La Princesse Grace "était la combinaison du charme et de l’autorité": les confidences du biographe Jean des Cars

Pour marquer les quarante ans de sa disparition, l’écrivain et journaliste Jean des Cars republie sa biographie de la princesse Grace, qu’il a côtoyée de nombreuses années.

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PROPOS RECUEILLISPAR CEDRIC VERANY Publié le 12/09/2022 à 11:00, mis à jour le 12/09/2022 à 13:42
Jean des Cars, auteur de l’ouvrage Inoubliable Grace de Monaco aux éditions du Rocher. Photo Eric Fougere

"L’époque n’est plus la même, Grace a été un moment de rêve et d’efficacité", lance-t-il au téléphone, depuis son domicile parisien. Écrivain, journaliste, historien des grandes dynasties européennes, Jean des Cars avait compilé ses échanges et ses rencontres avec la princesse Grace il y a deux décennies pour dessiner son portrait dans une biographie hommage.

L’ouvrage est ressorti le 24 août dernier à l’aune des 40 ans de la disparition tragique de la Princesse. Et Jean des Cars s’est replongé dans ses souvenirs liés à la princesse Grace. "Elle était fascinante par cette combinaison extraordinaire de charme, d’autorité discrète, de grande courtoisie, d’efficacité, se souvient-il. Elle travaillait beaucoup, elle était très disciplinée, très sérieuse et elle a formé une équipe exceptionnelle avec Rainier pour faire connaître la Principauté, développer Monaco. Ça a été un couple formidable auquel, mon épouse et moi nous avons été très liés". Interview.

Dès les premières pages du livre, vous mettez un point d’honneur à tordre le cou à toutes les rumeurs qui ont entouré la disparition de la princesse Grace… notamment cette supposée appartenance à la secte du Temple solaire…
C’était n’importe quoi. Un ami du prince Rainier avait été assez proche de la secte du Temple solaire, en effet, mais de là à ce qu’on invente cela ! Rien dans sa vie réelle ne permet de le supposer. Pareil sur les affabulations sur le fait que sa voiture ait été sabotée. On a raconté vraiment n’importe quoi. Elle conduisait très mal, mais adorait conduire. D’après ce que l’on sait, elle a vraisemblablement eu une attaque cérébrale, elle a fait un malaise et la voiture s’est emballée dans un tournant très dangereux. C’est tout.

Vous évoquez cependant un pressentiment que la princesse Grace aurait eu de son accident…
J’ai un souvenir étonnant, en effet, des années où je travaillais à Paris-Match. Avec le photographe Jean-Claude Sauer dans les années 1970, nous avions rendez-vous avec la princesse au Palais. Elle qui était la ponctualité même est arrivée un peu en retard. Elle descendait justement de Roc Agel et à son arrivée, elle nous a dit: "Cette route est très dangereuse, quelqu’un va se tuer un jour". Elle a eu, en quelque sorte, comme un pressentiment.

 

En septembre 1982, vous faites le voyage jusqu’à Monaco pour ses funérailles. Quel souvenir conservez-vous de cette Principauté recouverte d’un manteau de chagrin?
Le noir, le silence, ces volets fermés, le défilé des pénitents… Nous étions bouleversés, on n’imaginait pas un monde sans la princesse Grace. Tout le monde a été sous le choc. Moi-même, la nuit de sa disparition, j’ai écrit un cahier spécial pour Le Figaro Magazine pour lui rendre hommage, j’étais en larmes. Le monde a perdu une étoile filante. Même le Cambodge, à l’époque république populaire du Kampuchéa, c’est-à-dire l’horrible régime des Khmers rouges, avait décrété un deuil de trois jours. Ce qui est assez incroyable… Elle avait apporté tellement de gaieté, de gentillesse, d’humour. C’est quelqu’un que l’on n’a pas remplacé. Je retiens ce qu’a dit Cary Grant d’elle après sa disparition: "Elle rayonnera de l’au-delà".

