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On vous conseille le dernier roman de Claude Rizzo, une histoire de secret de famille entre Nice et Malte

Mis à jour le 08/08/2019 à 10:08 Publié le 08/08/2019 à 09:00
Dans son prochain livre, Claude Rizzo fera entrer en scène... une journaliste de Nice-Matin d’origine tonkinoise... 

Dans son prochain livre, Claude Rizzo fera entrer en scène... une journaliste de Nice-Matin d’origine tonkinoise...  Photo Valentine Kagenaar

On vous conseille le dernier roman de Claude Rizzo, une histoire de secret de famille entre Nice et Malte

Figure familière des festivals du livre azuréens, tels que celui de Nice ou de Mouans-Sartoux, Claude Rizzo persiste et signe avec son quatorzième roman, "Quatre pas sur un chemin sans issue". Un récit haletant, tissé avec brio, dont il a consenti à nous donner, en partie, le fil d’Ariane dans le magazine Week-end de ce vendredi...

Hélène Zammit est seule au monde. Ses parents se sont tués dans un accident de voiture alors qu’elle avait trois ans, et sa sœur aînée a été emportée par une maladie.

Ses grands-parents, qui l’avaient recueillie, se sont éteints l’un après l’autre. Ce vide, s’ajoutant à une rupture douloureuse, la conduira à s’exiler sur l’île de Malte, qui est en plein essor touristique.

La jeune femme reprend son métier de guide sur la terre de ses ancêtres, et bientôt, une nouvelle histoire d’amour lui promet le bonheur paisible auquel elle aspire. Mais la lettre d’un cabinet de généalogie vient bousculer ce bel équilibre: Hélène apprend qu’elle hérite d’une maison de sa mère, décédée il y a quelques mois!

Une nouvelle qui prend l’allure d’un séisme, et qui pousse la jeune femme à revenir en France, afin de découvrir ce que cache cette invraisemblance. Les vérités, toutefois, se refuseront à elle et la promèneront d’une impasse à l’autre. Une enquête qui ébranlera les certitudes sur lesquelles elle avait bâti son existence.

Tel est le propos de Quatre pas sur un chemin sans issue, dont l’auteur, rencontré dans sa demeure située sur les hauteurs de Nice, nous a donné ces quelques clés...

Comment avez-vous entrepris de vous aventurer sur ce "Chemin sans issue"?
Je voulais raconter cette fois encore, puisque c’est le fil conducteur de mon parcours d’écrivain, une histoire qui soit rattachée à Malte et à Nice.

Et j’avais envie de construire un récit comportant une part de suspense, comme c’est toujours le cas dans mes livres, mais de manière plus importante que jamais.

L’idée, enfin, de la trame, m’est venue au sortir d’une lecture dans laquelle l’héroïne était à la recherche de son passé. C’est ainsi qu’en faisant mon propre travail d’imagination, j’ai créé le personnage d’Hélène Zammit, un nom typiquement maltais d’ailleurs.

Une jeune femme dont je pourrais être le grand-père, car le personnage de ce dernier, dans cette histoire, me ressemble en tous points ! Il est né en Tunisie, en étant d’origine maltaise.

Et il se plaît dans cette ville de Nice où il vit à présent, tout en ayant la nostalgie de ce pays, de cette communauté, de cette atmosphère.

"Quand on vit une telle enfance, on se bâtit tout seul."

Votre héroïne n’a guère été épargnée, sur le plan familial comme sentimental...
Elle a quand même été choyée par ses grands-parents. Jusqu’à ce que sa grand-mère, affectée par des troubles psychologiques liés à l’âge, commence à avoir des saillies verbales qui lui laissent présager qu’il s’est passé quelque chose.

Elle lui répète par exemple: "Tu es l’enfant du malheur."

Une phrase qui renvoie au thème des secrets de famille, un thème récurrent dans votre œuvre. Cela vous fascine?
Oui. J’ai été orphelin de mère très jeune. Et un peu délaissé par mon père, qui ne souciait jamais de savoir où j’étais, ce que je faisais. Il menait sa nouvelle vie de son côté. Cela m’a marqué.

Quand on vit une telle enfance, on se bâtit tout seul. Ce qui m’a sauvé, ça a été la présence bienveillante à mon égard d’une vieille tante érudite, qui m’a donné le goût de la lecture et de l’écriture.

Au moment où Hélène entreprend ces investigations, elle est sur le point de se marier. Une façon de se débarrasser des oripeaux du passé, avant de construire sa nouvelle vie?
Oui, sans doute. Mais il faut dire que le passé va lui tomber sur la tête. Elle croit qu’avec la mort de ses grands-parents, dorénavant elle n’a plus que l’avenir devant elle. Elle ne sait pas qu’elle a un passé.

