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INTERVIEW. Très attendu, son nouveau roman sort ce mardi: l'écrivain antibois Guillaume Musso s'est confié à Nice-Matin

Mis à jour le 26/05/2020 à 07:54 Publié le 26/05/2020 à 07:00
Le dix-huitième livre de Guillaume Musso, "La vie est un roman", sort ce mardi en librairie.

Le dix-huitième livre de Guillaume Musso, "La vie est un roman", sort ce mardi en librairie. Photo Emanuele Scorcelletti

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INTERVIEW. Très attendu, son nouveau roman sort ce mardi: l'écrivain antibois Guillaume Musso s'est confié à Nice-Matin

L’écrivain antibois est l’auteur qui a été le plus vendu pendant le confinement, il vient de faire son entrée dans le Larousse, a signé une tribune pour demander à l’Etat de sauver la filière du livre et sort un nouveau livre ce mardi, "La vie est un roman".

Depuis neuf ans, Guillaume Musso est l’auteur préféré des Français. Huit semaines de confinement n’auront pas eu raison de son succès, puisqu’il est arrivé, là aussi, en tête des ventes en France avec la version poche de La Vie secrète des écrivains. Aujourd’hui, il se donne encore l’occasion de renforcer sa position de chouchou des lecteurs français avec la sortie de son dix-huitième livre, "La vie est un roman".

Il y met en scène deux auteurs – Romain Ozorski, installé à Paris et Flora Conway qui vit à New York – et une éditrice énigmatique, Fantine de Vilatte.

Tous trois nous guident au fil d’une intrigue bien insoupçonnée au départ, et nous entraînent dans les coulisses de la création littéraire, oh combien complexe, surtout lorsque certains personnages tentent de prendre le pouvoir sur leur créateur.

Le confinement n’a pas eu raison de votre succès auprès des lecteurs…
Ça a été une surprise. La version poche de La Vie secrète des écrivains est sortie le 18 mars, au tout début du confinement. Et je n’ai jamais autant reçu de messages, que ce soit par mail ou via les réseaux, de gens qui me disaient que mes histoires les avaient accompagnés. On a tous chez nous une pile de livres dont on reporte la lecture de mois en mois, parfois d’année en année et, là, c’était bien de voir que les gens se sont remis à lire. Ce que, moi d’ailleurs, je n’ai absolument pas fait…

Vous n’avez pas trouvé le temps de lire?
Je suis resté deux mois enfermé dans mon appartement parisien avec ma femme et mes deux enfants qui ont six et deux ans. Le matin, je faisais l’école à la maison avec mon fils qui est en CP. C’était très prenant, je me suis vraiment investi. D’abord, parce que j’avais le temps, que j’avais terminé d’écrire mon roman, et puis il n’y a aucune raison que je laisse ce travail-là à ma femme. On s’est vraiment réparti les tâches. C’est la première fois, en vingt ans, que je reste deux mois et demi sans écrire et sans lire.
Et puis, toute l’énergie était absorbée par les enfants, auxquels vous devez expliquer la situation avec des termes pas trop anxiogènes et devant lesquels vous devez avoir un discours rassurant, alors que vous-même vous n’êtes pas forcément rassuré. Parce que c’est la première fois qu’on vit ça et que, finalement, on n’en sait guère plus qu’eux…

Vous avez quand même dû lire des histoires pour les enfants…
(rires) On a lu les deux premiers tomes d’"Harry Potter" avec mon fils. Ça a été un plaisir, un partage très très fort. Et mon fils m’a challengé d’écrire une histoire qu’il puisse lire. Et donc, il faut vraiment que je m’y mette. Comment refuser quand votre propre fils vous dit : “T’es écrivain, mais pourquoi tu ne veux pas m’écrire une histoire pour moi?”

Ce sera juste pour lui?
Non. J’ai très très envie de ça depuis longtemps. Je le dis chaque année, mais j’avais vraiment besoin que ça me soit réclamé par mes enfants. Là, je commence à phosphorer de façon très intense, pour écrire une histoire que mes enfants peuvent lire entre sept et dix ans.

Vous avez des points communs avec votre personnage Romain Ozorski: l’âge, le succès, la manière d’écrire…
Oui, par rapport à sa vie créative, c’est une sorte de double littéraire. Mais pas du tout par rapport à sa vie sentimentale. Heureusement pour moi, parce qu’il connaît bien des malheurs conjugaux et familiaux…
Les lecteurs sont curieux de connaître la gestation d’un livre. Ce roman propose d’ouvrir cette boîte noire. Pas sous forme d’essai, mais au prétexte d’une histoire policière, à suspense… C’était le bon moment d’écrire ce livre parce que, depuis le début des années 2000, je me lève tous les matins en me demandant ce que je vais bien pouvoir écrire. J’ai une petite vingtaine d’années d’expérience de cette vie partagée entre monde réel et monde imaginaire. J’ai ce recul pour en parler, je l’espère, de façon juste.

