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INTERVIEW. "J’ai l’impression d’être enfin devenue visible à cinquante ans" Colombe Schneck nous parle de son nouveau roman

Mis à jour le 28/02/2019 à 17:52 Publié le 12/03/2019 à 18:00
Colombe Schneck présente "La Tendresse du crawl".

Colombe Schneck présente "La Tendresse du crawl". Photo DR

INTERVIEW. "J’ai l’impression d’être enfin devenue visible à cinquante ans" Colombe Schneck nous parle de son nouveau roman

Journaliste, écrivain et réalisatrice de documentaires, Colombe Schneck signe, avec "La Tendresse du crawl", un livre bourré d’autodérision et d’espoir. Un récit d’apprentissage amoureux et de découverte de soi, par le prisme de la natation. Une histoire qui tord aussi le cou au cliché de la femme mûre invisible, n’en déplaise... à Yann Moix! Elle nous en dit plus dans le magazine Week-End.

À force de passer davantage de temps à imaginer l’amour qu’à le vivre, par peur de la réalité, l’héroïne de La Tendresse du crawl, qui ressemble trait pour trait à Colombe Schneck, connaît une succession d’hommes.
Jusqu’au jour où elle retrouve Gabriel, croisé au lycée, à quinze ans. S’ensuivent neuf mois d’amour au cours desquels la peur, sournoise, revient s’installer. Celle de perdre son amoureux, en dépit de toutes les marques d’affection qu’il lui témoigne.
Remarquant son peu d’aisance avec son corps, Gabriel décide d’entraîner sa dulcinée à la piscine qu’il fréquente assidûment, pour lui apprendre le crawl.
Au fil des semaines, cet apprentissage va s’avérer être, bien plus qu’un challenge, une réappropriation d’elle-même dans sa globalité. Et un viatique pour une nouvelle vie, enfin affranchie de certains poids.

Après Les Guerres de mon père, pour lequel vous avez obtenu le prix Marcel Pagnol, vous publiez La Tendresse du crawl. Quelle a été la genèse de cet ouvrage?
J’avais déjà travaillé avec Juliette Joste [éditrice chez Grasset réputée pour être une dénicheuse de best-sellers, ndlr] sur mon livre Dix-sept ans, qui était le récit d’un avortement, et j’avais envie de continuer à explorer la thématique du corps de la femme.
C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup. J’en suis à mon dixième livre et je me rends compte que, depuis le début, il est omniprésent dans mon œuvre.
J’avais envie aussi de raconter un amour heureux. Parce que c’est rare en littérature, on a plutôt tendance à parler des chagrins d’amour.

"Ce livre est le récit d’une leçon essentielle, une leçon que je regrette de ne pas avoir eue plus tôt, à l’âge de vingt ans."

Vous vouliez aussi évoquer, par le prisme de la natation, la découverte du fait que vous-même aviez un corps?
Exactement. Quand j’ai écrit Dix-sept ans, le propos était sur ma prise de conscience du fait que mon corps était différent de celui d’un garçon. Cette fois, je parle davantage du rôle du corps.
J’ai été élevée dans une famille de médecins où le corps n’existait pas, exception faite des moments où on était malade. Le sport, c’était quelque chose qu’on faisait pour se maintenir en forme le week-end et ça se limitait à cela.
Et, durant cette année de chagrin d’amour, j’ai appris, même si cela peut paraître d’une terrible banalité de dire cela parce que pour beaucoup de gens c’est évident, que l’âme et le corps ne faisaient qu’un.
Je me suis mise à nager, je me suis initiée au crawl et cela m’a transformée. Ça m’a appris à accepter l’incertitude de la vie. En étant davantage présente au monde et à moi-même.
Ce livre est donc le récit d’une leçon essentielle, une leçon que je regrette de ne pas avoir eue plus tôt, à l’âge de vingt ans.

Au-delà de son titre empreint de légèreté, ce récit est donc un livre d’apprentissage de l’amour et de la vie?
Oui. Et ce qui est incroyable, c’est que j’ai cinquante-deux ans et que j’ai la sensation que ce n’est pas terminé. Je continue à apprendre, à m’habiter davantage, à progresser et c’est un sentiment assez merveilleux de ne pas être à l’arrêt, de continuer à avancer, à apprendre.

