profondeur au niveau de la cale de construction dans l’arsenal du Mourillon. La construction "à l’envers" s’est par ailleurs avérée plus facile. Une fois le lancement effectué le 15 février 1976, il a fallu retourner la coque à l’aide de câbles et de 120 tonnes de flotte. L’opération s’est déroulée dans l’un des bassins Vauban. Pour l’anecdote : en se retournant, le bateau a généré une vague qui a aspergé les spectateurs placés sur l’un des bords du bassin.

Avec de telles performances, le Club Méditerranée était conçu pour gagner la Transat. Comment expliquez-vous que la victoire lui ait échappé ?
Pendant la construction du voilier, les relations étaient quelque peu compliquées avec Alain Colas. Ce dernier a imposé tout un tas de modifications pour lesquelles je n’étais pas d’accord. Et notamment la mise en place de drisses de secours fixées sur des anneaux en tête de mâts. C’est sur ces mêmes anneaux métalliques que les drisses ont frotté et se sont cassées les unes après les autres. C’est à cause de ça qu’Alain Colas a perdu la course. Une défaite qui n’a pas été sans conséquence pour moi. Après cet échec, mon activité d’architecte naval a été au creux de la vague.

Jusqu’à la naissance du Phocéa qui a complètement effacé le Club Méditerranée de la mémoire collective ?
Le charter à Tahiti n’a pas fonctionné. Les aménagements du voilier n’étaient pas assez bien pour commercialiser le bateau auprès de la clientèle des hôtels du Club Méditerranée. Après la disparition d’Alain Colas, le bateau a été laissé à l’abandon pendant plusieurs années. Jusqu’au jour où je reçois un coup de téléphone de la secrétaire de Bernard Tapie me demandant si le Club Méditerranée était à vendre. En voyant l’état du bateau, Bernard Tapie a hésité, mais il m’a fait confiance. Avec des moyens et du temps - le chantier du Phocéa m’a demandé quatre ans - on a fait du Club Méditerranée, dont on a gardé 70 % des tôles d’origine, ce yacht de luxe que tout le monde connaît.

Un mot sur la fin tragique fin du "grand voilier" comme vous l’appelez ?
Le bateau a coulé. Il est foutu. Mais ce n’est pas un deuil pour moi dans la mesure où il ne ressemblait plus au Phocéa que j’avais dessiné. Après son rachat par Mouna Ayoub en 1997, le bateau a été considérablement transformé, alourdi. Et puis, c’est sous le nom d’Enigma qu’il a coulé.

Depuis le Gard où elle habite aujourd’hui, Odile Rebourg a vécu l’annonce du naufrage du Phocéa comme un choc.
Depuis le Gard où elle habite aujourd’hui, Odile Rebourg a vécu l’annonce du naufrage du Phocéa comme un choc. Photo DR
"J’étais sur le grand bateau"

Depuis le Gard où elle habite aujourd’hui, Odile Rebourg a vécu l’annonce du naufrage du Phocéa comme un choc. "Apprendre la destruction de ce bateau m’a fait mal. Ça m’a attristée", raconte cette sexagénaire. Ce drame survenu la semaine dernière en Malaisie, à plusieurs milliers de kilomètres de la France, l’a surtout ramenée 45 ans en arrière, lorsque toute jeune femme, Odile monta pour la première fois à bord du Club Méditerranée. C’était à Toulon en février 1976, quelques jours à peine après le lancement du "navire monstre" d’Alain Colas comme l’avait titré Paris Match à l’époque. Bien des années plus tard, lors d’un voyage en Polynésie, Odile osera d’ailleurs aborder Teura, la veuve du navigateur français, par cette formule un brin mystérieuse : "J’étais sur le grand bateau".

On l’aura compris, Odile a fait plus que visiter le légendaire quatre-mâts, géant de 72 mètres de long avec lequel Alain Colas tenta de remporter une seconde Transat anglaise d’affilée en 1976. "J’ai fait partie de l’équipage", affirme-t-elle, sans fanfaronnade aucune. Pour la jeune femme alors âgée de vingt ans, c’est un sacré changement de dimension.