"Même quand vous n'écrivez pas, vous écrivez"

Romain estime à 45.000 heures le temps qu’il a passé à écrire. Vous avez déjà fait ce calcul?
Je pense que je ne suis pas loin de celui de Romain. Et je pense aussi que lui-même minore le temps qu’il a passé, parce qu’au bout de deux décennies, l’écriture est tellement une seconde nature que, même quand vous n’écrivez pas, vous écrivez. Vous continuez à macérer, dans votre tête, vos personnages et votre dramaturgie, vous n’appuyez jamais sur le bouton “off”. Et parfois, le monde imaginaire devient plus important que le monde réel. Généralement, c’est le signe que votre histoire est suffisamment prenante pour vous mobiliser tout entier. Les seuls moments où je suis vraiment malheureux dans ma vie c’est quand je n’écris pas. Parce que ça structure votre vie. À partir du moment où ça n’empiète pas sur votre rôle de parent. Je n’écris jamais chez moi. Sinon, je pense que j’écrirais tout le temps.

Romain dit d’ailleur : “Vivre ou écrire, il faut choisir”…
Il faut arriver à se fixer des règles et à s’y tenir. Moi, j’ai retrouvé un équilibre et une vie structurée à partir du moment où j’ai décidé de ne plus écrire la nuit et de ne plus avoir de bureau chez moi. J’ai un bureau à l’extérieur et je fais des horaires, disons de bureau. Et ça, ça me permet d’être beaucoup plus disponible.

Vous travaillez beaucoup vos personnages avant de passer à l’écriture. Est-ce qu’il est arrivé, comme dans le roman, que certains de vos personnages se “rebellent”, fassent autre chose que ce que vous aviez prévu?
Oui, et c’est très bien. C’est souvent le signe que vous êtes sur la bonne voie. Par exemple, dans ce roman, l’éditrice Fantine de Villatte, n’était, au départ, que très secondaire. Et puis, elle est revenue à la charge plusieurs fois. Chaque fois qu’elle faisait une apparition, j’étais moi-même curieux, en attente… Finalement, je l’ai trouvé tellement intéressante qu’elle a généré la troisième partie du roman.

Certains des personnages que vous avez créés au fil des ans, sont-ils toujours présents dans votre esprit?
Il y en avait une, Madeline Green, un personnage de flic dans "L’Appel de l’ange" (2011), qui me hantait tellement que plusieurs années après, j’ai repris son personnage dans "Un appartement à Paris" (2017). Souvent, je me demandais: “Mais que devient Madeline ?” Un matin, je me suis mis devant mon écran, j’ai essayé de répondre à cette question, et j’ai écrit quasiment en un souffle, un chapitre de dix pages, qui se terminait par une tentative de suicide. Madeline allait très mal… Ce chapitre a été l’un des déclencheurs de l’écriture d’"Un appartement à Paris". Pour certains personnages, je sais très bien où ils sont et ce qu’ils sont devenus. Et d’autres, pour lesquels je continue à me poser des questions. Parfois, je n’ai pas envie de savoir, et parfois, si.

Pour lequel ?
Pendant longtemps, j’ai travaillé sur une suite de "La Jeune Fille et la Nuit" (2018), livre qui se déroule à Antibes. J’ai très envie de retourner sur ce campus à Sophia, mais pour y raconter une autre histoire. Celle que j’ai racontée mettait en scène des adolescents au début des années 1990. J’aimerais bien écrire une histoire avec des élèves au sein du campus, mais en 2020. J’ai travaillé pendant six mois sur ce livre, j’ai le plan. Ne reste plus qu’à attendre l’étincelle qui pourrait me lancer : revenir à Antibes pour être sur les lieux.

Envie de revenir à Antibes?
J’attends avec impatience l’arrêt de la barrière des cent kilomètres pour pouvoir revenir dans la région… Là, c’est horrible. J’ai l’impression de ne plus être venu depuis trois ans… C’est vraiment très très lourd… Je n’adore pas Paris. Je ne m’en suis jamais caché, Paris n’est pas du tout une ville de cœur. J’habite à Paris parce que ma femme y travaille et mes enfants y sont scolarisés. S’il n’y avait pas ces données familiales, je n’habiterais carrément pas à Paris ! Cette vie parisienne me pèse beaucoup et me pèse de plus en plus d’année en année. Et, à chaque fois, je me dis qu’il faut vraiment que je passe beaucoup plus de temps à Antibes.

"l'essence de l'être humain est d'être complexe"

Comme Romain, vous vous êtes déjà pris pour Dieu derrière votre clavier ?
Oui, parce que dans les moteurs de l’écriture, il y a un désir de contrôle. Ça vous fait gagner des degrés de liberté. Vous en gagnez aussi en lisant. Les deux sont liés, de par cette faculté de rentrer dans l’intimité de personnages, leur cerveau. Ça élargit l’éventail des possibles. Quand vous écrivez c’est puissance 100, parce que les personnages, vous les créez, vous choisissez la situation dans laquelle vous les plongez. Je prends toujours des personnages qui sont au bord de la rupture, car le danger révèle ce qu’ils ont dans le ventre.

