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"Le Petit Prince" d'Antoine de Saint-Exupéry est-il né sur la Côte d'Azur?

Le Petit Prince est l’un des livres les plus lus au monde. à tel point qu’à l’initiative de la Fondation Saint-Exupéry et sous l’égide de la Fondation de France, le 29 juin a été décrété "Journée mondiale du Petit Prince".

André PEYREGNE magazine@nicematin.fr Publié le 26/06/2021 à 22:15, mis à jour le 26/06/2021 à 22:16
Saint-Exupéry à bord de son avion. (DR)

Et si Le Petit Prince était né dans notre région? S’il s’était nourri des souvenirs d’enfance d’Antoine de Saint-Exupéry découvrant le monde?

Cela appartiendrait à notre région. Car c’est aux abords du golfe de Saint-Tropez que Saint-Exupéry a passé son enfance. Au château de la Mole, dont sa mère, Marie, était propriétaire en tant que descendante de la famille de Fonscolombe. Elle y a élevé ses enfants. Elle a fait cela avec son courage de jeune veuve, son mari Jean ayant été terrassé par une crise cardiaque en 1904 sur le quai de la gare de la commune voisine de la Foux. Antoine avait alors 4 ans.

Malgré l’absence du père, il passa des jours heureux à la Mole, avec ses sœurs Marie-Madeleine, Simone et Gabrielle. La mère racontait des histoires, jouait du piano, réunissait la famille autour de la cheminée. Les enfants découvraient la nature en compagnie de Tite le berger. Parfois, ils prenaient le petit train jusqu’à Saint-Tropez. Un jour, le conducteur de la locomotive fit monter Antoine dans sa machine. Ce fut pour lui une découverte mémorable de la conduite d’un engin mécanique.

La vie à la Mole dura jusqu’en 1907, où le grand-père, Charles de Fonscolombe, mourut. Marie et les enfants allèrent alors vivre près de Lyon.

 

Chez sa sœur à Agay

Les années passent. Ce n’est pas le chemin de fer qui attire Antoine mais l’aviation. Il a du ciel et des nuages plein les rêves.

En 1923, il retrouve notre région lorsque sa sœur Gabrielle épouse Pierre de Giraud d’Agay, aristocrate dont les parents, amis des Fonscolombe, possèdent des vergers et des vignes près de Saint-Raphaël.

Agréables moments passés par Antoine sur la côte varoise dans la bastide au pied des rochers rouges du Dramont! Bientôt l’aventure aérienne va commencer.

Antoine brigue un poste de pilote dans la compagnie Latécoère à Toulouse.

Le 11 octobre 1926, il reçoit une lettre à Agay: c’est sa convocation pour à l’aéroport Montaudran à Toulouse. Il est fou de joie. Sa carrière va débuter.

Il commence par transporter le courrier de Toulouse à Dakar. En septembre 1929, il rejoint Mermoz et Guillaumet en Amérique du Sud pour développer l’Aéropostale jusqu’en Patagonie.

Un soir de septembre 1930, il rencontre Consuelo dans un salon de Buenos Aires – jeune veuve de 28 ans au regard de braise.

Il l’invite à survoler la ville avec lui dans son avion. Rares sont ceux qui peuvent séduire d’aussi spectaculaire façon la femme de leurs rêves! Consuelo ne résiste pas. Elle a déjà été mariée deux fois, la dernière avec un certain Enrique Gomez Carillo qui possède une maison à Nice, la villa El Mirador. La villa existe toujours, en retrait, sur la gauche de l’avenue Brancolar en montant (nous ne donnons pas le numéro, la villa étant une propriété privée).

C’est là que les amoureux vont se réfugier. Antoine finira d’y écrire son Vol de nuit. Que faire du manuscrit? Lors d’une visite chez sa sœur à Agay, il rencontre André Gide. Le "pape des Lettres françaises" accepte de préfacer son livre. Le succès est assuré.

