"La nourriture, c'était ma came": une Azuréenne raconte son combat contre l'obésité dans un livre

La Mentonnaise Charlotte Arrigoni vient de publier une autobiographie consacrée à sa perte de poids record. Par ce témoignage, elle espère rompre la solitude de personnes concernées.

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Alice Rousselot Publié le 14/11/2022 à 08:13, mis à jour le 14/11/2022 à 08:04
Charlotte Arrigoni, atteinte d’hyperphagie, a perdu 66 kg après une opération chirurgicale. Mais au-delà de l’obésité, elle assume avoir dû lutter contre des troubles du comportement alimentaire. Photos DR

Trouver les mots n’a pas été simple. Et, bien que déterminée à témoigner de son expérience dans une autobiographie, Charlotte Arrigoni est longtemps restée devant une page blanche. Stressante pour elle, la journaliste, mais pleine de promesses pour ceux qui, passés par les mêmes difficultés, liront un jour le résultat.

Les raisons qui ont poussé la Mentonnaise - née à la polyclinique de l’Hermitage - à écrire sur son combat contre l’obésité relèvent autant d’un besoin personnel que d’une visée universelle.

"Un an après mon opération, je me suis dit que ce serait dommage de ne pas garder une trace du parcours effectué, ne serait-ce que pour moi, glisse celle qui a perdu 66 kg. Et à mesure que je parlais de ce projet autour de moi, je me rendais compte que tout le monde avait quelqu’un de son entourage présentant un problème d’alimentation. J’ai senti que c’était un sujet important, bien que parfois tabou."

À l’époque où Charlotte allait terriblement mal, elle aurait par ailleurs aimé savoir qu’elle n’était pas seule. Savoir qu’il y avait une lumière au bout du tunnel de tristesse.

"Quand le diagnostic a été posé, j'ai pleuré de soulagement"

Il faudra attendre une hospitalisation en 2018, après qu’une psychiatre a estimé que la jeune femme n’avait plus de contrôle sur son alimentation, pour que ce sentiment d’extrême solitude soit rompu. Quand, pour la première fois, le mot d’hyperphagie boulimique a été prononcé. Comprendre: des épisodes récurrents de crises de boulimie non associés à des comportements compensatoires tels que les vomissements ou l’utilisation de laxatifs.

 

"Quand le diagnostic a été posé, j’ai pleuré de soulagement. Quelqu’un avait compris: je suis passée de "Charlotte a un bon coup de fourchette" à "Charlotte est malade"". Une maladie peu connue, en l’occurrence, qui touche entre 3 et 5% de la population.

Répondant au souhait de son éditeur - City éditions -, Charlotte Arrigoni s’est attachée à jalonner son récit de chiffres et d’articles sourcés.

Des mécanismes sournois à l'origine de la maladie

"Mon histoire a un impact parce que les données sur le sujet sont édifiantes…" Son histoire, justement, commence par "une enfance rêvée" à Garavan, entre jeux au parc et goûters sur le bord de mer.

Dans SOS XXL, la Mentonnaise raconte pourtant comment un mécanisme sournois s’instaure, peu à peu, consistant à manger pour gérer ses émotions. À la naissance de son petit frère et au sentiment (irrationnel) d’abandon qui en découle, à la séparation de ses parents, face au harcèlement scolaire qui s’immisce dès ses 6 ans… Dans la bouche des autres enfants, son prénom disparaît en effet, au profit de surnoms plus immondes les uns que les autres.

"Je n’étais pas grosse, mais rondelette. Deux élèves ont décidé de me tomber dessus, et moi je n’avais pas de répondant. Cela étant, je sais que ce sont des situations difficiles pour les maîtresses, les professeurs; il y a forcément des chamailleries dans les cours de récré. Je pointe plutôt du doigt les parents de harceleurs. Quand on en arrive là, c’est que quelque chose cloche. Il y a un vrai besoin d’éducation à la tolérance, avant même l’Éducation nationale."

