Rubriques




Se connecter à

Rencontre avec Michel Boujenah, à Puget-Théniers pour une lecture des "Mille et une nuits"

Michel Boujenah sera ce soir à Puget-Théniers pour une lecture publique des Mille et une nuits. Une œuvre majeure qu’il estime féministe et moderne.

Ludovic Mercier Publié le 30/07/2022 à 16:00, mis à jour le 30/07/2022 à 13:56
Photo Clémentine Queneville

C’est un habitué du Festival des mots qui sera ce soir à Puget-Théniers. Une fois de plus, Michel Boujenah a répondu présent à l’appel du département.

À l’aube de sa septième décennie, le comédien, qui réside en partie à Saint-Paul-de-Vence, offrira une lecture des Mille et une nuits. L’occasion de revenir avec lui sur la portée de cette œuvre majeure, et de cultiver son sens de la digression en évoquant sa vision de la société et des combats militants.

Ce soir, vous allez lire Les Mille et Une Nuits.

 

Je vais même les raconter. C’est beaucoup plus amusant pour moi. Je vais faire un effort et ne pas faire les digressions dont je suis capable… Si on cumule les miennes et celles de Shéhérazade, on en a pour trois jours.

Pourquoi ce choix?

Parce que c’est très vieux. Et les gens oublient que les contes des Mille et une nuits, c’est le combat d’une femme. Un combat qu’elle a choisi. Le sultan, qui a été trompé, a tué sa femme et toutes ses servantes. Chaque fois qu’il passe la nuit avec une nouvelle femme, il la tue le lendemain matin. Shéhérazade, la fille du grand vizir, décide de l’épouser, et donc de mourir (mais avec l’aide de sa sœur, elle va raconter pendant 1.001 nuits une histoire dont la fin est sans cesse reportée au lendemain, ce qui, grâce à la curiosité du sultan, va la garder en vie). Elle risque sa vie, sans savoir si ça va marcher. Et elle le fait pour sauver toutes les autres femmes. Vous vous rendez compte du courage? Et la modernité de ce combat? Quand on sait qu’en 2022 il y a encore tellement de féminicides en France! Les histoires que Shéhérazade raconte ont à chaque fois un lien avec la mort ou la survie. Ces contes ont des portées philosophiques incroyables. Quand Disney reprend l’histoire d’Aladdin avec la lampe magique, ça n’a plus rien à voir. La véritable histoire est vraiment géniale.

En quoi ces contes sont-ils philosophiques?

C’est sur le pouvoir, la réussite, la confiance, la pauvreté, l’argent. Tous ces contes sont étonnants. Depuis longtemps, je pense que tout a été déjà dit, sur tous ces thèmes. À chaque fois, ce qui change, c’est la chair et le sang de ceux qui ont écrit. Prenez la peinture. Des tableaux de champs de blé, il y en a plein. Par Millet, par Van Gogh… En fait les champs de blé, c’est bidon. Ce n’est pas ça qui est génial. Ce qui est génial, c’est Van Gogh.

 

En 1982, vous jouiez dans Trois hommes et un couffin. C’est aussi une histoire féministe.

Complètement. Coline Serreau est une metteur en scène extrêmement féministe. C’est un sujet qui me touche parce que j’adore les femmes. Je suis sensible à leur combat. Dans tous les combats, il y a des côtés adolescents. Je dis cela sans aucun mépris. Je vais avoir 70 ans, J’ai connu le MLF. Et, à l’époque, c’était pareil: il y avait des choses formidables, et il y avait aussi des trucs complètement fous. Metoo, aujourd’hui, c’est pareil. Le wokisme est un truc qui me fait très peur.

La "cancel culture" vous effraie ?

Ce qui se passe sur les réseaux sociaux, je trouve ça très grave. On juge, on condamne, pour quelques propos. Ça peut faire énormément de mal. On est dans une période de redécouverte de ce qu’est l’égalité, la justice. Ça se fait de manière un peu hystérique, comme tous les combats. Aujourd’hui, j’ai 60.000 followers sur Instagram. Je dois faire hyper attention à tout ce que je dis. J’ai dit que si ça continue comme ça, j’allais devenir influenceuse (rires). Je me suis renseigné, il n’y en a pas dans ma tranche d’âge. Je pourrais vendre des couches et du viagra.

Vous participez souvent au Festival des mots. Quelle place ont les livres dans votre vie?

J’adore les livres, je suis entouré de piles de bouquins. J’adore la littérature et les histoires initiatiques. Je me découvre moi-même dans les livres. Comme j’ai tendance à me projeter énormément, ça m’apprend à vivre. J’ai l’impression que certains livres n’ont été écrits que pour moi. Qu’avant que je les lise, ils n’avaient pas trouvé leurs destinataires.

Vous êtes également directeur artistique du Festival de Ramatuelle qui va démarrer ce lundi.

 

C’est un très grand bonheur de retrouver Ramatuelle, comme chaque année. Nous attendons le public avec impatience. 

Festival des mots, lecture des Mille et une nuits, par Michel Boujenah. À 20h30, place de l’église à Puget-Théniers.

Les bouquins de Michel Boujenah

Les bouquins qu’il offre
Mr. Vertigo de Paul Auster. « C’est un roman populaire génial. J’adore les grandes histoires. »
L’Invention de nos vies de Karine Tuil. « C’est l’histoire de trois personnes qui se sont trompées toute leur vie sur qui ils sont. »
Le bouquin du moment
Molière de Georges Forestier. « C’est un peu technique, mais passionnant. Il casse tous les mythes. Par exemple, si l’Avare tousse, on pensait que c’était parce que Molière était malade. Pas du tout ! C’était un code de la comédie populaire de l’époque, pour montrer que le personnage était vieux. »
Les bouquins fondateurs
Le Dernier des justes, d’André Schwarz-Bart. « Il a été prix Goncourt avec ce livre. Je l’ai lu à 13 ans et demi. »
Les Misérables de Victor Hugo.
Le bouquin pour se marrer
L’autobiographie de Groucho Marx.

Il ne lâche rien pour les sauveteurs en mer

Il y a quelques semaines, nous publiions une information concernant l’annulation du spectacle offert par Michel Boujenah au profit de la Société nationale des sauveteurs en mer, faute de places vendues. Un défaut de communication ? Trop peu de promotion ou de visibilité ? Qu’importe. Le comédien, qui ne peine habituellement pas à remplir les salles est bien décidé à ne rien lâcher :

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.