Jusqu’ici, Odile n’avait pratiqué sa passion qu’à bord des dériveurs du club de voile du Mourillon, ainsi qu’au sein de la section voile de l’Association du sport scolaire universitaire du lycée Dumont-d’Urville. Du jour au lendemain, "après avoir répondu à un appel aux bonnes volontés", croit-elle se rappeler, elle embarque sur ce qui se fait de plus grand en matière de voilier ! "Il faut reconnaître que pour prendre des ris (réduire la surface des voiles, ndlr), c’était un peu sportif", glisse-t-elle.

"Un sillage magnifique"

Mais l’ivresse du grand large n’est pas pour tout de suite. En ce mois de février 1976, le Club Méditerranée, qui n’a pas encore reçu ses quatre mâts, n’est pas plus agile que l’Albatros de Charles Baudelaire. Amarré au quai Fournel dans le port de commerce de Toulon, le voilier se résume pour ainsi dire à une coque nue. Pour aligner le bateau au départ de la course transatlantique, le 5 juin à Plymouth, les travaux ne manquent pas à bord ! Odile y prend toute sa part. Sa mission : coller les plaques d’antidérapant sur un pont aux dimensions immenses de 72 mètres par 10 ! "J’ai terminé la pose des dernières plaques au Havre, fin avril, juste avant qu’Alain Colas ne parte pour Plymouth".

Entre-temps, la jeune Toulonnaise a quand même eu l’occasion d’entrevoir le potentiel prometteur du voilier. Elle est bien sûr de la première sortie en mer devant Toulon. Quelques jours plus tard, alignée sur le pont avec le reste de l’équipage, elle assiste à son baptême dans le Vieux-Port de Marseille. Puis elle participe aux 500 milles de qualification du bateau en vue de la Transat. "C’était un superbe bateau. Il laissait un sillage magnifique", confie-t-elle.

Une seule fois, Odile aura l’occasion de remonter à bord. C’était à l’été 1977, pendant la tournée des plages. "Quand le Club Méditerranée a fait escale à Toulon, Alain Colas m’a invitée à bord avec mon mari jusqu’à Saint-Tropez, l’étape suivante". C’est aussi pour rendre hommage au marin, "très humain, très agréable", qu’elle a accepté, même dans ces circonstances particulières, d’évoquer le Club Méditerranée, le rêve fou du navigateur solitaire.

"Les meilleures années de ma vie"

Alain Colas (à gauche) et Jean-Louis Baju à bord du Club Méditerranée.
Alain Colas (à gauche) et Jean-Louis Baju à bord du Club Méditerranée. Photo DR

Ancien pilote civil du port de Toulon, Jean-Louis Baju a participé à la belle aventure du Club Méditerranée. La fin tragique du voilier en Malaisie incite le marin à mettre son sac à terre. Définitivement.

L’avenir appartient aux audacieux. Officier de la Marine marchande, Jean-Louis Baju n’en manqua pas lorsqu’en 1975, alors qu’Alain Colas venait d’avoir son accident à bord du trimaran Manureva (l’ex Pen Duick IV de Tabarly), il lui proposa ses services. Le navigateur français, qui subit plusieurs interventions chirurgicales à sa cheville droite, accepte aussitôt. Après quelques interventions de Pierre Mazeaud, alors secrétaire d’État chargé de la jeunesse et des sports, auprès des Messageries Maritimes qui emploient Jean-Louis Baju, ce dernier débarque finalement à Toulon, "détaché" à bord du Club Méditerranée !

