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"J’ai gardé mon âme d’enfant": le rappeur Oxmo Puccino se lance dans la littérature

Le rappeur déboule au rayon littérature avec "Les Réveilleurs de soleil". Un conte fantastique et poétique présenté vendredi dernier lors d’une lecture musicale, à Grasse.

Jimmy boursicot (jboursicot@nicematin.fr) Publié le 15/06/2021 à 16:23, mis à jour le 15/06/2021 à 14:34
(Photo Urban Mythology)

Sur disque ou à la télévision avec Les Mots d’Oxmo, parenthèse lettrée de l’émission Clique, sur Canal+, sa parole est d’or. Ses lyrics sont parfois disséqués dans des thèses. L’une d’entre elles, publiée en 2018, s’intitulait Le ap comme poétique du langage ordinaire.

Le rap? Un moyen d’expression, un mode de transport aussi, dans lequel il a sauté dans les années 1990. "J’en ai fait parce que c’était le train qui passait. Sinon, j’aurais fait autre chose. Très vite, j’ai voulu me dire que le monde allait au-delà, bien plus loin que la cité", nous glisse Oxmo Puccino, dans sa loge improvisée au milieu du jardin des plantes, à Grasse.

Vendredi soir, le "Black Desperado" y était invité, dans le cadre du festival Culturissimo, initié par l’espace culturel E.Leclerc, avec la complicité du Théâtre de Grasse.

Douceur et échange

Lunettes à monture translucide fixée sur un texte grand format, accompagné par son guitariste Eddie Purple, l’homme aux sept albums connaissait un double baptême, avec la première représentation de la lecture musicale de son premier roman, Les Réveilleurs de soleil. "J’ai déjà lu mes chansons. Je trouve que ça leur apporte une autre écoute, un autre intérêt. J’écris souvent sans musique, ce sont des poèmes. Avec Eddie, j’espère proposer quelque chose de très doux, de l’échange, de la réactivité", nous expliquait l’artiste avant de monter sur scène. Ironiquement, la pluie faillit s’inviter à la fête et priver les cent-cinquante spectateurs du rendez-vous.

 

Quête initiatique

Ceux-ci ont pu l’écouter conter l’histoire de Rosie, une gamine de dix ans bien décidée à sauver son grand-père, sa seule branche familiale. Depuis que le soleil ne se lève plus, son papy va mal. L’absence de luminosité prive le vieux monsieur de précieuses plantes médicinales. Rosie court partout pour trouver une solution. Chez Noé, pour commencer. L’homme le plus riche du monde. Tellement seul qu’il doit payer pour avoir des amis. Tellement désœuvré qu’il organise des matchs de foot avec des éléphants.

La petite croisera Crépuscule, Aube, Vénus ou encore le chat Cinno. En attendant de voir réapparaître les rayons bienfaiteurs du soleil. "Le soleil, il ne savait pas qu’il était autant aimé. Je crois, hélas, qu’on n’est jamais aussi important que lorsqu’on n’est pas là ", sourit paisiblement Oxmo.

Avec humour et subtilité, Les Réveilleurs du soleil évoque la fougue de la jeunesse face à la nécessité d’agir pour la planète.

Le Paris de Pierre Gripari

Avec ses acolytes, Caballero et Jeanjass, Oxmo Puccino tressait les louanges de l’herbe (à fumer) sur le morceau Social Club. Son intérêt pour les plantes semble aller plus loin. "On a tellement exclu la nature de nos existences... Et quand on lui redonne une importance, on appelle ça l’écologie. Alors que ça ne devrait pas porter de nom."

 

Dans le livre d’Oxmo, les "grands" bouffis par la vanité, aveuglés par la célébrité, dévorés par leurs passions, ne donnent pas très envie d’être côtoyés.

Oxmo Puccino, bientôt 47 ans, a choisi son camp. "Ce que j’espère, c’est que chacun puisse rester près de son enfance. Moi, j’ai gardé mon âme d’enfant. J’ai l’essentiel: l’émerveillement, l’étonnement. Dans l’enfance, on ne fait qu’apprendre. Y a rien de plus heureux."

L’œil brillant, le rappeur-conteur évoque l’une de ses lectures de gosse. "Les contes de Pierre Gripari m’ont marqué. Il racontait des histoires fantastiques, qui se passaient à Paris. Je me suis immédiatement reconnu dans ce mélange de réalité et d’imaginaire."

Le petit Abdoulaye Diarra se prenait-il pour l’un des personnages? "Non, j’étais spectateur. Et c’était déjà une très jolie place. Je pense que c’est comme ça que j’ai eu envie de devenir chroniqueur du quotidien, observateur. J’adore rester à une terrasse de café et observer. Quand je donne un rendez-vous et que la personne est en retard, je ne me plains pas, je regarde le paysage. Il se passe toujours quelque chose."

Poulpe et ethnopsychiatrie

En ce moment, en terrasse, Oxmo donne dans le poulpe. Mais pas dans l’assiette. "On m’a offert un livre qui s’appelle Le Roi des profondeurs. Le poulpe, c’est un animal fascinant. Le livre entier parle de son intelligence. C’est un animal extrêmement sensible. Il s’amuse, il a la notion de l’être, on peut nouer des liens avec lui..."

 

Un autre domaine tentaculaire l’a happé. Celui de l’ethnopsychiatrie, découverte avec les travaux de Tobie Nathan. "Le principe, c’est de prendre en compte la culture du sujet dans le traitement, dans l’analyse. Un montagnard péruvien n’aura pas les mêmes codes qu’un éditeur de Saint-Germain, ça change tout dans la compréhension de l’autre."

Des freins et des envies

Oxmo Puccino avait des textes dans ses tiroirs, depuis longtemps.

Alors, pourquoi ne pas avoir écrit de roman plus tôt? "L’une des raisons, c’est que je ne voulais pas avoir à m’excuser d’écrire, juste parce que je suis un rappeur. Se justifier pour la musique qu’on fait avec autant de passion, c’est déjà usant. Et frustrant", lâche le Parisien, pourtant souvent "sauvé" des critiques adressées par ceux qui raffolent peu du rap.

Pas d’album sur le feu

 

Oxmo nous affirme ensuite que deux ans après son dernier album, aucun autre projet musical n’est enclenché.

Son statut de "jeune auteur", bien reçu par la critique, l’enchante en ce moment. "C’est génial, ce renouvellement. Après autant de temps [son premier album est sorti en 1998, ndlr], rester frais, surprendre..."

à la rentrée, on le verra passer une tête dans Les Méchants, premier film de son poto Mouloud Achour. De quoi lui donner le goût du cinéma? "L’envie est là depuis longtemps, mais je n’étais pas prêt. Quand il s’agit de son image, c’est toujours délicat. J’y travaille. J’ai fait des tests pour un moyen-métrage."

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