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"Un bon livre, c’est celui que l’on a envie de retrouver": rencontre avec Daniel Picouly, le président de la Fête du livre du Var

Daniel Picouly est le président de la Fête du livre du Var. Fidèle de la manifestation depuis les débuts, il est présent à Toulon durant trois jours.

Karine Michel (kmichel@nicematin.fr) Publié le 19/11/2021 à 13:45, mis à jour le 19/11/2021 à 14:27
interview
DR

Daniel Picouly va toujours "affreusement bien" affirme-t-il le sourire dans la voix, et plus encore à l’idée de présider la Fête départementale du livre du Var. Une manifestation qu’il affectionne car il y participe "depuis ses débuts historiques et un peu bousculés" [portée par Hubert Falco, alors président du conseil général, La Fête départementale du livre est née en 1997, en réaction à celle organisée par la ville de Toulon, alors Front national]lui qui a justement été révélé au grand public dans les années quatre-vingt-dix.

Une reconnaissance tardive dont il ne prend pas ombrage, bien au contraire: "Cela veut dire que l’on est encore là", s’amuse-t-il.

Les salons du livre nous rappellent qu’à l’heure du tout numérique, le papier résiste bien. Comment l’expliquez-vous?
Étonnamment, grâce à la Covid! Les gens se sont aperçus que, peut-être, leur librairie de quartier pouvait disparaître. Les libraires ont aussi été interpellés dans leur métier, face aux géants d’Internet. Ils ont su développer de nouveaux modèles. Ils ont pris conscience qu’il y avait une autre façon de faire ce métier. Cela a rassuré beaucoup de monde – les maisons d’édition les premières – sur l’idée que le livre était loin d’être has been, n’avait pas une obsolescence programmée. On a vécu le même sentiment de gratitude quand les salons ont repris. On voyait presque, dans chaque visiteur, un militant qui venait et, nous, on manifestait notre volonté d’être là, d’échanger, de partager. Il y avait de belles énergies positives de part et d’autre de la table.

 

La Covid a révélé nombre de néoécrivains. Comment interprétez-vous cette multitude de nouvelles plumes, est-ce que cela sert l’édition?
La nouveauté de ces néoécrivains, c’est que cela s’est vu, intensifié, les gens en ont parlé. Le confinement a donné une sorte d’occasion matérielle à celles et ceux qui n’arrivaient pas à glisser cette activité chronophage dans leur emploi du temps. Conséquence: il se crée des maisons en autoédition, il y a même des auteurs qui, comme Joël Dicker, envisagent de créer leur propre maison d’édition. Il y a aujourd’hui l’envie de créer un lien direct avec son public.

Les réseaux sociaux et Internet constituent un vrai changement de paradigme également dans le monde littéraire...
Complètement. Toutes les grandes institutions qui permettaient la promotion des livres ont perdu beaucoup d’influence, le monde littéraire comme ailleurs, fait face aux influenceurs qui agrègent un nombre important d’abonnés sur leurs réseaux. Certains peuvent être rémunérés par de grandes maisons d’édition – il y a toujours eu un lien, transparent ou non, entre les gens qui parlent des livres et des intérêts économico-culturels. Et puis, il ne faut pas perdre de vue que le monde du livre a changé depuis vingt ans: on assiste à un glissement vers différents types d’ouvrages, comme la BD, le manga... qui agrègent une large communauté.

Qu’est-ce qu’un bon livre selon vous?
C’est de la subjectivité absolue. Il se passe quelque chose avec celui qui le lit. De positif ou de négatif. Je dirais qu’un bon livre, c’est celui que l’on a envie de retrouver. Chaque lecteur a ressenti cela: cette envie de retourner lire l’histoire, comme un auteur a envie de retourner à son écriture. Il n’y a rien de meilleur que d’avoir rendez-vous avec une histoire.

Sur un terrain plus personnel, quand vous retrouvera-t-on en librairie?
En janvier prochain avec Les Larmes du vin, chez Albin Michel. C’est une autobiographie par le vin. Moi qui ne bois pas beaucoup, je raconte tous les moments où le vin percute votre vie, vous apprend des choses, etc. Ce livre est sûrement le plus personnel que j’ai écrit. Il est parcouru de choses que je n’ai encore jamais dites dans mes autres souvenirs autobiographiques.

Vous êtes également auteur pour la jeunesse. Retrouvera-t-on un jour Lulu Vroumette?
Elle revient chez Larousse, toujours avec Frédéric Pillot [son coauteur, ndlr]. On va raconter son enfance. Je ne peux pas séparer l’écriture pour la jeunesse et celle pour les grands. Les gens sont assez surpris d’ailleurs, de voir que je fais les deux. Je l’ai toujours fait. Je trouve cela tellement extraordinaire que d’avoir créé un héros que les enfants aiment. Et le héros fait disparaître l’écrivain. Quand je suis en signature et que je vois des enfants arriver, j’adore ces regards à hauteur de la table. L’écriture pour la jeunesse, c’est une leçon d’humilité.


Présent les trois jours, Daniel Picouly sera en dédicace, mais aussi en masterclass ce vendredi 19 novembre à 15h, en grand entretien lors de la nocturne de la Fête du livre du Var toujours ce vendredi à 18h, puis en rencontre autour de Proust demain samedi 20 novembre, à 15h30.

Sa bibliothèque idéale 2021

"Je ne vais pas tellement m’éloigner des prix. Mbougar Sarr à lire en premier. Puis Premier Sang d’Amélie (Nothomb). Il y a une dimension supérieure dans cet ouvrage autour de son père. C’est un roman singulier, personnel, il a les qualités de sensibilité, de virtuosité de son auteure. J’ajouterais Louis-Philippe Dalembert et son Milwaukee blues. J’ai beaucoup aimé sa façon de parler de l’Amérique et d’en présenter l’histoire. Louis-Philippe Dalembert a un rapport à la littérature que j’aime: extrêmement cultivé, d’un accès et d’un plaisir immédiats. Enfin, moi qui suis un ancien auteur de polar, je regarde régulièrement la Série Noire. Et je me suis laissé prendre par Adieu Poulet, de Raf Vallet. On connaît tous le film. Le livre coule tout seul. Me suis-je attaché à cette lecture pour les acteurs Ventura - Dewaere qui peuvent faire tout ce qu’ils veulent, sans que cela n’appelle de discussion? En tout cas, je pense que j’ai lu ce livre en les voyant au fil des pages."

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