Le "Grand Bateau" est encore en construction dans l’arsenal du Mourillon, une enceinte militaire d’autant plus difficile d’accès qu’on est en pleine guerre froide. Et Jean-Louis doit attendre que le voilier soit transféré au port de commerce voisin pour monter à bord. Le jeune officier de la Marine marchande ne tarde pas à se distinguer. "Alain Colas ne manquait pas de voileux pour l’aider sur le pont, alors je me suis occupé de la mécanique. Lors de l’armement du bateau, on a constaté que les deux groupes électrogènes ne rentraient pas dans la salle des machines. L’ingénieur Papon, qui avait supervisé la construction, a proposé d’ouvrir une brèche. Colas n’était pas très chaud. J’ai attendu que tout le monde parte et, avec l’aide de 4 ou 5 gars, on a travaillé toute la nuit. Le lendemain matin, quand Papon et Colas sont arrivés avec un grand chalumeau pour découper le pont, les deux groupes étaient installés et ronronnaient. C’est comme ça que j’ai gagné la confiance d’Alain Colas et l’autorité sur l’ensemble des bénévoles du chantier", raconte Jean-Louis Baju, sans emphase.

À partir de ce moment-là, Jean-Louis Baju sera de toute l’aventure du Club Méditerranée. "À la voile, c’est le bateau le plus fantastique que j’ai connu. Par bon plein ou vent de travers, j’ai dépassé les 30 nœuds ! À cette vitesse-là, le bruit des vagues sur la coque devenait un chant". Les qualités marines du quatre-mâts, le bras droit d’Alain Colas ne tarde pas à les découvrir. "Dès les premiers essais devant Toulon et lors des 500 milles qualificatifs, le bateau a donné totale satisfaction. Dans le golfe du Lion, on a fait qu’une bouchée du trimaran Manureva".

Un bateau taillé pour le tour du monde contre vents et courants

Le Club Méditerranée au départ de Lisbonne pour les 1500 milles qualificatifs imposés à Alain Colas avant la Transat 1976.
Le Club Méditerranée au départ de Lisbonne pour les 1500 milles qualificatifs imposés à Alain Colas avant la Transat 1976. (Photo DR)

Avec de telles performances et une météo idéale, les 1 500 milles supplémentaires imposés en solitaire à Alain Colas par les organisateurs anglais de la Transat 1976 ne sont qu’une formalité. "Parti de Lisbonne, le Club Méditerranée rejoint Le Havre en deux grands bords à peine", s’émerveille encore aujourd’hui Jean-Louis Baju. Après le remplacement de toutes lattes et l’installation de drisses supplémentaires, le voilier, que beaucoup trouvent démesuré pour être manœuvré par un seul homme, qui plus est diminué par sa jambe droite, semble fin prêt pour réussir l’incroyable pari : gagner la transat.

"En début de course, Alain Colas déclare lors d’une vacation radio: "le bateau marche bien. Je bois ma tasse de thé tranquillement". Mais très vite, les concurrents ont pris dépression sur dépression. Et à bord du Club Méditerranée, les drisses ont pété les unes après les autres", se souvient Jean-Louis Baju.

Dépêché à Saint-Jean de Terre-Neuve pour une escale technique, Jean-Louis Baju, accompagné de quelques autres fidèles compagnons, découvre alors un Club Méditerranée blessé, les voiles en vrac sur le pont. Mais rien n’est encore perdu. Le bateau, remis en état, repart après 36 heures d’escale. Mais c’est finalement Éric Tabarly qui arrivera en vainqueur à Newport… Moins de huit heures avant son grand rival Alain Colas.

La désillusion passée, le Club Méditerranée est invité au défilé des grands voiliers sur l’Hudson River à l’occasion du bicentenaire des États-Unis. "On s’est bien amusé. Avec les 35 mètres de tirant d’air du bateau, on était obligé de le faire gîter pour passer sous les ponts. On a fait le buzz", s’amuse Jean-Louis. Ce dernier n’hésite pas à dire que les deux années passées sur le Club Méditerranée, et notamment les tournées des plages où le voilier embarquait jusqu’à 100 personnes tous les après-midi, constituent "la période de ma vie la plus heureuse".

Alors forcément, l’annonce de l’incendie, puis du naufrage du bateau en Malaisie, l’a profondément affecté. Au point de décider de mettre sac à terre. Définitivement. "J’avais prévu d’arrêter à 77 ans, dans un peu plus de deux ans. Mais la vente de la goélette Atlantic sur laquelle je continuais à naviguer et la fin tragique du Grand Bateau me poussent à tourner la page".