Elle n’a plus de parents, toute sa famille a disparu dans des circonstances qu’elle ignore en réalité, et il y a effectivement cet homme pas très beau mais charmant, attentionné, amoureux, de surcroît brillant et avec une bonne situation, qui fait irruption dans son existence. Le moment de mettre pour Hélène ses affaires familiales à plat.

"Mes ancêtres avaient fait un peu le voyage d’Ulysse."

Tout en entraînant le lecteur sur les pas d’Hélène, vous nous faites découvrir en filigrane la culture maltaise...
Et encore j’ai dû énormément élaguer, pour éviter que ce roman ne prenne des allures de guide touristique!

Je suis retourné à Malte il y a quelques mois et j’ai reçu un choc: c’était auparavant une île assez moyenâgeuse, qui faisait assez vieille Italie. J’ai retrouvé un lieu de vie ultra-moderne, qui a rattrapé son retard.

Il y a désormais quatre cent mille habitants à Malte, et cent mille étrangers. Leur PNB progresse de 6,8%, digne de celui de la Chine! L’explosion touristique est telle qu’ils sont obligés de faire venir de la main-d’œuvre étrangère.

Un comble, pour cette île qui a vu pendant tant d’années sa population s’exiler…
Tout à fait! Mes ancêtres avaient fait un peu le voyage d’Ulysse. Ils sont partis en 1500 de Sicile, car Jean de la Valette, ce célèbre noble provençal qui a fait construire la ville fortifiée du même nom à Malte, avait besoin de main-d’œuvre à ce moment-là.

Or mon aïeul était justement tailleur de pierres. C’était l’époque des chevaliers, une période assez prospère pour l’île de Malte, jusqu’à ce qu’ils en soient chassés par Bonaparte. Puis les Anglais sont arrivés, et avec eux l’ambiance a changé, l’île s’est appauvrie.

Il y a eu dans la foulée des problèmes de sécheresse, d’épidémies, de famine, et tout ceci a conduit à la plus importante émigration au monde. Les plus riches sont partis vers la Nouvelle-Zélande, l’Australie, et les plus pauvres sont restés dans le bassin méditerranéen.

Ce fut le cas de ma famille, qui s’est retrouvée en Tunisie, avant l’implantation du protectorat français.

Et ensuite?
Quand les Français sont arrivés, ils se sont retrouvés en concurrence avec l’Italie, qui revendiquait la Tunisie comme étant une continuation de leur géographie, car la plus grosse communauté étrangère était la communauté sicilienne, qui comptait 250.000 personnes.

Pour compenser un peu, les Français ont donc décidé de naturaliser d’office les 15.000 Maltais qui étaient là, c’est comme ça que nous sommes devenus Français!

Mais nous étions toujours des sujets britanniques en réalité, et le consul d’Angleterre a porté plainte au tribunal de Lahaye contre la France, qui a été déboutée. Mon grand-père s’est vu reprendre son passeport français, et remettre des papiers britanniques.

Mais quelques années plus tard, les Anglais ont fait exactement la même chose en Afrique du Sud, et tout s’est conclu ainsi: "Ok on vous rend vos Maltais, mais vous nous laissez nos Africains du Sud..."

Et mon grand-père, qui ne parlait toujours que Maltais a récupéré son passeport français! Sans parler un mot de cette langue.

"Je suis au bord de la Méditerranée, ce qui est pour moi l’essentiel."

Mais vous, vous avez grandi dans la francophonie?
Oui, quand les Français sont arrivés, ils ont implanté des écoles, le service militaire, et je me suis même retrouvé dans la situation inverse: je ne sais pas parler maltais hélas!

On est restés jusqu’en 1961, puis avec l’indépendance de la Tunisie, on est revenus en France, et je suis depuis quarante ans à Nice. Il y a pire, n’est-ce pas, comme lieu de vie! Et je suis au bord de la Méditerranée, ce qui est pour moi l’essentiel.

Avez-vous un rituel d’écriture?
On oppose toujours Victor Hugo à Balzac. Hugo qui était un fonctionnaire de l’écriture, et Balzac qui buvait des litres de café, qui ne laissait libre cours à son imagination que la nuit.

Moi je serais plutôt de l’école du premier, mais de manière plus aérée ! Je travaille trois ou quatre heures l’après-midi, et m’adonne volontiers aux joies de la pétanque ensuite...


Quatre pas sur un chemin sans issue.
Claude Rizzo. Éditions Lucien Souny. 
251 pages. 18,50 euros.


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