Le romancier niçois Anthony Passeron remporte le prix Wepler-Fondation La Poste

Anthony Passeron a reçu ce prix qui "récompense une œuvre littéraire contemporaine inclassable" depuis 25 ans, grâce à son premier roman, "Les Enfants endormis".

Jimmy Boursicot Publié le 14/11/2022 à 10:35, mis à jour le 14/11/2022 à 12:02
Anthony Passeron a obtenu une deuxième récompense pour "Les Enfants endormis", son premier roman. Photo AFP/Joel Saget

L'année se termine en beauté pour le trentenaire niçois, professeur de français et d'histoire-géographie au lycée professionnel Vauban, que l'on vous présentait en août dernier comme l'une des révélations de la rentrée littéraire.

Ce lundi matin, Anthony Passeron a reçu le prix Wepler-Fondation La Poste, après avoir gagné le prix Première plume et été en lice dans d'autres "compétitions" prestigieuses (prix Fnac, prix de Flore, prix Décembre et le prix Médicis, dans la catégorie essais, étonnamment) pour Les Enfants endormis (éditions Globe).

Attribué depuis 1998, le Prix Wepler-Fondation La Poste est doté d'un chèque de 10 000 euros pour le lauréat. Lucie Rico, gratifiée de la mention spéciale du jury pour GPS (P.O.L.), reçoit pour sa part 3 000 euros.

En parcourant le palmarès des années précédentes, on retrouve plusieurs auteurs et autrices de premier plan, à commencer par Brigitte Giraud, Goncourt 2022 (mention spéciale en 2001), François Bon, Céline Minard ou encore Nathalie Léger.

 

Anthony Passeron, lui, succède à Antoine Wauters, primé l'an dernier pour Mahmoud ou la montée des eaux.

Sollicité dans la foulée pour une réaction, voici ce qu'il nous a déclaré : "Je pense à tous les enfants endormis dont il est question dans ce livre, à ces médecins courageux qui n'ont jamais baissé les bras, à ma famille et à mon village. Cette récompense les honore à travers le livre."

Le Sudiste, présent dans de nombreux festivals et embarqué dans une copieuse tournée dans les librairies affirme rencontrer "des gens de toute la France contents que quelqu'un raconte cette histoire, qu'ils ont souvent vécu dans les mêmes conditions."

Désiré, cet oncle addict à l'héroïne, emporté par le Sida

Mis en valeur par la critique, boosté par une présentation à La Grande librairie, grand-messe cathodique consacrée à la littérature, Les Enfants endormis, premier roman d'Anthony Passeron, mêle le destin d’un oncle héroïnomane emporté par le Sida et un regard sur l’évolution de la recherche, à une époque où le virus plongeait les scientifiques dans le doute et où les malades étaient fortement stigmatisés.

Le personnage central se nomme Désiré, l'oncle de l'auteur. Un garçon hors norme, plus attiré par la nuit et ses tentations que par le dur labeur de sa famille dans une boucherie de l'arrière-pays niçois, qui découvrira l'héroïne à Amsterdam.

Très vite addict, très vite contaminé par le VIH après des échanges de seringues, Désiré finira par en mourir, comme sa femme et sa fille, "plombée" avant même d'avoir vu le jour. 

 

Intimité et dimension sociologique

Cette histoire très intime, racontée avec une grande pudeur par Anthony Passeron, vient certainement réparer quelque chose, comme il nous l'expliquait l'été dernier.

"Ma mère a lu le livre. C’est peut-être présomptueux de ma part, mais je me rends compte qu’aujourd’hui, mes proches reparlent de ce passé sur lequel ils avaient refermé le couvercle. Ils arrivent à mettre les choses à distance. Peut-être que c’est ce que je recherchais vraiment quand je me suis lancé il y a quatre ans. Parce qu’en réalité, j’avais peu de probabilités d’être édité après avoir envoyé mon manuscrit."

Dans ce récit, l'auteur azuréen a choisi de jongler avec un champ plus vaste, celui de l'évolution de la recherche autour du Sida, aux niveaux français et mondial. 

"Au départ, j’ai peut-être intégré tout cela parce que je me demandais qui allait s’intéresser au fils toxicomane d’un boucher de Puget-Théniers. Finalement, je trouve que cela apporte quelque chose. Cela rapproche deux univers très éloignés. Quand je posais des questions à ma mère pour resituer les choses au niveau médical, elle me disait qu’à leur échelle, ils ne savaient rien à l’époque."

> Le 30 novembre à partir de 18 h 30, dans le cadre de la journée internationale de lutte contre le Sida, Anthony Passeron sera accueilli par la libraire Les Parleuses, à Nice.

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