 

Mariage à Nice

Antoine de Saint-Exupéry fréquente également à Nice Maurice Maeterlinck, Prix Nobel de littérature, qui réside dans son "palais" au bord de la mer, au pied du Mont Boron.

Il est temps de se marier. Le 12 avril 1931, l’abbé Sudour unit à Agay Antoine et Consuelo. Le déjeuner a lieu aux Roches rouges, à Anthéor. Les nouveaux mariés passent leur nuit de noces à Porquerolles puis reviennent au Mirador à Nice. C’est à la mairie de Nice qu’a lieu le mariage civil, le 22 avril.

Antoine repart ensuite pour l’Aérospostale. Pour peu de temps. La compagnie périclite, en effet, et devient Air France. Il n’y a plus de place pour lui.

Antoine devient alors pilote d’essai. En décembre 1932, il pilote un hydravion Laté 293 au-dessus de la baie de Saint-Raphaël.

Au moment de l’amerrissage, un flotteur se brise et l’appareil se retourne. Prisonnier de l’habitacle, il est sauvé par son mécanicien Gilbert Vergès, qui a réussi à s’extraire de l’appareil et est parvenu à ouvrir la porte de secours arrière.

 

En 1938, Antoine s’embarque pour le raid New York Punta Arena au sud de l’Argentine, au-dessus de la Cordillère des Andes. En bout de piste, à Guatemala, l’avion s’écrase. L’avion était quatre fois trop chargé en carburant, les ravitailleurs ayant considéré en gallons la commande de l’équipage qui était exprimée en litres.

 

Le château de la Môle près de Saint Tropez, où Saint-Exupéry passa son enfance. (DR)

"Quand on m’a retiré de l’avion, j’étais le plus gros débris", écrira-t-il plus tard.

Plusieurs jours de coma, dix-huit fractures. Antoine effectue sa convalescence chez sa sœur à Agay, au milieu de ses neveux et nièces. Il se rend aussi à Cabris, près de Grasse, où sa mère Marie a acheté une maison qu’elle a baptisée Fioretti en hommage à Saint-François d’Assise. Elle y prie pour la vie d’Antoine.

"Dessine-moi un mouton"

Arrive la guerre. En septembre 1939, il part comme capitaine. Le 31 décembre, alors qu’il assure la liaison Paris Saïgon, nouvel accident. Son avion s’écrase dans le désert de Libye. Une caravane de nomades le sauvera: cette rencontre "miraculeuse", comme "tombée du ciel" en plein désert, le marquera. Certains y voient l’origine de l’histoire du Petit Prince.

Antoine est démobilisé en août 1940, s’installe à Agay où il écrit Citadelle. Il rencontre à Cannes le réalisateur Pierre Billon qui a porté à l’écran Courrier Sud en 1937. Fin décembre, il part pour New York en compagnie de Jean Renoir, fils du peintre Auguste Renoir qui habite Cagnes-sur-Mer, qui est devenu son ami. Il aimerait faire entrer en guerre l’armée des États-Unis au secours de la France.

En attendant d’obtenir un visa pour l’Amérique, Consuelo se réfugie près de Marseille où le journaliste américain Varian Fry aide les intellectuels à gagner les États-Unis.

 

C’est fin 1941 que les époux Saint-Exupéry pourront se retrouver en Amérique. Ils s’installent dans une grande maison à Long Island, près de New York. Ils y reçoivent des amis exilés comme Ingrid Bergman, Jean Gabin, Greta Garbo, Charles Boyer, Marlene Dietrich. Et là, soudain, si loin de la France, surgit l’inspiration qui va apporter la gloire à Saint-Exupéry. "Dessine-moi un mouton!". Le Petit Prince est né.

