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"La liberté est plus importante que tout": Frédéric Beigbeder, l'apôtre du sain scandale, se confie

L’écrivain dandy revient cet été avec un livre et un spectacle surprenants : d’un côté il écrit ses recommandations littéraires, et de l’autre il mixe sur scène des extraits de ses livres.

Ludovic Mercier lmercier@nicematin.fr Publié le 26/06/2021 à 16:00, mis à jour le 26/06/2021 à 15:50
interview
Frédéric Beigbeder Photo C.T

On l’a connu en publicitaire égocentré, séducteur impénitent, consommateur de multiples substances, si possible interdites. En chroniqueur déjanté, qui se sabote sur le service public. L’écrivain chic, forgé dans du Saint-Germain-des-Prés massif, exilé volontaire sur la Côte d’Argent, revient avec un nouveau livre (lire ci-dessous), qu’il dédicacera le 2 juillet sur la plage de l’Hôtel Amour de Nice, et il sera les 1er et 2 juillet à Anthéa à Antibes. Entretien.

Ça a ressemblé à quoi, le confinement de Frédéric Beigbeder?

Il y a eu trois phases pour les trois confinements différents. D’abord j’ai eu l’impression d’être entré dans une dystopie, à laquelle les films, les séries et les livres nous avaient préparés. J’ai pensé qu’on était arrivé à la fin du monde, avec personne dans les rues, comme dans une nouvelle de Philip K. Dick. Ensuite, j’ai pensé qu’on en faisait beaucoup trop. Surtout les autorités.

 

Vous ne vous en cachez pas: vous avez une peur panique de la mort. On pensait que ces mesures vous auraient rassuré!

Je n’ai pas un mode de vie cohérent avec ma pensée. J’aime boire et abîmer ma santé de toutes les manières possibles. Je ne suis pas un hygiéniste, ni physiquement ni moralement. Mon problème c’est que l’hygiénisme a pris le pouvoir, et pas seulement pour la santé, mais pour la culture aussi.

Vous en parlez dans la préface de votre livre. Quel est le problème de cette démarche selon vous?

Je ne fais plus de distinction entre la démarche de demander au gouvernement de nous protéger d’un virus et la censure de film, de livres, pour différentes raisons morales. Les gens doivent se lever et se battre pour leur liberté. Il faut se réhabituer à l’idée que la liberté est plus importante que tout. Ça veut dire qu’on doit accepter que la vie est dangereuse. Elle est pleine d’accidents, de bagarres, d’attentats, de virus, de baffes dans la gueule. Voilà. C’est ça la vie. Le travail des artistes, c’est de nous montrer cela.

 

Vous avez sélectionné des œuvres que l’opinion publique aime critiquer, voire qui ont fait scandale. Que pensez-vous que le scandale apporte à la société?

Ce qui nous a manqué depuis un an et demi: le débat, la discussion. Quand une œuvre secoue les gens, ça provoque des discussions, et il n’y a rien de plus sain. Comme il n’y avait plus de lieux pour la discussion, les gens s’énervaient tous seuls chez eux derrière leur écran. On a besoin de conversation, de ne pas être d’accord sans s’entretuer. Le problème de l’isolement, c’est qu’il crée de la bêtise et de la violence. Certains livres m’ont choqué au début, mais je trouve ça bien. J’en veux plus à un livre ou un film qui ne me fait rien.

Pourquoi pensez-vous que les gens veulent être protégés tout le temps?

On veut vivre dans un monde gentil. Souvent, ce sont les jeunes qui veulent cela. Et ils ne savent pas, ils manquent de culture. Ils ne savent pas que l’histoire de l’art et de la littérature n’est faite que de chocs, de soufre, de scandales et de douleur. Mais je pense que quand j’avais vingt ans, on était dans l’égoïsme. Aujourd’hui, ils sont dans l’altruisme. Peut-être que c’est une évolution dont on peut se réjouir mais, le problème, c’est qu’à chaque fois qu’on a voulu faire le bien des autres, on a fini par vouloir les contrôler, les surveiller, les dénoncer. Le délire de bienveillance est livré avec le contrôle des esprits. Au nom du bien, on finit par torturer et assassiner des gens. Je ne dis pas qu’on en est là, mais à chaque fois que l’on veut mon bien, je me méfie.

Vous allez donner un DJ set littéraire prochainement. C’est une appellation un peu déroutante. À quoi doit-on s’attendre?

 

J’ai toujours bien aimé faire le disc jockey dans plein d’endroits. Ça fait presque quarante ans que je fais ça. Là, j’ai rencontré DJ Pone qui fait ça infiniment mieux que moi. Ensemble, on a décidé de mélanger une lecture d’extraits de tous mes livres, des années quatre-vingt à aujourd’hui, avec des sons qui évoquent ces époques. Ça montre la trajectoire d’un homme et d’un monde qui change. Avec une mise en scène assez spectaculaire. Si on doit inventer un monde d’après, arrêtons de cloisonner tout le monde. Laissons tomber les barrières. On peut être écrivain et faire des représentations.

Frédéric Beigbeider en dédicace avec la Fnac, vendredi 2 juillet, plage de l’Hôtel Amour, à Nice. A partir de 15h.

Et en DJ set littéraire, jeudi 1er juillet à 20h et vendredi 2 juillet à 20h30, à Anthéa à Antibes. Gratuit sur réservation. Rens. www.anthea-antibes.fr

Bibliothèque de survie

Voilà l’œuvre d’un homme à qui le confinement a sérieusement secoué les chapitres. Et puisque Frédéric Beigbeder n’est pas avare de lectures, il le fait savoir. Il revient aujourd’hui avec Bibliothèque de survie, un ouvrage qui rend hommage à son adorée paresse (puisqu’il se contente de parler des livres des autres), tout en dressant une liste absolument nécessaire d’ouvrages qui font réfléchir.

"Le but de l’ouvrage que vous tenez entre les mains est de dire que la littérature ne doit pas être édulcorée, nettoyée ou purifiée. Les meilleurs livres sont souvent salaces, répugnants, couverts de crachats, obscènes », écrit-il en introduction. « Si ça fait mal, c’est que ça fait du bien à l’intellect", pourrait-on résumer.

C’est donc un Top 50 des livres qui lui semblent le plus essentiels que dresse Frédéric Beigbeder. Et tout y passe. Molière, Colette, Thomas Mann, Octave Mirbeau, Virginie Despentes, Simone de Beauvoir ou Philip Roth. Le tout présenté avec l’humour intelligent et grinçant qui le caractérise. Une indispensable liste d’indispensables.
Editions de l’Observatoire, 160 pages, 20 euros.

Offre numérique MM+

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