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INTERVIEW. Laurent Decaux: "Charles VI, c’est sa folie qui l’a anéanti!"

Mis à jour le 19/12/2019 à 17:37 Publié le 28/12/2019 à 18:00
Laurent Decaux aime raconter des histoires. On ne se lasse pas de l’entendre parler de celles des rois de France.

Laurent Decaux aime raconter des histoires. On ne se lasse pas de l’entendre parler de celles des rois de France. Micheline Pelletier

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INTERVIEW. Laurent Decaux: "Charles VI, c’est sa folie qui l’a anéanti!"

Charles VI a vécu un des plus longs règnes de l’Histoire de France : quarante-deux ans! Pourtant, il est très peu connu du grand public. Dans son deuxième roman, "Le Roi Fol", Laurent Decaux lui redonne quelques lettres de noblesse.

Après son premier livre, Le Seigneur de Charny (2017), Laurent Decaux nous replonge dans un univers historique, celui de Charles VI.

Le Roi Fol est son nouveau roman. On y découvre le règne de ce roi de France qui dirigea le pays pendant quarante-deux ans, de 1380 à 1422. Fils du roi Charles V et de Jeanne de Bourbon, il est le quatrième roi de la branche dite de Valois de la dynastie capétienne.

Un homme attachant, mais qui n’a pas marqué son époque de nombreux coups d’éclat.

Parfois bafoué, il se retranche dans son isolement. La folie le gagne petit à petit, ce qui va permettre à ses détracteurs de le déstabiliser. Son épouse, Isabeau de Bavière, préfère les jeunes amants à la couche royale, une attitude qui le contraint à la renier, voire la détester.

Fils de l’historien Alain Decaux et de la photojournaliste Micheline Pelletier, Laurent Decaux – qui, pour le clin d’œil, a passé ses vacances d’été, lorsqu’il était enfant, chez sa grand-mère au Mont Boron, à Nice – a trouvé les bons mots pour nous faire traverser les couloirs du temps et nous emmener jusqu’à la fin du Moyen Âge. C’est un écrivain passionné et passionnant que nous avons rencontré…

Parmi tous les rois de France, pourquoi avoir choisi Charles VI?
C’est un pur concours de circonstances. Comme beaucoup de gens, je le connaissais très mal. La seule chose que je savais à son sujet, c’est qu’il était surnommé “le roi fou” et qu’il était de la fin du Moyen Âge.

Puis, il y a deux ans, j’ai écrit un roman intitulé Le Seigneur de Charny, qui racontait, entre autres, l’histoire de la première exposition publique du saint suaire, relique la plus précieuse de la chrétienté à avoir été, semblerait-il, en contact avec le corps du Christ.

Cet objet surgit miraculeusement durant la deuxième moitié du XIVe siècle, chez les seigneurs de Charny. De cette histoire, j’ai fait un livre d’aventure. J’introduisais, dans mon roman, parmi la foule de pèlerins qui allait visiter le fief des Charny pour se faire leur idée sur cette fameuse relique, le jeune roi de France, Charles VI. Il était très chrétien, très fervent et surtout très dévot.

C’était un tout jeune homme de douze, treize ans, mais qui avait déjà beaucoup de démons en lui.

Et il vous a interpellé au point de lui consacrer tout un livre?
En le décrivant sous ma plume, j’avais perçu cette souffrance qu’il avait d’être roi et sa grande solitude. J’avais envie de rester avec lui! Je me suis pris d’amitié pour ce personnage, j’avais besoin de le voir grandir. Je l’ai aimé parce que lui, il n’était pas aimé. Il est devenu orphelin à l’âge de neuf ans, il avait un frère auquel il tenait beaucoup, mais qui rêvait aussi de pouvoir.

Son épouse, Isabeau, était très particulière et volage. Ses oncles étaient bienveillants pour lui mais ils voulaient s’enrichir avant tout. Il était entouré de soi-disant “piliers” mais friables en réalité! C’est comme cela que je me suis laissé happer par la personnalité de cet adolescent qui avait de nombreuses qualités, mais, hélas, un entourage machiavélique et pétri de vices. Mon nouvel ouvrage était né!

Je me suis pris d’amitié pource personnage, j’avais besoin de le voir grandir. Je l’ai aimé parce que lui, il n’était pas aimé.


Dans votre roman, Charles VI n’a pas toujours le bon rôle. Était-il plutôt dépassé par le pouvoir ou tout simplement sans pouvoir?
Charles VI n’était pas un roi sans pouvoir. Au contraire, il avait cherché à affirmer son autorité, notamment en chassant ses oncles en 1388 pour commencer un règne personnel. Cela démarra de la meilleure des façons avec, en l’occurrence, un traité de paix avec l’Angleterre qui était sur le point d’aboutir. Il s’est aussi très investi dans ce que l’on appelle le schisme de l’église.

