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A bord du Charles-de-Gaulle durant Polaris 21 : un exercice pour "inventer la guerre de demain"

Seize jours durant, la Marine nationale s’est entraînée au combat naval de haute intensité en Méditerranée. Une nécessité au vu de la crispation du monde et du retour des rapports de force.

P.-L. Pagès Publié le 04/12/2021 à 07:15, mis à jour le 03/12/2021 à 18:45
reportage
À la fin de l’exercice Polaris 21, quelques-uns des navires de guerre français et étrangers ayant participé à cet entraînement de haute intensité ont défilé, façon revue navale, devant le porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle. (© Marine nationale). © Marine nationale / Nice Matin

"Dans Polaris, on ne vit qu’une fois!". Il y a comme un parfum de James Bond dans cette affirmation de l’amiral Pierre Vandier, venu à bord du Charles-de-Gaulle ce jeudi 2 décembre pour assister aux dernières heures de l’exercice Polaris 21. "Un exercice inédit, hors norme, tant par son volume que par son réalisme". Depuis le 1er septembre 2020, date à laquelle il est devenu chef d’état-major de la Marine (CEMM), l’amiral Vandier ne cesse de répéter que, "dans ce monde désinhibé, incertain, volatile, la Marine nationale doit se préparer au combat naval".

Et ce ne sont ni Sergueï Lavrov, ni son homologue Antony Blinken qui lui donneront tort. Au même moment où Polaris 21 vivait ses derniers instants au large des côtes varoises, les ministres des Affaires étrangères russe et américain, présents à Stockholm dans le cadre de l’Organisation pour la coopération et la sécurité, n’ont pas fait mystère des très fortes tensions entre les deux puissances autour de l’Ukraine. Allant même jusqu’à évoquer un "scénario cauchemar de la confrontation militaire".

Pas moins de vingt-cinq navires de guerre, parmi les meilleures unités de combat des pays de l’Otan, ont participé 16 jours durant à Polaris 21. Une concentration de moyens qui fait de cet exercice l’un "des plus grands exercices internationaux en mer". (© Marine nationale). © Marine nationale / Nice Matin.

Un réarmement généralisé ultrarapide

S’il se garde bien de désigner nommément un adversaire, l’amiral Vandier n’hésite pas à citer " la croissance à deux ou trois chiffres de la marine chinoise en dix ans", ou encore "la menace des missiles hypervéloces, des moyens qui existent aujourd’hui et qui sont déployés en Méditerranée". Face à la vitesse du réarmement des marines de nos compétiteurs, "nous n’avons pas le droit d’attendre qu’il soit trop tard (...) Si nous voulons être respectés, nous devons faire la preuve de notre pugnacité, de notre capacité à résister aux coups, à combattre dans toutes les situations", insiste encore le CEMM.

À ce sujet, "Polaris 21 a tenu toutes ses promesses", dixit le contre-amiral Christophe Cluzel, commandant du groupe aéronaval, et dont la fatigue témoigne de la haute intensité recherchée de ces 16 jours d’exercice. C’est que durant ces deux semaines, rien n’aura été épargné aux quelque 6.000 militaires (dont 4.000 marins) ayant participé à cette préparation opérationnelle. Le combat naval ayant désormais une dimension globale, toute la palette des effets militaires aura été mise en œuvre: "guerre aéronavale, guerre sous-marine, guerre d’influence, action de forces spéciales navales, emploi des satellites, environnement informationnel et médiatique, capacités à réaliser des travaux sur les fonds marins, tout y était", résume encore l’amiral Vandier.

S’il n’est toujours pas admis au service actif, le sous-marin nucléaire d’attaque Suffren, qui navigue ici devant le Charles-de-Gaulle, a participé à l’exercice Polaris 21. Il a même simulé des tirs de missiles de croisière navals. (© Marine nationale). © Marine nationale / Nice Matin.

Sortir des sentiers battus

La quête du réalisme est l’autre particularité de Polaris 21. Contrairement à ce qui se passe habituellement, les scénaristes d’un exercice pas complètement écrit à l’avance ont banni "les ravitaillements miraculeux", respecté scrupuleusement les distances du théâtre qui s’étendait des Baléares à La Sardaigne, et jusqu’au Massif central au Nord! Touchée par "une salve saturante de missiles", la frégate Aconit, jugée perdue, a dû arrêter de jouer prématurément.

"On a été assez loin dans la simulation, en menant une frappe de sidération loin dans la profondeur. Une vingtaine de missiles de croisière navals ont été tirés simultanément depuis un grand nombre de Rafale du Charles-de-Gaulle, ainsi que de plusieurs frégates et d’un sous-marin. C’est très rare", raconte le capitaine de corvette Emerand, adjoint du commandant du groupe aérien embarqué. Les chasseurs du Charles-de-Gaulle ont pu aller plus loin dans cette recherche de réalisme. "Ce qui nous prépare le mieux aux opérations, c’est de mettre en œuvre de l’armement. Quand du métal quitte l’avion. À ce sujet, on a pu larguer des bombes guidées sur le camp de Canjuers et tirer au canon de 30 mm", se réjouit le CC Emerand, qui totalise 1.300 heures de vol sur Rafale. "Mais jamais un exercice ne sera comparable à une vraie mission".

La guerre de demain n’est pas écrite. Il faudra l’inventer

Comparable ou pas, le CEMM veut croire que Polaris 21 aura permis aux marins de changer leur façon de penser. "Cet exercice ambitieux a imposé de sortir des sentiers battus de la préparation opérationnelle. Il a demandé que nos officiers planificateurs se concentrent sur ce qu’il y a de plus utile et de plus précieux à la guerre: la capacité d’imagination", déclare-t-il. Avant de conclure: "La guerre de demain n’est pas écrite. Il faudra l’inventer".

Une vingtaine de Rafale Marine des flottilles 12 F et 17 F étaient embarqués à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, navire amiral de la force bleue. Mais des Mirage 2000 et des Alpha Jet de l’armée de l’air et de l’espace, ainsi que des Rafale de la 11 F ont participé à l’exercice Polaris 21 dans les rangs de la force rouge. (© Marine nationale) © Marine nationale / Nice Matin.

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