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INTERVIEW. Eliette Abécassis: "La lecture, c’est entre les lignes qu’elle se fait"

Mis à jour le 09/01/2020 à 17:41 Publié le 19/01/2020 à 12:15
Les pages de ce livre sont aussi une ode à la ville de Paris.

Les pages de ce livre sont aussi une ode à la ville de Paris. (Photo © G. Harten)

INTERVIEW. Eliette Abécassis: "La lecture, c’est entre les lignes qu’elle se fait"

Les instants qui font l’amour, qui orientent la vie. C’est de cela dont parle "Nos rendez-vous", le dernier roman d’Eliette Abécassis. à travers l’histoire d’Amélie et Vincent, l’auteur aborde le thème du kairos, le "bon moment".

"Dans la vie, on peut aimer plusieurs fois, mais on n’a qu’un seul amour." C’est cette phrase – la seule que vous lirez en quatrième de couverture – que déroule Éliette Abécassis dans son nouveau roman.

Nos rendez-vous commence par un regard échangé entre Amélie et Vincent dans les couloirs de la fac. S’ensuivent une soirée, puis une nuit, à grignoter, boire un peu, discuter beaucoup, se confier comme ils ne l’ont jamais fait, se sentir en confiance comme ils ne l’ont jamais été.

La nuit touche à sa fin, un rendez-vous est donné. Le premier de nombreux autres... Au fil des pages, de rendez-vous en rendez-vous, Éliette Abécassis raconte ces instants qui comptent dans l’amour, dans la vie.

Le bon moment, le kairos, comme l’ont nommé les Grecs. Un livre qui ne peut que résonner avec des instants de vie de celui qui le lit. Au bout du fil, de sa voix presque enfantine, mais forte de son expérience, Éliette Abécassis nous a parlé de son roman, le premier chez Grasset.

L’amour, et plus généralement la vie, c’est une succession de rendez-vous?
Oui. Et c’est tout le thème du livre. Les rendez-vous ce sont des rencontres en fait, et ils mènent à des chemins de vie. Alors soit ce sont des rendez-vous manqués, soit des rendez-vous qui débouchent sur de vrais choix, des choix existentiels, des choix de vie.

Finalement, la vie c’est cette succession de rendez-vous que l’on se donne, ce sont des rendez-vous avec soi-même en réalité. Parce que, dans ces rendez-vous, parfois en en ayant conscience, mais souvent sans en avoir conscience, on choisit sa vie.

Par rapport à l’histoire d’Amélie et Vincent, est-ce que prendre son temps, c’est manquer des occasions?
Oui. Je pense que c’est aussi le thème du moment opportun. Il y a des moments pour l’amour, l’amour dépend aussi du bon moment. C’est ce que les Grecs appellent le kairos. L’amour n’est pas quelque chose qui nous est donné, qui nous tombe dessus. Les coups de foudre, on en a plein.

Il y a de nombreuses possibilités qui s’offrent à nous, tout le temps, dans la vie. Mais si ce n’est pas le bon moment, eh bien, la rencontre ne se fait pas. Ce moment opportun dépend de tout un contexte. Familial, psychologique, personnel, professionnel...

Parfois, parce qu’on est happé par des contextes de vie, on ne pense pas à l’amour et on passe à côté.

Votre roman débute en 1988. Pourrait-il commencer aujourd’hui?
Non, pas vraiment. J’ai voulu écrire ce livre un peu à l’encontre de l’époque actuelle. J’ai l’impression que, de plus en plus, l’amour se fait dans le monde technologique et tend vers une déperdition du sentiment. Comme le dit la sociologue Eva Higgins, l’amour est entré dans le marché.

Le monde technologique facilite les rencontres, mais, en même temps, il y a tellement de possibilités qu’on est perdus dans l’infini, on ne sait plus très bien où le choix se porte. L’amour devient juste une multitude d’occasions.

Et si ça ne marche pas, on a, tout de suite, à portée de main, une multitude d’autres occasions. On a moins le sens de la rareté. Donc, j’ai effectivement situé la première rencontre il y a plus de trente ans, parce que j’ai voulu rappeler l’importance des sentiments.

C’est un livre qui n’est, finalement, que sur les sentiments. Un livre où rien ne se passe, mais en même temps, tout se passe à travers ce rien.

C’est à l’encontre de ce qu’il se passe aujourd’hui où les rencontres sont très faciles, souvent très directes, consommées plus vite et finissent souvent aussi vite.

Dans le livre, c’est l’inverse. On a une rencontre qui n’en finit pas de se faire et c’est justement-là que tout le sentiment se construit et que, véritablement, la rencontre amoureuse se fait.

À plusieurs reprises, vous faites dire à Amélie que les gens ne lisent plus aujourd’hui...
Oui, c’est vrai. Et il y a toute une culture amoureuse qui n’est plus. Moi, quand j’étais adolescente, je me suis construit mon imaginaire amoureux à travers les lectures, les grands écrivains du XIXe siècle, Flaubert, Balzac...

C’est ce qui m’a donné envie d’aimer. Et là, je remarque que, comme on ne lit plus, mais qu’on est plus sur son téléphone, les réseaux sociaux, les séries aussi, il y a un univers qui, d’un point de vue amoureux, est moins dans l’imaginaire qu’auparavant avec la lecture.

