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INTERVIEW. En visite à Cannes, Sylvie Lausberg vous présente son thriller historique autour de Madame S., la fameuse maîtresse de Félix Faure

Mis à jour le 20/02/2020 à 11:04 Publié le 20/02/2020 à 11:00
"Madame S" est le premier roman de Sylvie Lausberg, qui sera à Cannes le 21 février.

"Madame S" est le premier roman de Sylvie Lausberg, qui sera à Cannes le 21 février. (Photo Jean-Pierre Latour)

INTERVIEW. En visite à Cannes, Sylvie Lausberg vous présente son thriller historique autour de Madame S., la fameuse maîtresse de Félix Faure

L’anecdote est célèbre: le 16 février 1899, à l’Elysée, Félix Faure s’étouffe de plaisir dans les bras de sa maîtresse. Mais qui était vraiment celle que l’on surnomma "la pompe funèbre"? Historienne et psychanalyste, Sylvie Lausberg, qui sera à Cannes le 21 février, l’évoque dans "Madame S", un passionnant thriller historique. Elle nous en a parlé dans le mag Week-End.

Intriguée par cette "putain de la République", une journaliste décide d’enquêter sur cette mystérieuse Madame S. qui n’a rien d’une cocotte, en réalité. Car elle n’est autre que Marguerite Steinheil, héritière d’une grande famille d’industriels protestants. Une personnalité troublante, au charme dévastateur et à la profonde intelligence politique.
Sur fond d’affaire Dreyfus et de tragédie du Bazar de la charité, ces recherches vont mener la journaliste au cœur des secrets d’un état français aux prises avec l’antisémitisme et l’antiféminisme. Le tout pimenté par de petits arrangements entre amis et journaux avides de scandales...
Tel est le décor de Madame S. Une immersion dans une époque qui, à travers ce récit riche en rebondissements, et fruit de vingt ans de recherches de Sylvie Lausberg, nous interpelle sur la nôtre.

Marguerite Japy-Steinheil est, au départ, une enfant heureuse, choyée par son père. Un amour qui va s’avérer cruel?
C’est un élément qui n’apparaissait pas dans ce qui a été écrit sur elle, mais qui m’a semblé important à moi, en tant que psychanalyste, dans la construction de sa personnalité.
C’est une relation qui est symboliquement incestueuse, et qui la met sous emprise. Une emprise dont elle ne peut se dégager qu’au moment où son père meurt brutalement, ayant mis fin à ses jours, alors qu’elle est toute jeune fille.

La possessivité malsaine dont il a fait preuve à l’égard de sa fille va conditionner toute la vie amoureuse de celle-ci?
Oui, parce qu’on voit bien que "Meg" va rechercher toute sa vie des hommes qui ont une figure paternelle, un certain pouvoir, et qu’elle va parvenir à attendrir grâce à son charme. Comme c’était le cas avec l’auteur de ses jours, séduit par sa joie de vivre, sa juvénilité, et par son amour des arts, un élément qu’elle avait en commun avec lui.

Comment cette jeune fille ravissante, cultivée et bien née se retrouve-t-elle mariée à un "falot grisonnant"?
Marguerite est née au tout début de la seconde moitié du XIXe siècle. Dans une société très convenue, où les filles de grandes familles ne choisissent pas forcément leur mari, où l’on fait des alliances matrimoniales, parfois entre cousins, pour des raisons économico-financières.
Notre héroïne cumule, qui plus est, les "tares": la mort de son père est entachée par le suicide, sa mère est une roturière, elle-même a toujours eu une nature fantasque. étant malgré tout consciente de son rang, Marguerite va se ranger à l’avis de sa mère et de sa tante, en épousant ce peintre âgé mais argenté, Monsieur Steinheil.
Grâce auquel elle va, en fin de compte, trouver une échappatoire, en venant vivre à Paris.

"Ce n’est qu’avec Félix Faure qu’elle va trouver quelqu’un qui va la satisfaire à tous points de vue"

Elle va y tenir un salon très en vue...
ça, c’est la contre-partie à l’acceptation de ce mariage dont elle veut la fin. Son voyage de noces devait durer six semaines, elle revient au bout de sept jours ! Quand elle a eu sa fille, elle voulait divorcer.
Mais à ce moment-là, dans son entourage, un certain Monsieur B., un procureur général manifestement très amoureux d’elle, lui dit: "Tu auras tout ce que tu veux, mais il faut que tu restes". Marguerite va alors s’étourdir dans la vie mondaine, avec ce cercle, composé de magistrats, de militaires, d’artistes bien installés. C’est vraiment la société convenue de l’époque, dans laquelle son esprit et son charme font des ravages.

