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"Faire un trajet vers lui". Avec son nouveau roman, Constance Joly s'adresse à son père homosexuel disparu

Mis à jour le 19/01/2021 à 10:08 Publié le 18/01/2021 à 15:30
"Je lis beaucoup de poésie, j’en écris aussi. Parfois, j’ai d’ailleurs l’impression d’écrire de longs poèmes, plus que des romans."

"Je lis beaucoup de poésie, j’en écris aussi. Parfois, j’ai d’ailleurs l’impression d’écrire de longs poèmes, plus que des romans." Photo Roberto Frankenberg

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"Faire un trajet vers lui". Avec son nouveau roman, Constance Joly s'adresse à son père homosexuel disparu

Avec une tendresse infinie et un style marquant, elle signe Over The Rainbow, un deuxième roman où elle s’adresse à son père, qui fut parmi les premiers homosexuels emportés par le Sida.

Elle travaille dans l’édition depuis vingt-cinq ans. Agent littéraire, elle conseille également ceux qui rêvent d’être publiés. De son côté, Constance Joly a attendu d’arriver presque à la cinquantaine pour oser se lancer. Le matin est un tigre, son premier roman, avait obtenu un bel accueil, en 2018.

En cette rentrée hivernale, elle présente Over The Rainbow. "J’écris pour ne pas tourner la page. J’écris pour inverser le cours du temps. J’écris pour ne pas te perdre pour toujours. J’écris pour rester ton enfant. "

Ces mots, elle les adresse à Jacques, son père disparu en 1992. Au travers de l’histoire qu’elle nous raconte, celle d’un homme ayant coché toutes les cases de la réussite sociale, sans faire de vagues, avant de finir par se laisser aller à son désir pour les hommes, on traverse les époques.

Pour arriver jusqu’à une période où le Sida faisait des ravages et provoquait le rejet de ceux qui en étaient atteints.

Over The Rainbow, c’est surtout une lettre d’amour aussi délicate qu’intime à un parent disparu, dont Constance Joly nous parle avec humilité et passion.

Vous avez déjà sorti un livre. Mais n’était-ce pas celui-ci que vous aviez sur le cœur depuis le début?
Oui, c’est ça. Juste après la mort de mon père, j’ai tenté d’écrire ce livre, alors que je n’avais jamais écrit de roman. Je n’y arrivais pas. Je ne me faisais pas assez confiance. Le fait d’avoir sorti Le matin est un tigre m’a aidée sur ce point. J’ai jeté tout ce que j’avais rédigé auparavant. J’ai essayé beaucoup de choses, comme de faire parler mon père en parallèle de moi. Finalement, j’ai décidé de m’adresser à lui et ça s’est débloqué l’an dernier.

Qui était votre père?
C’était un enfant de la petite bourgeoisie niçoise (lire ci-dessous) qui a d’abord lutté contre son homosexualité, à la différence de son frère, qui a assumé tout de suite. Mon père a fait ce qu’on attendait de lui. Il s’est marié avec ma mère, ils enseignaient l’italien. Ils sont partis à Paris, ils m’ont eue. Puis, mon père n’a plus pu taire ce qu’il était. Il est parti vivre avec un homme dont il est tombé amoureux, au milieu des années 1970. C’était encore assez rare. Il a ensuite vécu avec un autre homme, avec cette joie d’être enfin lui-même. En parallèle, ma mère a plongé dans une grave dépression.

Même si les années ont passé, vos souvenirs de lui sont toujours aussi vifs?
Je commence à avoir vécu davantage ma vie sans lui qu’avec lui, au niveau mathématique. Mais il est tellement présent que je ne ressens pas cela comme ça. J’avais quand même besoin de fixer les images, les souvenirs. Enrichir les blancs de son existence aussi, de faire un trajet vers lui. Oui, j’espère que la douceur que j’éprouve pour lui transparaît.

