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"Mais où étaient passées ces poétesses?" Diglee illustre un recueil pour redécouvrir la poésie au féminin

Illustratrice, auteure de BD, de romans jeunesse, Maureen Wingrove, alias Diglee, est aussi passionnée de littérature, de poésie, et féministe convaincue. Dans "Je serai le feu", recueil illustré de poèmes et de biographies, elle fait (re)découvrir 50 poétesses.

Amélie maurette (amaurette@nicematin.fr) Publié le 15/10/2021 à 14:56, mis à jour le 15/10/2021 à 14:08
Illustratrice, auteure de BD, de romans jeunesse, Maureen Wingrove, alias Diglee, est aussi passionnée de littérature, de poésie, et féministe convaincue. Dans "Je serai le feu", recueil illustré de poèmes et de biographies, elle fait (re)découvrir 50 poétesses. Photo Pauline Darley

Cinquante dessins, cinquante biographies et plus de deux cents poèmes. Dans Je serai le feu, Diglee s’est donné une mission: faire connaître cinquante poétesses qui l’ont bouleversée. Partant d’un constat simple: elle, l’ancienne étudiante en Lettres et féministe chevronnée, n’avait jamais lu un traître vers écrit par une femme, elle est partie à la recherche de celles qui, pourtant, avaient bel et bien fait œuvre.

D’Anaïs Nin à Patti Smith en passant par Emily Dickinson – les autres noms ne nous disent rien et c’est justement le problème – l’illustratrice et auteure lyonnaise de 33 ans compose une anthologie toute personnelle.

Avec envie, sensibilité et simplicité, celle qui s’est notamment fait connaître avec ses romans illustrés pour ados (Le Journal de Cléopâtre) ou ses ouvrages militants avec la documentariste Ovidie (Libre! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels, adapté en minisérie sur Arte), montre une nouvelle facette de son travail.

 

Il y a donc beaucoup de femmes poètes et beaucoup qui étaient reconnues à leur époque…
Mais oui! C’est le constat que j’ai fait en partant en mission pour trouver ces femmes, en 2017. L’idée m’est venue d’un défi artistique, l’Inktober [un dessin par jour sur le même thème durant le mois d’octobre, ndlr], je voulais dessiner des poétesses et je pensais que ça serait difficile… Je partais sur l’idée commune: s’il n’y en a pas, c’est qu’elles n’ont pas pu écrire, qu’elles en ont été empêchées, etc. Mais j’en ai découvert des centaines! Mais où étaient-elles passées? Et j’étais chaque jour partagée entre la joie de pouvoir en lire plein et la colère qu’elles aient disparu. Certaines ont eu des reconnaissances type prix Goncourt ou prix de l’Académie française, elles ont été Chevaliers des Arts et des Lettres mais on a oublié leurs noms. Il y a une sorte de plafond de verre qui persiste: même quand on accède à la reconnaissance de son vivant, il n’est pas exclu que l’histoire soit réécrite et qu’on en soit extraite…

À quel moment ces femmes disparaissent-elles?
Au moment de l’écriture de l’Histoire. L’écriture des anthologies par exemple. Pour écrire ce livre, je me suis jetée sur les anthologies de poésie… On n’y croise que deux ou trois noms et toujours les mêmes: Anna de Noailles, Marceline Desbordes-Valmore, Lucie Delarue-Mardrus… Les sources plus complètes étaient écrites par des femmes, l’anthologie de poésie féminine écrite par Jeanine Moulin, dans les années 1970, par exemple, une bible! Rosemonde Gérard aussi l’a fait, elle était l’épouse d’Edmond de Rostand et n’est restée connue que pour ça alors qu’elle était poétesse, qu’elle a écrit avant lui et que c’est elle qui a transmis ses manuscrits pour qu’il soit publié. Je suis déçue qu’il faille encore devoir regrouper les femmes pour en parler, l’idéal serait évidemment qu’elles soient présentes dans les anthologies… tout court!

Illustration Diglee/ Je serai le feu.

Votre organisation de ces poèmes montre qu’ils sont très différents, qu’il n’existe pas de poésie féminine?
Tout à fait! Il n’y a pas d’essentialité de la poésie féminine, c’était aussi l’idée de ce recueil, montrer la pluralité. Finalement, la seule chose qui les rassemble c’est d’avoir été invisibilisées.

Vous présentez ces poèmes avec une grande simplicité. Au-delà de parler de ces femmes, vouliez-vous aussi montrer que la poésie peut plaire à tout le monde?
Exactement. Je dirais que c’est même l’impulsion principale. Durant le défi Inktober, j’accompagnais mes dessins de textes et j’ai eu énormément de réactions, les gens me disaient: "C’est fou, je pensais que la poésie n’était pas pour moi". C’est ça qui m’a motivée à les publier. La poésie n’est pas ce qu’on nous fait croire. Souvent, les seuls contacts qu’on a avec, c’est à l’école, on en a une image vieillotte ou élitiste. Beaucoup de gens m’ont dit: "J’ai peur de ne pas comprendre", je réponds: "tant mieux"… ça se passe sur un autre plan.

Les illustrations sont très différentes les unes des autres, vous saisissez les univers de chacune…
J’espère! C’était le défi. Souvent, je dessinais en écoutant des émissions de radios où certaines de ces femmes parlaient, ou qui leur étaient consacrées, j’étais dans une sorte d’auto-hypnose et je dessinais à main levée, en me laissant imprégner. Le dessin marche bien avec la poésie, c’est la même forme d’expression je trouve. La tradition des ouvrages poétiques illustrés n’est pas nouvelle d’ailleurs, ça se faisait beaucoup dans les années 1970, à l’époque de Dada ou du surréalisme aussi.

Vous n’avez pas fait que des portraits, vous vouliez montrer autre chose de vous?
Oui, ça pouvait partir d’un vers, d’une atmosphère. Anna Akhmatova, dont j’ai mis le portrait en couverture puisque c’est en la découvrant que tout est parti, c’est un bouquet de giroflées qui illustre ses textes. Les dessins sont très différents, pour certains, il y a quatre ans qui les séparent. C’est une forme dessinée que je n’avais jamais montrée dans mon travail édité, à la main, à l’encre…

Offre numérique MM+

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