À l’évocation de ces années heureuses, Jean-Louis Baju a un immense regret : "Celui de ne pas avoir réussi à convaincre Alain Colas de tenter le record du tour du monde à l’envers, contre vents et courants. Le Club Méditerranée était taillé pour ça !"

Pierre-Michel Cohade à bord du Club Méditerranée en 1976.
Pierre-Michel Cohade à bord du Club Méditerranée en 1976. (Photo DR)
"Une tranche de vie qui disparaît"

Dans son cabinet de médecin généraliste - "omnipraticien", corrige-t-il avec une pointe d’humour - les photos de voiliers sont omniprésentes. Jusqu’à occuper le fond d’écran de son ordinateur. Mais aucune ne représente le Club Méditerranée. Pourtant le légendaire quatre-mâts a beaucoup compté pour le docteur toulonnais Pierre-Michel Cohade. Tout comme son skipper Alain Colas.

Pierre-Michel Cohade n’avait que 16 ans quand il a posé, pour la première fois, le pied sur le pont du voilier géant. "À l’époque, j’habitais à Saint-Mandrier. Pour me rendre au lycée Dumont-d’Urville, je prenais la vedette transrade. Quotidiennement, je passais donc devant le chantier du Club Méditerranée dans l’arsenal du Mourillon", raconte-t-il. Et puis un jour, en sortant du lycée, Pierre-Michel décide de faire un petit détour par le port de commerce, histoire de voir "la bête" de plus près. Le hasard fait que l’une de ses bonnes connaissances, Yves Allemand, un ingénieur du CEA (commissariat à l’énergie atomique) est en pleine discussion avec Alain Colas dont le bateau, tout juste mis à l’eau, est doté d’une quille en… uranium appauvri. "Je suis monté à bord comme ça".

Comme beaucoup d’autres - "on sera des centaines de personnes à passer sur le chantier du Club Méditerranée" -, Pierre-Michel est invité à donner un coup de main. Il reste encore tant de choses à réaliser pour que "la cathédrale des temps modernes (1)" soit prête pour la Transat. Plutôt bon bricoleur, le lycéen toulonnais, orphelin de père, ne tarde pas à se faire remarquer par Alain Colas qui le prend sous sa protection. "C’était l’année du bac français. Le jour de l’examen, j’avais un avion à prendre pour rejoindre les États-Unis afin de ramener le bateau après la course. J’ai fait le forcing pour passer dans les premiers. Autant dire que ça n’a pas été brillant", s’amuse celui est devenu médecin.

Le sauvetage malheureux de Manureva

Un choix de carrière, pas si évident à en croire l’intéressé. "Alain Colas voulait que je passe mes brevets de marine marchande pour m’occuper du Club Méditerranée désormais promis au charter en Polynésie. En 1978, après quatre mois sur place, je suis rentré à Marseille pour commencer mes études de médecine".

Pierre-Michel profite de son retour dans le sud de la France pour garder un œil sur le trimaran Manureva, au mouillage à Saint-Mandrier. Un bateau qu’il connaît bien pour l’avoir manœuvré tout au long de l’été 1977 lors de la tournée des plages en Méditerranée, au cours de laquelle il régate quotidiennement contre le Club Méditerranée. "J’ai malheureusement sauvé Manureva un jour que son ancre dérapait", confie-t-il, plus sombre. Sans pour autant se sentir responsable de la mort d’Alain Colas, l’allusion à la disparition du navigateur à bord du trimaran lors de la Route du Rhum est flagrante. Pierre-Michel Cohade ne s’en cache d’ailleurs pas : "la mort d’Alain a été pour moi synonyme de monde qui s’écroule".

Quant à la perte toute récente du Club Méditerranée, "c’est une tranche de vie qui disparaît".

1. Surnom donné par Alain Colas, l’un de premiers coureurs au large à exceller dans la communication

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