Rubriques




Se connecter à

L'ancien patron de la BRI de l'époque de l'attentat du Bataclan sort un thriller

Alors que va démarrer le procès des attentats du 13 novembre, le nom du chef de la BRI de Paris de l’époque marque aussi la rentrée littéraire. Dans la Fosse aux âmes, c’est le romancier qui parle. Et qui sonde l’âme humaine face au traumatisme.

Amélie Maurette amaurette@nicematin.fr Publié le 03/09/2021 à 13:00, mis à jour le 03/09/2021 à 13:46
Christophe Molmy est aujourd’hui chef de la brigade de protection des mineurs de la police judiciaire de Paris. (Photo Alexandre Isard)

"Je parle en tant qu’auteur là, pas en tant que policier, mais je suis humain, donc dire qu’il n’y a pas au fond de moi un mélange de tout ça, ce serait mentir. Mais ça n’était pas conscient. Ce n’est pas l’histoire des attentats, ça n’a rien à voir. Même si, quand on écrit, même malgré soi, on livre des choses de nous."

Impossible de contourner la question. Alors que va démarrer, le 8 septembre prochain, le procès des attentats du 13 novembre 2015, Christophe Molmy est en plein dedans. Ces jours-ci, l’ancien chef de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Paris, qui dirigea l’assaut contre les preneurs d’otages du Bataclan, n’en finit plus de raconter cette interminable nuit. Intacte, en tête. Pourtant, insiste celui que l’on interroge là en tant que romancier, dans La Fosse aux âmes, qui vient de sortir, il n’en est pas directement question.

Exercice délicat

Même si ce quatrième roman (après Les Loups blessés en 2015, Quelque part entre le bien et le mal en 2018, et Après le jour en 2020), s’ouvre sur une scène d’attentat dans un cinéma parisien, le fond du roman est ailleurs.

Pourquoi cette ouverture, alors, inévitablement évocatrice des événements de novembre 2015? "Je ne veux pas me défausser mais je ne l’ai pas écrit comme ça. a n’était pas voulu. Nécessairement, quand vous écrivez il y a un côté cathartique et des choses reviennent, même inconsciemment. Mais je n’ai pas voulu plaquer ça, non. Je voulais une scène d’attentat parce que c’est différent d’un homicide ou d’un accident. C’est délibéré, c’est massif. Pour ouvrir le roman et donner de la force au trauma du personnage, il fallait quelque chose de difficile", explique Molmy simplement.

 

L’exercice est délicat. Mais avec pudeur et rythme, il embarque. "a n’est pas une enquête sur les attentats, ni sur ce qui s’est passé. Quand vous avez face à vous des gens qui ont traversé ça, moi-même d’ailleurs puisque malheureusement, j’ai perdu quelqu’un dans ces attentats, la résilience devient un sujet en soi, qui dépasse le fait de savoir si, oui ou non, on dépeint ce qui s’est passé."

Avec ce livre – le premier d’Onyx, nouvelle collection de son éditeur, La Martinière, qui se propose d’explorer "le continent noir des profondeurs de l’âme humaine" – l’auteur de 52 ans raconte surtout la trajectoire d’un homme. "Le sujet qui m’intéressait, c’était la résilience, en l’occurrence celle après un attentat. Mon personnage est confronté à un trauma, à une histoire d’amour intense aussi, puis à un manque, et à une enquête qu’il poursuit. Dans le fond, l’idée, c’est de prendre un personnage banal, là un jeune publicitaire, qui se retrouve dans une sorte de machine à laver émotionnelle… Et de voir jusqu’où on peut aller par amour, et pour combattre un trauma."

À la Dewaere dans Série noire

Rescapé de l’attaque du cinéma, dans lequel il perd sa compagne, persécuté par le sentiment de culpabilité, le personnage va se relever grâce à un amour fou. Mais cette nouvelle âme sœur va disparaître à son tour et il va se retrouver accusé. Une spirale commence alors pour ce type-là qui n’avait jamais marché en dehors des clous.

 

L’auteur de polars, qui s’aventure là dans le thriller psychologique, avait un film en tête en écrivant La fosse aux âmes. "Je me suis rappelé Série noire avec Dewaere. Il est happé par une histoire d’amour, veut quitter sa femme, finit par la tuer… C’est l’humanité dans tous ses aspects. Amoureux, désemparé, tout lui échappe, c’est très noir mais c’est la nature humaine", résume Molmy. Qui va faire tituber son héros sur un fil: celui, fragile, tendu entre le bien et le mal, la victime et le bourreau.

Inspiré par son quotidien de flic ? "C’est un fil conducteur. C’était présent dans mes premiers romans aussi. Cette idée de crête sur laquelle on est tous. Tous les policiers ont un jour eu face à eux des hommes qui ont commis le pire mais qui, en même temps, étaient père de famille, des maris, des enfants et qui avaient une part d’humanité très forte. C’est troublant. Ce serait trop facile si l’on pouvait classer les gens d’un côté ou de l’autre de la barrière. "

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.