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Morceaux choisis des maximes du prince Jacques 1er, le "Voltaire monégasque"

Après avoir régné de 1731 à 1733, le prince monégasque se retira à Paris et se lança dans l’écriture de maximes. Morceaux choisis.

André PEYREGNE Publié le 27/03/2022 à 14:00, mis à jour le 27/03/2022 à 10:57
Portrait de Jacques 1er. Palais Princier de Monaco et DR

Dans l’histoire de Monaco, un seul prince porta le nom de Jacques - nom de l’actuel prince héréditaire. Ce fut Jacques 1er, lequel régna à partir de 1731 à la suite du décès de sa femme Louise-Hippolyte Grimaldi, et abdiqua en 1733 en faveur de son fils Honoré III.

Il se retira alors à Paris, à l’âge de 45 ans, et vécut à l’Hôtel Matignon, qui appartenait à sa famille (occupé actuellement par le Premier ministre français) mais également dans l’Hôtel du marquis de Ségur, qu’il avait acquis, au milieu d’un parc immense de l’actuel quartier de Passy - qui n’était alors qu’un village entre Paris et Versailles. Il avait fait inscrire à l’entrée cette devise "Chi sta bene, non se muove" ("Qui se trouve bien ne se déplace pas").

Sa fortune lui assurant une retraite confortable, il se consacra aux arts et à l’écriture, rassemblant de précieuses collections, devenant le mécène du peintre Van Loo et du compositeur Couperin. Il écrivit un grand nombre de maximes publiées dans le Mercure de France.

Nous vous en proposons aujourd’hui un florilège. Beaucoup sont citées dans les Annales de Monaco n°9 (année 1985), rassemblées par Martine Rousseau.

En matière de sentiments humains, Jacques 1er fait preuve d’une grande sagesse. Mais a-t-il su, lui-même, au cours de sa vie, mettre en application les principes qu’il exprime ainsi ? Ce n’est pas sûr…

 

Les sentiments humains

- "Dieu n’a pas besoin de foudres pour punir les hommes. Il n’a qu’à les abandonner à eux-mêmes et à leurs passions."

- "Qui n’a plus de désir est au-dessus des grâces."

- "Dans la réconciliation des grands, l’extérieur s’accommode, et jamais l’intérieur."

- "Pour se tromper, il ne faut qu’être homme, mais pour s’obstiner dans son erreur il faut être fou."

- "La vie de l’homme est un combat continuel contre l’homme lui-même."

 

La société

En matière de société, Jacques 1er a des principes classiques. Il se situe dans la lignée des écrivains du siècle précédent, la Bruyère, la Fontaine ou la Rochefoucault.

- "Nous devons vivre librement ; où il n’y a point de liberté, il n’y a point de plaisir."

- "On est bien petit quand on n’a rien de grand que sa naissance."

- "Il est bon de se fier aux hommes, mais meilleur de s’en défier."

- "Si les rois commandent aux peuples, les passions les plus impérieuses commandent aux rois."

- "Les plus dangereux ennemis à la cour sont ceux qui tâchent de nous perdre en nous louant."

- "On fait des fautes toute sa vie, tout ce que l’on peut faire à force de faillir c’est de mourir corrigé."

 

- "Tout le monde raisonne et il y a pourtant fort peu de gens raisonnables."

La politique

Jacques 1er, qui a été chef d’État et qui fréquente la Cour de France, n’hésite pas à se montrer irrévérencieux sur les questions du pouvoir et de la politique.

- "La Cour est un pays où il faut user de contrepoison à chaque moment qu’on y respire."

- "La dépense excessive est le signe d’une cité mourante."

- "Être attaché à ses amis est une qualité qui nuit bien plus à la Cour, que le défaut de n’aimer personne."

- "Les cours seraient désertes et les rois presque seuls si l’on était guéri de la vanité et de l’intérêt."

- "Pour réussir en politique n’ayez honte de rien, intriguez dans les affaires de tout le monde, débusquez qui vous pourrez, réglez votre haine et votre amitié sur votre profit, ne donnez jamais qu’à ceux qui vous le rendent avec usure, soyez complaisant envers tout le monde, et ayez toujours deux cordes à votre arc."

 

- "Les lois ressemblent aux toiles d’araignées qui n’arrêtent que les petites mouches, les plus fortes les rompent."

- "Il y a plus de gloire à donner la paix au monde qu’à le vaincre."

- "L’ignorance d’un prince est de si dangereuse conséquence qu’elle est la source de la plupart des maux qui arrivent dans un État."»

La religion

Jacques 1er adopte en matière de religion un point de vue proche du Siècle des lumières. Avec Voltaire et Rousseau, il est un adepte de « religion naturelle ».

- "Il n’est point d’étoffe si souple que le manteau de la religion."

- "Le cœur est le véritable temple de la religion."

- "La raison prouve contre l’incrédule, et l’incertitude prouve pour la religion."

Les femmes

Jacques 1er se révèle plutôt misogyne. Sans doute n’a-t-il pas été satisfait par son expérience conjugale. Ses propos sont franchement réactionnaires.

 

- "Les femmes ne sont jamais si prestes à nous trahir que lorsque nous les aimons de bonne foi."

- "Les femmes se tiennent derrière le rideau, et cependant elles jouent les principaux personnages dans les tragédies et révolutions du monde."

- "La malice, l’amour et la contradiction sont les aliments naturels des femmes."

- "Le pays du mariage a cela de particulier que les étrangers ont envie de l’habiter et les habitants naturels voudraient s’en exiler."

- "La chasteté est plus une vertu de l’esprit que du corps."

Et c’est ainsi qu’après avoir régné sur ses sujets monégasques, Jacques 1er a régné sur ses lecteurs parisiens.

Qui était Jacques 1er ?

Né à Torigni-sur-Vire en 1681, Jacques 1er est un descendant de la famille de Matignon, propriétaire de l’Hôtel Matignon à Paris.

Il épouse en 1715 Louise-Hippolyte Grimaldi, fille du prince Antoine 1er de Monaco, qui n’a pas de descendant mâle pour lui succéder. Le mariage résulte d’un arrangement entre le roi de France Louis XIV et le prince monégasque.

Jacques abandonne alors son nom et ses armes pour prendre celles de la dynastie Grimaldi. Le mariage n'est pas heureux.

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