Et vous les sauvez…
Je ne les ai pas tous sauvés. Dans "Je reviens te chercher", le héros meurt à la fin. Je n’ai jamais autant reçu de courriers de protestations de lecteurs qui me disaient que je n’avais pas “le droit de faire mourir Ethan”. Parfois, on a envie de les sauver, mais on ne le fait pas… Et on a le dernier mot, en tant qu’auteur. C’est tout le thème du nouveau roman : un auteur et son personnage qui se disputent le pouvoir de décision sur l’histoire.

Alors, la vie est un roman ?
Oui. La vie est un roman parce que la vie peut être romanesque. Parfois, le réel est beaucoup plus imaginatif que la fiction. On l’a vu, là, avec le confinement. Et de manière plus poussée, Kundera disait : “L’esprit du roman c’est l’esprit de la complexité”, hors la vie et l’être humain sont fondamentalement complexes. Le problème aujourd’hui, dans l’espace public, sur les réseaux, c’est que nous sommes dans une réflexion binaire et simplifiée à l’extrême, c’est soit blanc soit noir… Mais l’essence de l’être humain est d’être complexe. Nous sommes des êtres gris, traversés de désirs contraires, avec une vie mentale parfois chaotique. Et tout cela doit être gommé dans l’espace public actuel, avec, en plus, une exigence de transparence, alors que c’est le mystère qui suscite le désir. Le roman est un vecteur de complexité qui permet de faire écho à notre complexité intérieure. Ce que j’aime par-dessus tout, ce sont les romans qui sont suffisamment fluides pour exprimer en des termes simples toute cette complexité d’êtres humains que l’on porte tous en nous.

"La vie est un roman" de Guillaume Musso, aux éditions Calmann Lévy (304 pages ; 20,90 euros).
"La vie est un roman" de Guillaume Musso, aux éditions Calmann Lévy (304 pages ; 20,90 euros). DR

Une tribune pour sauver la filière du livre

"Dans la période actuelle, sortir un nouveau livre est plus réconfortant que stressant. Savoir qu’avec votre livre, vous allez aussi contribuer à faire revenir du monde en librairie, c’est une fierté."

Car la filière du livre a énormément souffert en cette période de confinement. En ce sens, Guillaume Musso s’est associé à un collectif de plus de 600 éditeurs, auteurs et libraires, qui, dans une tribune publiée samedi dans le quotidien "Le Monde" et adressée au chef de l’État, a lancé un appel à l’aide pour "sauver" la filière du livre. Les signataires ont réclamé des mesures d’urgence "avant l’été".

"La chaîne du livre traverse une tempête comme elle n’en a jamais connu. La librairie est l’un des commerces avec un taux de rentabilité le plus faible. C’est déjà un commerce qui, en temps normal, est fragile… Et, avec le recul de quinze ans dans ce métier, je sais bien que cette expression de “chaîne du livre” a une véritable signification.

Ce secteur d’activité là, comme d’autres d’ailleurs, est complètement interdépendant: les écrivains, les libraires, les éditeurs, les diffuseurs, les distributeurs, les commerciaux, les employés dans les commerces…

Et lorsque le Président a fait ses annonces sur la culture le 6 mai dernier, j’ai été déçu de voir que le livre avait été laissé de côté… Mais, depuis, le ministre de la Culture a dit qu’il y aurait des annonces qui seraient faites vendredi. Donc, attendons, en restant confiant."

Parmi les nouveaux mots du Larousse

Il y a quelques jours, ont été dévoilés quelque cent cinquante nouveaux mots qui font leur entrée dans le Larousse. Parmi eux, dans la catégorie des noms propres: Guillaume Musso.

"Ça a été une belle surprise! En temps normal, je tiens très à distance les honneurs, les compliments et les critiques… Mais là, le Larousse, c’est particulier. Parce que ça cristallise vraiment un parcours de quinze ans avec les lecteurs, c’est une reconnaissance qui m’a touchée. Aussi, parce que quand j’étais petit, que je faisais les devoirs avec ma grand-mère, elle posait toujours un Petit Larousse devant moi. J’ai toujours adoré les dictionnaires, c’est un peu le livre des livres. Chaque mot en entraîne un autre, chaque définition vous donne envie d’aller voir autre chose. Je me souviens combien j’adorais les feuilles roses au milieu avec les locutions latines…"


"Je crois que c’est l’un des témoignages de reconnaissance qui m’a fait le plus plaisir depuis que j’ai commencé à écrire… Pour le symbole populaire et très iconique que représente un dictionnaire, et celui-là en particulier."

"Et puis, ça me fait aussi plaisir pour Antibes… J’ai reçu des mots très sympas d’Antibois, de gens qui avaient vu passer l’info. Parce qu’en fait, vous n’y entrez pas tout seul dans le dictionnaire, vous y entrez avec vos racines, votre famille, vos personnages, votre univers, avec des gens qui vous ont lu. Ce n’est pas une médaille personnelle, c’est un petit bout de votre univers, au sens large, que vous faites entrer avec vous dans le dictionnaire."


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