Dans un chapitre intitulé Tout ce que je ne sais pas dire, vous dressez un “inventaire” de détails qui forment un magnifique portrait de votre père...
Je suis contente que vous m’en parliez, parce que j’ai aimé l’écrire. Je lis beaucoup de poésie, j’en écris aussi. Parfois, j’ai d’ailleurs l’impression d’écrire de longs poèmes, plus que des romans. J’aime les parfums. J’aurais voulu être nez, mais j’étais trop nulle en maths pour ça. J’ai aussi beaucoup fait d’aquarelle. L’écriture me permet de recycler tout ça. Pour “ressusciter” mon père, je voulais des images évocatrices, sans avoir besoin de passer par la raison.

Autre ambiance dans cette scène où le frère de votre père est surpris par sa famille avec un garçon...
C’est une scène dure. C’est peut-être une forme de libération aussi. Mon oncle a choisi le rôle du rejeté, du bad boy. à ce moment, mon père a dû se dire que deux homosexuels dans la famille, ça ferait trop. C’est peut-être grâce à mon oncle que j’ai eu la chance de vivre. Après ça, mon oncle a été envoyé à Paris. Maintenant, il habite les hauteurs de Nice. Il est revenu sur cette terre qu’il aimait beaucoup, après s’en être écarté toute sa vie.

Comment votre père vivait-il son homosexualité?
Il était fier d’être un “exclu de la société”, comme disait Jean Genet. Pour lui, c’était une singularité, une richesse.

Et vous, qui étiez enfant lorsque vous l’avez appris?
Le fait que mon père aime un homme plutôt qu’une femme, ce n’était pas un événement. Je n’en parlais pas. Mais quand certains voulaient se foutre de ma gueule, je leur dédiais l’un de mes fameux regards. Même si j’étais très timide à l’époque, ils comprenaient qu’il fallait se taire.

Alors adulte, vous avez quand même été marquée par les mots cruels d’une amie...
C’était sans doute une maladresse, mais c’était d’une violence terrible. Elle figeait mon père dans une image sale, celle d’un vieil homo qui avait le “Dass”. Il fallait que j’écrive ce qu’il a vécu, loin de ces épithètes dégueulasses. Je remets le mot, et la maladie à l’endroit. Parce que finalement, en croyant se protéger, mon père a souffert de ne pas en parler. Pour lui, le Sida était une maladie honteuse. Il faut nommer les choses, j’ai beaucoup de mal avec ces tabous autour de la mort.

Votre expérience professionnelle vous a-t-elle permis d’y voir plus clair en tant qu’écrivaine?
Je conseille toute la journée des auteurs sur la façon de construire une histoire et des personnes, mais ce n’est pas pour autant que je sais comment m’aider moi-même. Je tombe dans tous les pièges. Face à l’écriture, je me retrouve nue.

Vous dites ne pas encore vous sentir autrice. Mais avez-vous pris goût à l’écriture?
Oui, j’y ai pris goût. Maintenant, c’est un cycle qui se termine avec ces deux histoires que j’avais besoin et envie de raconter. C’était un matériau autobiographique. Maintenant, est-ce que je vais être capable de faire autre chose?

Nice, sentiments contrastés

"C’est sans doute mon héritage niçois qui veut ça." Voilà ce que la Parisienne Constance Joly réplique lorsqu’on lui fait remarquer que ses pages sont pleines d’odeurs, de senteurs et de sensations.

"Mon père était un homme du Midi. Nice, il l’appelait ‘‘la ville de mes meilleurs ennemis’’. Il y avait été très malheureux, pendant des années de silence et de honte. Pourtant, il adorait cette ville. Très tôt, il m’a emmenée prendre des bains de mer à La Réserve, froisser des feuilles de figuier, sentir le mimosa.

Et puis, il y a le goût de tout ce que cette région possède. Les poissons, les fruits, les légumes... Tout cela m’a beaucoup imprégnée. Cette sensorialité, cette sensualité presque, dans mon écriture, vient beaucoup de mes attaches niçoises, oui."

Offre numérique MM+

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