Vous vous insurgez, cependant, contre la thèse de la prostituée de luxe qui se jette dans les bras du premier venu pour assouvir sa soif de pouvoir?
Au contraire, Marguerite était une femme raffinée, qui avait de hautes exigences sentimentales et un appétit sexuel assumé. Evidemment à l’époque, ça n’est pas très bien vu, même si tous les hommes du grand monde ont des maîtresses!
Vis-à-vis de cela, "Meg" va peut-être se perdre un peu dans ses relations amoureuses à la recherche de l’homme perdu, c’est-à-dire son père. Et ce n’est qu’avec Félix Faure qu’elle va trouver quelqu’un qui va la satisfaire à tous points de vue.

La rencontre entre Marguerite et Félix Faure au col de la Vanoise n’a d’ailleurs rien de fortuit et serait même liée à l’affaire Dreyfus?
Oui, car Sheurer-Kestner, le premier homme politique français à avoir pris publiquement la défense de Dreyfus, n’est autre que l’oncle de Marguerite. Dans cette rencontre avec Félix Faure, elle a sans doute cédé à des instances familiales la poussant à se rapprocher de lui, pour entendre ce qui se passe à la hauteur de l’état.
Elle n’avait sans doute pas anticipé que ce personnage de Félix Faure allait être aussi fascinant pour elle.

"on ne fait pas le procès d’une criminelle, on fait le procès de la femme"

Ni que lui soit aussi fasciné par elle?
Tout à fait! Il avait énormément de maîtresses, mais lorsqu’il a rencontré Marguerite, il n’a plus réussi à se passer d’elle. Madame S. était devenue la seule et l’unique pour Félix Faure. Il n’a plus eu aucune limite, il l’emmenait avec lui dans des séances protocolaires, il ne pouvait plus se passer d’elle, ils se voyaient tous les jours. Elle est devenue sa confidente, sa conseillère.
Lorsque Marguerite réchappera de justesse au terrible drame de l’incendie du Bazar de la charité, puisqu’elle était présente sur les lieux juste avant que le feu ne se déclare, la première chose qu’il fera sera de s’enquérir d’elle.
Et lorsqu’un prêtre se lancera peu après dans une violente diatribe contre les mécréants lors d’une messe commémorative, ils seront unis tous les deux par une même foi dans la république laïque.

Neuf ans après la disparition de Félix Faure, elle se retrouvera accusée, par un incroyable retournement de situation, du meurtre de son mari et de sa mère?
Félix Faure lui avait remis peu avant de mourir un mystérieux collier de perles, qu’elle ne devait surtout pas porter, ainsi que des documents confidentiels. Une bombe à retardement, qui explosera durant la nuit de Pâques 1908.
De soi-disant cambrioleurs s’introduisent chez elle, et assassinent son époux puis sa mère, croyant qu’il s’agit d’elle.

Un retentissant procès s’ensuivra, à l’issue duquel Marguerite Steinheil, qui risque la guillotine, sera finalement innocentée...
Je dirai acquittée, plutôt qu’innocentée. Ce double crime –il a été démontré qu’elle n’était pas physiquement apte à le commettre– est d’abord un drame pour elle, qui adorait sa mère, et il n’y a aucune compassion.
Les gens crient même "à mort la Steinheil!" Dans le fond, on ne fait pas le procès d’une criminelle, on fait le procès de la femme. De cette femme éprise de liberté et assumant une sexualité libre, c’est de cela qu’il va s’agir, très clairement.
Moi qui n’avait d’autre projet au départ que celui de me lancer dans un travail d’archives, je suis allée de surprise en surprise avec ce personnage ni coupable ni victime, dont les traces ont été volontairement effacées de l’histoire.
Car elle est toujours écrite par des hommes pour des hommes.


Rencontre avec Sylvie Lausberg. Vendredi 21 février, à 18 h 30. Librairie Autour d’un livre,
17, rue Jean Jaurès à Cannes. Tarifs: dédicace seule gratuit, avec dîner de 20 à 25€.
Rens. 04.93.68.01.99.


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