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Erik Orsenna: "Les fleuves sont des personnages"

De passage à Marseille pour le Congrès mondial de la nature, le romancier a fait un crochet à Châteauvert. Il était invité par le Syndicat Mixte de l’Argens à découvrir le Vallon Sourn.

Propos recueillis par Florian Simeoni Publié le 13/09/2021 à 16:58, mis à jour le 13/09/2021 à 18:24
(Photo Frank Muller) (Photo Frank Muller)

"Il est dément cet endroit!" Ce sont les mots qu’a choisis, le lauréat du prix Goncourt, pour décrire le Vallon Sourn. Une merveille de la nature, nichée entre Correns et Châteauvert, où coule l’Argens. C’est en qualité de président d’Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves (1) que le romancier est venu découvrir le fleuve varois. Il était accompagné du Président du Syndicat Mixte de l’Argens (SMA) et maire de Brignoles, Didier Brémond, de la maire de Correns, Nicole Rullan ainsi que d’élus de Châteauvert.

Passionné par l’étude de l’eau, l’académicien, qui occupe, comme un symbole le fauteuil de Jacques-Yves Cousteau, a préalablement visité la Maison régionale de l’eau à Barjols en présence de son directeur, Georges Olivari. "Un personnage hallucinant et immense, il ferait un prof dément", confie-t-il.

Ce n’est pas le romancier qui vient mais le président d’Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves.

 

Tous les grands fleuves sont menacés et cela, pour une double raison: en qualité et en quantité. C’est pour cela qu’avec Élisabeth Ayrault, présidente de la compagnie nationale du Rhône nous avons fondé, il y a cinq ans, ce collectif d’experts. Nous avons également contribué à la charte Tara (2), signée par plus de 130 maires et élus lors des dernières élections municipales. Ils se sont engagés pour des fleuves sans plastique. Je ne suis pas jacobin, les choses ne doivent pas se décider à Paris, l’application doit échoir aux élus locaux. C’est pour cette raison que je suis très flatté et très honoré d’être en présence des maires de Brignoles et Correns.

Qu’avez-vous découvert en venant ici?

On m’a parlé de l’Argens comme un formidable laboratoire sur une surface restreinte. Il couvre à peine la moitié du Var mais regroupe toutes les problématiques: à basse altitude tout en restant un fleuve de montagne, il possède des irrégularités incroyables et des phénomènes extrêmes, en termes de sécheresses comme d’inondations. Sans parler de la difficile équation entre tourisme et environnement.

D’où vous est venue cette passion pour la géographie?

 

Je suis écrivain mais d’abord un enseignant en économie des matières premières. Lorsque j’ai passé ma thèse, Raymond Barre, le président de mon jury m’a conseillé de prendre un pseudonyme. J’ai demandé à Julien Gracq, d’utiliser le nom de sa ville fictive, nommée dès la première phrase de son roman Le Rivage des Syrtes: Orsenna. Cet immense écrivain qui était géographe, m’a dit: "Méfiez-vous, la géographie est en train de s’emparer de vous". C’est clairement ce qu’il s’est passé (sourire). L’histoire, c’est l’agitation des hommes, mais la géographie, c’est la parole de la terre.

Le thème de l’eau a ainsi grandement marqué votre œuvre.

Il y a 20 ans, je me suis intéressé à la "première" des matières premières: l’eau. J’ai écrit, après un tour de monde de trois ans, L’Avenir de l’eau (Fayard, 2008). C’est une matière et les fleuves sont des êtres vivants. Pour mieux faire comprendre les questions relatives à l’eau, je trouvais plus pertinent de parler des fleuves et des rivières comme des personnages que l’on doit respecter. Je reste un romancier en quête d’un personnage qui porte en lui toutes les contradictions du monde.

Vous prévoyez d’écrire à nouveau sur ce thème?

Je prépare deux livres. Le premier, Géopolitique des fleuves, dont la sortie est prévue l’année prochaine, abordera notamment les très fortes tensions autour des eaux fluviales. Le conflit pour l’accès au Nil, entre l’Égypte et L’Éthiopie par exemple, peut se transformer en une véritable guerre. L’intérêt de la Chine à occuper le Tibet, région parcourue par neuf fleuves, elle abreuve le quart de la population mondiale. C’est ce qui m’intéresse aussi, la planète, comme le demi-Var (il sourit). Le deuxième livre sera un roman ou je prendrais un fleuve pour personnage.

 

L’Argens en serait-il un bon?

Je pensais plutôt au fleuve Niger (4.200km, Ndlr) mais pourquoi pas un dialogue avec l’Argens? Il y a des choses qui me viennent avec ce personnage.

1. Association dédiée à la mise en valeur et la protection des fleuves.

2. Cette charte a été créée à l’initiative de l’académicien Erik Orsenna, parrain de la fondation Tara Océan

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