 

Attribution d’un rôle de chien pour le spectacle de danse au Palais de l’Europe, brimades au collège où on la considère comme la vachette dans Intervilles… Les humiliations sont légion durant son enfance, son adolescence.

Et ce n’est que rétrospectivement, avec le recul d’un chemin de croix quasi achevé, que Charlotte prend conscience que "la parole est la clé" face à ces violences du quotidien.

"Je n’arrivais plus à faire 100 mètres à pied"

Les années passent, la situation s’apaise sur le front du harcèlement, sans que les problèmes s’évanouissent pour autant. Y compris à Paris, où Charlotte rêvait de vivre un jour.

"Quand j’ai atteint mon poids maximal en été 2020, 126 kg, je n’arrivais plus à faire 100 mètres à pied, je prenais le bus plutôt que le métro pour ne pas avoir à monter les marches. C’était Koh Lanta. Mon copain devait me soulever de la baignoire, me faire les lacets… Mes proches étaient très inquiets. Quand je revenais à Menton pour les fêtes de fin d’année, mes parents essayaient de me parler mais j’étais agressive - comme le serait un alcoolique. La nourriture c’était ma came, il me fallait ma dose. Sauf que comme pour toutes les drogues, seul le malade peut agir. Les proches peuvent seulement montrer qu’ils sont là. Ainsi, quand j’ai annoncé que j’allais me faire opérer, pas un ne m’a dit que c’était une connerie."

Charlotte n’envisageait pas franchement cette possibilité à l’origine. Considérant que c’était une solution de facilité, une capitulation trop rapide.

"Ce n’est pas juste une question de physique"

"Mais dans les faits, c’est un parcours long qui doit être validé par la CPAM. Il faut bien comprendre que ce n’est pas juste une question de physique, j’avais des problèmes d’articulations, de souffle, d’apnée du sommeil. J’étais atteinte d’obésité morbide", résume la journaliste. Qui a dû s’adapter à une nouvelle façon de vivre, impliquant entre autres de manger dans de petites assiettes l’équivalent de ce qu’ingère sa fille de 7 mois. Et qui clame encore aujourd’hui que même réussie, l’opération ne résout pas tout, à l’instar des autres solutions proposées. "Quand on a un problème de poids, on se tourne rapidement vers un nutritionniste ou un diététicien. Mais nous sommes inégaux face à ce problème, et moi c’était surtout psychologique. Alors oui, les régimes marchent, mais s’il est avant tout question de troubles du comportement, la prise de poids revient fatalement..." D’où l’importance du suivi après un amincissement massif. D’où la conscience, toujours vivace, qu’une rechute peut survenir si l’on venait à baisser la garde.

"Chacun doit être en accord avec soi-même"

Les réactions des premiers lecteurs? "Mon éditeur m’avait conseillé de prévenir mes proches qu’ils allaient découvrir certaines choses dans le livre. Et de fait, la première chose qu’ils ont faite, c’est de s’excuser de ne pas avoir vu. Mais je le cachais!", assume Charlotte, heureuse d’avoir également eu quelques retours de lecteurs qui se sont retrouvés dans son histoire. "Ce serait un plaisir de pouvoir aider ne serait-ce qu’une personne. Peu importe la manière de combattre l’obésité, l’essentiel c’est de s’en sortir. Et à l’inverse, il n’y a pas de problème si on se sent bien en étant obèse. Je crois que le message principal, c’est que chacun doit être en accord avec soi-même. Et qu’il faut ne rien se laisser dicter par les autres. Un tel combat on ne le fait pour personne d’autre que soi."

 

Savoir+

Sorti le 26 octobre aux éditions City, "XXL SOS: Mon combat pour vaincre l’obésité" est à retrouver en librairie et sur les sites traditionnels de commande en ligne. Tarif: 18 euros.

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