En retraçant son parcours, vous remettez en lumière une intéressante interview qu’elle donne au magazine Playboy dans les années 1960, où elle donne son avis sur les affaires de la Principauté. Une certaine liberté de ton que l’on n’imagine pas aujourd’hui…
Elle parlait avec autorité, elle connaissait ses dossiers. C’était une femme extrêmement rigoureuse. Elle faisait preuve d’une autorité souriante, tout en ayant un sens du métier. Je me souviens d’un gala à Paris au Moulin Rouge avec Dean Martin. À la sortie une horde de photographes l’attendait, peut-être une cinquantaine. Elle a fait un petit geste, qui signifiait que c’était fini, qu’il ne fallait plus de faire de photos, et tout le monde l’a compris. Une sorte d’autorité souriante. Et de sens du métier. Elle n’avait jamais oublié ce qu’est ce métier.

Ce livre retrace le portrait d’une femme libre pour son époque, qui s’est affranchie de son père, qui a tenu tête aux studios d’Hollywood, qui a choisi son destin de princesse…
Bien sûr, dans sa jeunesse, elle a accompli une sorte de révolte très maîtrisée pour son époque. C’est une femme indépendante et qui a mis cette indépendance au service de la Principauté. Elle faisait tout avec bonne conscience, jamais avec ennui.

Quelle aurait été sa vie si elle ne s’était pas arrêtée en 1982?
On ne peut pas faire de pronostic post-mortem mais elle aurait fait des choses avec sérieux et conscience comme elle a toujours fait. Ce n’était pas du tout quelqu’un qui faisait pour faire. Si elle disait oui à un projet, c’est que ça l’intéressait.

Savoir+
Inoubliable Grace de Monaco de Jean des Cars. Aux éditions du Rocher. 233 pages. 17 euros

Le réalisateur français, figure de la Nouvelle Vague, était passionné par le travail d’Alfred Hitchcock avec qui la princesse Grace avait tourné trois fois. Photo DR.

Ce dîner, resté secret, avec François Truffaut

La scène se passe à Paris, au printemps 1977 et elle est une des pépites de cette biographie. Ce soir-là, Jean des Cars et son épouse sont dans un appartement chic de la place Victor-Hugo. La maîtresse des lieux est une proche de la princesse Grace en l’honneur de qui est donné ce dîner privé.

Autour, six convives seulement dont François Truffaut. Deux légendes du 7e art autour d’une même table, forcément, la conversation embraye sur le sujet. "Il voulait absolument la rencontrer et elle, était très heureuse de le connaître parce qu’elle était restée passionnée par le cinéma", se souvient Jean des Cars.

Le réalisateur français est alors au sommet de sa carrière. Mais avec la princesse Grace, il entend surtout évoquer celle d’un cinéaste qu’ils vénèrent tous les deux : Alfred Hitchcock. La princesse et François Truffaut s’étaient d’ailleurs déjà croisés en 1974 à New York lors d’une rétrospective consacrée à leur maître commun dans cette même ville.

Et lors du dîner, l’ancienne actrice évoque ses souvenirs de tournage, notamment de La main au collet; aussi l’attente interminable entre les prises sur les plateaux, où elle s’adonne à la tapisserie ou la broderie. Et confie à son voisin de table qu’elle n’a pas encore vu son dernier film, L’homme qui aimait les femmes et qu’elle aimerait le voir. "Truffaut lui propose alors d’organiser une projection privée pour elle. Elle refuse en disant qu’elle veut voir le film en salle. Je me souviens qu’elle lui a répondu: "Je suis restée très amoureuse du cinéma et c’est en salle qu’il faut voir les films".

Un peu plus tard, en lui demandant pourquoi il a tourné son film à Montpellier, le réalisateur réplique que c’est dans cette ville de France que les femmes sont les plus belles. "Je comprends pourquoi le prince Rainier a fait ses études à Montpellier", lui répond alors la princesse avec humour.

Cet improbable dîner fait mouche dans la biographie de Jean des Cars. "Je n’avais qu’un regret tenace, celui de ne pas pouvoir prendre de notes, enregistrer, encore moins garder une photo de cette précieuse rencontre", écrit d’ailleurs l’auteur.

Ce soir-là, avec son épouse, ils raccompagnent François Truffaut jusqu’à son domicile, rue de Galliera. "Ses yeux brillaient d’enthousiasme, comme ceux du loup de Tex Avery et je me souviens qu’il nous a dit: "Elle est parfaite dans tous ses rôles"". L’a-t-il imaginé devant sa caméra? L’histoire ne le dit pas…

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