Les historiens ont beaucoup cherché à connaître l’origine du personnage. Certains y ont vu les traits du neveu d’Antoine, François d’Agay, fils de sa sœur Gabrielle. Pour dessiner les attitudes du personnage du Petit Prince, Saint-Exupéry demande de poser à son ami l’écrivain Denis de Rougemont, installé lui aussi à New York. Il lui fait également relire ses brouillons. Denis de Rougemont deviendra le compagnon de Consuelo, une fois veuve (lire par ailleurs). L’ouvrage sortira aux États-Unis en 1943. Vendu à plus de cent quarante-cinq millions d’exemplaires dans le monde, dont douze millions en France, traduit en 270 langues et dialectes, il est devenu l’ouvrage littéraire le plus vendu au monde et le plus traduit après la Bible.

Ses citations ont fait le tour de la planète, comme cette comète de feu qui traverse le ciel de l’histoire: "Le langage est source de malentendu", "Les vaniteux n’entendent jamais que les louanges", "C’est véritablement utile puisque c’est joli".

Tragique 31 juillet 1944

Mais en 1943, Antoine de Saint-Exupéry est passé à autre chose. "On n’est jamais content là où on est": Antoine de Saint-Exupéry a fait sienne cette citation de son Petit Prince. Il a voulu retourner dans les airs. En avril 1943, bien que considéré par les Alliés comme trop âgé et diminué par ses précédents accidents, il reprend du service en Tunisie grâce à ses relations et aux pressions du commandement français.

Au printemps 1944, le général Eaker, commandant en chef des forces aériennes en Méditerranée, l’autorise à rejoindre son unité en Sardaigne.

 

Il effectue plusieurs vols, émaillés de pannes et d’incidents. Le 31 juillet 1944, il décolle de Poretta en Corse.

Il est seul à bord, aux commandes d’un bimoteur Ligthning. S’étant envolé à 8h25 du matin pour une mission préparatoire au débarquement des Alliés en Provence, il met le cap sur la vallée du Rhône. À 8h30, il se signale par un écho radar. Ce sera le dernier…

"Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve" (Saint-Exupéry, Le Petit Prince).

Le certificat de mariage de Saint-Exupéry à Nice. (DR)
Monument du Petit Prince à Agay, où Saint-Exupéry a souvent séjourné. (DR)

Marie et Consuelo

La disparition de Saint-Exupéry laissa deux femmes dans la détresse: sa mère, Marie, et son épouse, Consuelo.

Après la disparition de son fils, Marie de Saint-Exupéry se réfugie dans la prière dans sa villa de Cabris, près de Grasse, écrit des poèmes où elle parle d’Antoine et s’attache à faire publier ses écrits posthumes. Elle apportera son témoignage à tous ceux, nombreux, qui s’intéressent à lui. Au début des années 1960, elle perd progressivement la vue avant de s’éteindre à Cabris, en 1972, à 96 ans.

Après la mort d’Antoine de Saint-Exupéry, Consuelo de Saint-Exupéry devient, pour sa part, l’amante de leur ami commun, l’écrivain Denis de Rougemont, de six six ans le cadet de Saint-Exupéry, qui avait accompagné celui-ci tout au long de l’écriture du Petit Prince. Denis de Rougemont contribuera à l’écriture du roman de Consuelo, Oppède, qui paraît en 1947 chez Gallimard.

 

Toujours avec Denis de Rougemont, Consuelo rédige ses mémoires qui ne seront publiés qu’après sa mort, où elle dit son attachement indéfectible à "Saint-Ex" mais regrette ses nombreuses absences.

En 1964, elle fréquente et peint dans l’atelier de Salvador Dali, rencontré à New York à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et avec qui elle a collaboré à la décoration de vitrines à New York en 1945. Elle est l’invitée d’honneur de l’Exposition universelle de 1967 à Montréal, intitulée Terre des hommes en hommage à Saint-Exupéry.

Décédée à Grasse en 1979, elle est enterrée à Paris au cimetière du Père Lachaise aux côtés de son deuxième époux, Enrique Gomez Carillo.

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