Et vous êtes non seulement consciente de votre corps, mais même très à l’aise désormais avec votre anatomie de quinquagénaire, puisque vous n’avez pas hésité à publier une photo de vous nue, en réponse aux propos de Yann Moix...
Je n’aurais jamais fait ça il y a quelques années, quand j’avais vingt-cinq ans! Et à trente ans, j’avais l’impression que j’étais vieille.
Quand mon fils est né, j’avais trente-deux ans, je me suis dit: "C’est terminé les minijupes!"
Qu’est-ce que nous pouvons nous empoisonner avec certaines idées, nous les femmes. C’est pour cela que j’ai répondu de cette manière à Yann Moix lorsqu’il a déclaré qu’aimer une femme de cinquante ans ça n’était pas possible et qu’elles étaient "invisibles".
Mon problème ce n’était pas sa sexualité, c’était l’image que les femmes ont d’elles-mêmes, moi la première, avec cette idée selon laquelle passé vingt-trois ans on n’est plus magnifique, c’est faux!

"Tous les hommes que j’interroge me disent que finalement l’âge a peu d’importance."

C’était d’ailleurs l’idée ressortant de votre film Les Vieux Amoureux, diffusé il y a deux ans sur Arte?
Oui. Il racontait l’histoire d’une femme de soixante-dix-huit ans, qui avait rencontré l’amour dans un pressing un soir de février avec un homme qui est vraiment un prince charmant.
Et qui lui dit: "Je n’ai jamais autant désiré une femme". Pourtant, même si elle a les yeux qui pétillent, elle a un corps de septuagénaire, elle n’a pas fait de chirurgie esthétique.
C’est comme dans le livre Lettre à D. d’André Gorz. Il y a cette phrase magnifique adressée à une femme de quatre-vingt-un ans, qui dit: "Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable."
Donc c’était important pour moi de rappeler cela, et de supprimer ce poison selon lequel après vingt-cinq ans une femme est bonne à jeter à la poubelle.

Qu’est-ce qui est à l’origine d’ailleurs de cette vision-là?
La presse féminine, malheureusement. Je l’aime beaucoup, je la lis, mais les mannequins ont dix-sept ans. Alors que tous les hommes que j’interroge me disent que finalement l’âge a peu d’importance.
J’entends, en revanche, des femmes dire: "Ça y est maintenant je suis invisible". Il y avait cette phrase dans le livre de Marceline Loridan, L’Amour après. Et moi j’ai l’impression d’être enfin devenue visible à cinquante ans.

"On a tous été abandonné un jour. Mais on peut en ressortir plus riche et grandi..."

Le début d’une nouvelle vie?
Plus libre, oui. Et ce n’est pas tellement le désir du regard des hommes, il n’y a pas que ça qui compte, plutôt c’est le regard que j’avais sur moi.
Au cœur de ce récit, il y a aussi une notion de renoncement, lorsque vous écrivez: "J’ai 23 ans, mon père meurt et je deviens invisible à tous les hommes qui ne sont pas lui."
C’est un livre contre cette résignation. L’amour qui n’émane pas de ses parents n’est pas un amour indéfectible. Mais c’est un amour qui peut aussi beaucoup apporter, comme m’a beaucoup apporté cette histoire d’amour.
Et d’ailleurs le plus beau cadeau que cet homme-là m’ait fait, ça a été de me dire: "Je ne peux pas t’aimer d’un amour comme celui-là, comme celui de ton père".
Ça a été une grande libération, d’accepter l’amour tel qu’il est donné, pas tel qu’on l’imagine, tel qu’on le rêve.

La jeune génération est-elle plus détendue, vis-à-vis de cela?
Je ne crois pas. Quand on lit la littérature amoureuse, quelle que soit l’époque, on se rend compte que l’incertitude est liée au sentiment amoureux même.
Comme le chantait Régine Crespin: "Plaisir d’amour ne dure qu’un instant, chagrin d’amour dure toute la vie".
C’est quelque chose d’intemporel et d’universel, et finalement d’assez rassurant. On a tous été abandonné un jour. Mais on peut en ressortir plus riche et grandi...


La Tendresse du crawl. Colombe Schneck.
Éditions Grasset. 96 pages. 12 euros. 


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