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"La Méditerranée est présente dans trois de mes livres..." Béatrice Commengé lauréate du prix antibois Jacques-Audiberti

Vendredi soir, l’écrivaine a été récompensée pour l’ensemble de son œuvre, et plus particulièrement pour son dernier roman intime "Alger, rue des Bananiers", qui retrace l’Algérie française.

Émilie Moulin Publié le 13/11/2021 à 16:00, mis à jour le 13/11/2021 à 15:42
interview
Vendredi soir, la romancière Béatrice Commengé a reçu le Grand Prix Littéraire Jacques Audiberti pour l’ensemble de son œuvre. Photo Sébastien Botella

Un voyage intime et universel à la fois. Des souvenirs d’enfant mêlés à l’Histoire, celle de l’Algérie française. C’est ce qui a charmé le jury du grand prix littéraire Jacques-Audiberti, fondé par la ville d’Antibes, en 1989, et qui récompense les œuvres en résonance avec la Méditerranée.

Pour cette 32e édition, vendredi 12 novembre, le jury, présidé par l’écrivain Didier Van Cauweleart, a choisi de récompenser Béatrice Commengé pour l’ensemble de son œuvre, en s’arrêtant plus particulièrement sur son dernier roman: Alger, rue des Bananiers.

À travers les lignes, l’auteure nous emmène sur les traces de son enfance. L’immense bibliothèque de son père, la lumière blanche de la ville, les rues de son quartier imprégnées de ses rires et des jeux avec ses amis arabes et kabyles et puis… la violence de la guerre, à laquelle Béatrice Commengé échappe en partie lorsque son père décide de rejoindre la métropole en 1961.

 

Recevoir le prix Audiberti… qu’est-ce que ça vous fait?

J’ai toujours affectionné ce prix, par son lien avec la Méditerranée… Je me disais qu’un jour, j’aurais peut-être la chance d’y concourir, étant donné que la Méditerranée est présente dans trois de mes livres. Je suis aussi très émue de me dire que je passe après Lawrence Durrell, qui a gagné le tout premier Prix Audiberti. C’est le premier écrivain vivant que j’ai rencontré quand j’étais jeune, c’est lui qui m’a mis les pieds à l’étrier, et qui a d’ailleurs inspiré mon livre Une vie de paysage.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire un roman sur l’Algérie française?

Le constat que la colonisation est finie. C’est une prise de conscience: la conquête a duré 132 ans, cette époque s’est achevée en 1962 et pourtant, il y a encore beaucoup de mémoire présente, des vivants qui en ont souffert, de la repentance. C’est encore tôt, je le reconnais, mais j’espère bien qu’un jour on parlera de cette colonisation comme si elle était vraiment derrière nous.

Vous mêlez récit personnel et historique…

Bien sûr, quatre générations de ma famille ont été imprégnées de cette histoire. Mais je ne voulais pas faire qu’un récit d’enfance, alors j’ai fait beaucoup de recherches historiques pour tout remettre en place.

 

Le sujet de la colonisation en Algérie est brûlant dans le débat public…

Oui, mais c’est justement aussi le rôle de l’écrivaine d’apporter un regard nouveau, de la distance.

Qu’est-ce qui vous inspire?

Ma vie. Il faut que ça parte de l’intérieur.

Le temps est un thème récurrent dans vos écrits…

Le temps m’intrigue parce qu’il nous échappe et pourtant, c’est la seule chose que nous avons.

Êtes-vous nostalgique?

 

En écrivant, j’ai tout fait pour ne pas tomber ni dans la nostalgie, ni dans l’anticolonialisme. Je dirais que j’ai la nostalgie heureuse.

Que gardez-vous de votre enfance à Alger?

Des amitiés, la liberté et de la lumière. En somme, beaucoup de belles choses.

Béatrice Commengé est née en 1949 à Alger. Photo E.M..

Biographie

Ce qui est fou, c’est qu’elle n’aimait pas lire en étant enfant. Et elle l’avoue elle-même! Si la petite Béatrice Commengé avait su, à l’époque, qu’elle deviendrait une romancière reconnue…

Née en 1949 à Alger, c’est en 1961, alors âgée de 12 ans, que Béatrice Commengé quitte l’Algérie lorsque son père décide de s’installer dans la métropole. "J’ai eu la chance de partir avant que la violence de la guerre s’accentue. Mes copines qui étaient restées là-bas me racontaient qu’il était possible de voir des cadavres dans la rue… Donc grâce à notre départ, je garde des souvenirs heureux de mon enfance à Alger", racontait-elle vendredi, avant de recevoir le Grand Prix Jacques Audiberti.

En arrivant en France, sa famille s’installe dans ce qui était, jusque-là, la maison de vacances en Dordogne. Béatrice Commengé suit des études de littérature anglaise et américaine à Toulouse, jusqu’à obtenir un doctorat sur Virginia Woolf, grande essayiste et romancière anglaise du XXe siècle.

Son premier roman, La Nuit est en avance d’un jour, où elle pose une interrogation sur le couple et le temps, est publié en 1985. Avec l’identité, le temps, justement, est le fil rouge de ses écrits. Comme dans L’homme immobile, paru en 1998, où l’écrivaine s’inspire d’un oncle qui a perdu ses deux jambes: "Je cherchais à comprendre ce qu’on pouvait éprouver quand on perd l’espace: il ne reste plus que le temps, ce qui fait qu’on peut vivre toutes les époques en même temps, vous voyez?"

Avec quatorze ouvrages à son actif, Béatrice Commengé a notamment reçu le Prix Max Barthou de l’Académie française pour La danse de Nietzsche (en 1988) ou encore le Prix Cazes, en 2004, pour son livre Et il ne pleut jamais, naturellement. Quel sera le prochain?

Offre numérique MM+

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