La lecture c’est vraiment la liberté de l’imagination, par rapport aux images dont on nous abreuve sans cesse. La lecture ouvre un champ infini où chacun se projette selon ce qu’il est.

La lecture, c’est entre les lignes qu’elle se fait, alors que l’image nous impose son message. C’est vrai que j’ai peur, qu’à travers la fin de la lecture, il y ait un monde moins amoureux qui se construise.

Ce serait assez terrible, parce que l’amour c’est quand même l’une des plus belles choses de la vie.

 

Nos rendez-vous est le premier livre d’Eliette Abécassis chez Grasset. "Il y a eu plusieurs rendez-vous manqués avec Grasset et puis finalement, ça s’est fait. Un livre c’est aussi une rencontre entre un auteur et un éditeur autour d’un projet. Cette vision commune se fait parfois avec certains éditeurs et pas d’autres. Et c’est pour cela que j’ai écrit ce livre chez Grasset plutôt que chez Albin Michel."
Nos rendez-vous est le premier livre d’Eliette Abécassis chez Grasset. "Il y a eu plusieurs rendez-vous manqués avec Grasset et puis finalement, ça s’est fait. Un livre c’est aussi une rencontre entre un auteur et un éditeur autour d’un projet. Cette vision commune se fait parfois avec certains éditeurs et pas d’autres. Et c’est pour cela que j’ai écrit ce livre chez Grasset plutôt que chez Albin Michel." (Photo © G. Harten)

Dans votre histoire, des enfants naissent parce que c’est le moment, mais ne sont pas le fruit de l’amour… Vous pensez qu’aujourd’hui, on fait payer très cher nos erreurs à nos enfants?
Oui, c’est ça. Ce sont les enfants qui subissent les conséquences de nos erreurs de bifurcation, des couloirs qu’on a pris et dans lesquels on se trouve un peu piégés. Quand on a envie de se libérer, ce sont les enfants qui en paient les conséquences.

C’est assez injuste. Ça fait partie des mystères de la vie, le fait que parfois on fait des enfants avec des gens avec lesquels on ne serait même pas amis. Les enfants dépendent aussi du kairos, du moment opportun, et pas forcément de l’amour fou que l’on peut avoir pour son conjoint.

À ce propos, vous faites une description étonnante d’un bébé qui vient de naître...

Oui. On pense qu’Amélie évoque son amoureux et on se rend compte qu’elle parle de son enfant. Ses enfants, on les aime d’un amour fou, d’autant plus, je crois, quand on se rend compte que le père des enfants n’est peut-être pas la bonne personne.

Peut-être qu’on reporte tout l’amour qu’on a en soi sur ses enfants et on les aime de cet amour infini qu’on n’a pas pour le parent. En dehors de cela, l’amour pour son enfant est très fort, très sacrificiel, très absolu.

C’est aussi cela que j’ai voulu décrire : tous les amours qu’on peut avoir dans une vie.

"Dans la vie, on peut aimer plusieurs fois, mais on n’a qu’un seul amour." Vous avez écrit cela juste pour le roman ou c’est votre avis aussi"?
(Rires) C’est intéressant comme question. J’ai trouvé que c’était un bon fil romanesque. Je ne sais pas si cette phrase est vraie ou pas...

Vous ne vous mouillez pas, là...
(Rires) Je suis incapable de vous dire... En tant que romancière, j’ai juste voulu raconter l’histoire de cette phrase.

J’ai mis trente ans à écrire ce livre parce qu’il est nourri d’expériences, de choses que j’ai remarquées, que j’ai vécues. J’ai voulu y mettre un peu tout ce que j’ai appris de la vie.

La dernière phrase du roman : "Vous désirez?" est celle d’un serveur qui s’adresse à Amélie et Vincent. Est-ce pour dire que toutes les histoires aussi belles soient-elles, doivent toujours, à un moment, se raccorder au concret, au réel?
Ça, c’est votre interprétation. Pour moi, c’est plutôt pour dire que tout est histoire de désirs et que l’amour dépend aussi de cette force du désir. C’est toute la problématique amoureuse parce que, dès que le désir est assouvi, peu à peu l’amour s’en va.

Dans le roman, le désir est resté. Mais Amélie et Vincent continuent de se désirer peut-être aussi parce qu’ils n’ont jamais vécu leur amour...

Vous avez mis beaucoup de vous dans ce livre...
J’ai mis trente ans à écrire ce livre parce qu’il est nourri d’expériences de vie, de choses que j’ai remarquées, que j’ai vécues. J’ai voulu y mettre un peu tout ce que j’ai appris de la vie. De la vie amoureuse, de la vie de couple, de la vie de famille.

D’être fille puis mère, épouse puis divorcée... Tout mon parcours de vie, les pensées que j’ai eu à travers toutes ces épreuves. C’est le livre d’un certain parcours initiatique.

C’est un livre que vous n’auriez pas pu écrire à vingt ans...
Non, c’est certain. Et puis c’est aussi le livre d’une époque, d’un changement d’époque. J’ai voulu aussi décrire tous les contextes puisqu’Amélie et Vincent se déplacent à travers les années.

Chacun de leur rendez-vous est inscrit dans un contexte social, historique, économique. On suit aussi toute une trajectoire de la vie d’un pays, de la vie du monde.


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