Avec un pape à Rome et un autre à Avignon, il a dû envoyer beaucoup de diplomates pour arriver à un accord sur ce conflit très sensible à l’époque. Son épouse venait de lui donner un fils. Tout lui souriait au début de son règne. L’histoire aurait pu continuer pendant plusieurs décennies.

Cependant, en 1392, c’est la rupture, le chaos le plus total dû à la folie du roi. Charles VI ne s’est pas fait déposséder de son pouvoir, c’est sa folie qui l’a anéanti!

Son épouse, Isabeau de Bavière avait une très mauvaise réputation...
Oui, et les historiens d’aujourd’hui cherchent à la réhabiliter. Il faut savoir que les mémoires des grandes figures du royaume étaient écrites par les proches du pouvoir. Or, une guerre civile a éclaté, en 1392, entre les Armagnacs et les Bourguignons. à un moment, Isabeau était plutôt du côté des Armagnacs.

Et comme l’histoire est souvent réécrite par les vainqueurs et que les Bourguignons faisaient la pluie et le beau temps, leurs chroniqueurs ont rédigé des notes terribles sur elle.
Mon point de vue personnel, c’est qu’elle fut une mauvaise reine.

Elle a gouverné à la place de son mari quand Charles a plongé dans la folie. Elle a fait partie du conseil de régence. À cette époque, la France est à peu près l’équivalent de l’Hexagone d’aujourd’hui. À sa mort, après avoir dirigé le pays durant vingt-cinq ans, il ne restera plus que la moitié de notre territoire. Un désastre! Il faudra attendre Jeanne d’Arc pour que la France retrouve sa grandeur d’antan.

Le fait qu’elle soit volage est dû aux absences du roi qui donnait la priorité à la gouvernance de son pays. Isabeau était une femme insatisfaite, ce qui est attesté par de nombreux témoignages d’époque. Je pense qu’elle avait des circonstances atténuantes. Étant totalement délaissée, elle s’est tournée vers d’autres hommes.

Retour au Moyen Âgeau Château de Pierrefonds situé en région des Hauts-de-France, au nord deParis pour le romancier,Laurent Decaux. Il est, ici, photographié par sa mère, Micheline Pelletier.
Retour au Moyen Âgeau Château de Pierrefonds situé en région des Hauts-de-France, au nord deParis pour le romancier,Laurent Decaux. Il est, ici, photographié par sa mère, Micheline Pelletier. Micheline Pelletier

Vous écrivez qu’Isabeau a essayé d’empoisonner Charles VI. Vérité ou fiction?
La vérité historique n’existe pas. Les faits remontent à sept cents ans. Difficile d’en connaître les détails. En tant que romancier, je me sers des grandes anecdotes de cette époque. Les mœurs dissolues d’Isabeau, la reprise du pouvoir par son frère et ses oncles, en raison de la longue maladie de Charles VI, m’ont servi de canevas pour mon roman.

À partir de là, j’édifie avec imagination les néants de l’histoire. C’est comme cela que je conçois mon métier d’écrivain historique. Je suis comme un ouvrier qui remplit les trous d’une charpente ou d’une voûte.

Comment vivait-on sous le règne de Charles VI?
Comme je l’évoque dans mon roman, la deuxième partie du XIVe siècle est l’époque des grandes calamités. Il y a eu la peste noire qui a tué un tiers de la population. La maladie a frappé autant le peuple que la noblesse. Ensuite, la guerre de Cent Ans a saigné la fine fleur de la chevalerie. Les conditions de vie étaient très difficiles.

Au Moyen Âge, les villageois ne mangeaient pas à leur faim, ce qui n’était pas le cas pour l’élite du royaume.

Charles VI est-il un roi "oublié"  de l’Histoire de France?
Ce qui est incroyable, c’est que le règne de Charles VI fut un des plus longs de l’Histoire de France : quarante-deux ans, mais ce fut un règne sombre qui n’a pas apporté grand-chose au pays. La littérature ne s’est donc pas intéressée à ce roi sauf le tout jeune écrivain de trente ans, Alexandre Dumas, qui s’est essayé à un roman sur son épouse Isabeau de Bavière. Hélas, le livre connaîtra le même sort que le roi, il finira dans les oubliettes…

Vous êtes le fils de la photojournaliste Micheline Pelletier et de l’académicien et historien Alain Decaux. Ce sont eux qui vous ont transmis les virus de l’écriture et de l’histoire de France?
L’histoire de France était une évidence, il y en avait tout le temps à la maison ne serait-ce que dans les livres de mon père que l’on trouvait dans son bureau, du sol au plafond. J’étais très impressionné quand je parcourais sa bibliothèque, c’était une cathédrale de livres d’histoire!

En ce qui concerne la fiction, c’est venu du côté de ma mère qui a toujours été une littéraire, une artiste et une voyageuse. Mes passions d’enfance ont fait de moi le romancier d’aujourd’hui.


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