Rubriques




Se connecter à

Entretien avec Louis Bertignac... une bombe d’humanité

Dans son autobiographie, Jolie petite histoire, sortie jeudi, le légendaire guitariste de Téléphone se livre cœur et âme. On rit. On pleure. On s’étonne. On frissonne. On l’aime ce p’tit gars!

Raphaël Coiffier rcoiffier@nicematin.fr Publié le 29/04/2022 à 12:00, mis à jour le 29/04/2022 à 11:11
Avec sa riche autobiographie, Louis Bertignac a mis en stand-by son prochain album, finalement programmé en 2023. Photo Franz Fernandes

Il est le prince charmant de Cendrillon. L’écorché vif de Ces idées-là. Le romantique de Téléphone. Le leader des Visiteurs. Il est le triomphe. Modeste. Il est l’enfer. De la drogue. Il est rock. Mais pas sexe. Il est guitare. Mais pas notes. Il est amour. Parce qu’Humain. Il est Louis Bertignac. Attachant et attaché à l’autre. Qui a vécu le monde et mille vies. Qu’il raconte dans cette Jolie petite histoire. Où, à 68 ans, il a fait de son mieux, au galop sur son cheval blanc...

L’idée du livre?

On m’a souvent parlé de l’écrire ce truc. Mais je pensais que c’était trop tôt. Donc je leur disais, on fera ça sur mon lit de mort. Et je ne sais pas, cette fois ça a été différent. J’ai rencontré Guy Carlier. Il m’a dit faut le faire, je vais t’aider. Il est venu à la maison, m’a interviewé. Et quinze jours après, il m’a envoyé ce qu’il avait écrit. J’ai été touché. Donc, ouais, je me suis mis au boulot.

Le choix des souvenirs?

 

Au début, j’avais peu d’idées. Puis, plus je reculais dans ma mémoire, plus elles arrivaient. Naturellement.

Il y a une foule d’anecdotes.

Et beaucoup que je n’ai pas mises. Ma carrière de rugbyman est salée. Elle n’a pas été très longue mais comique. Comme ma carrière d’acteur. Ce sera pour le tome II.

Acteur!

Bien ridicule. J’ai fait un film qui s’appelait In extremis. J’ai joué dans Highlander 2 ou 3. Après y a Doillon qui m’a demandé de jouer un premier rôle. J’ai fait les essais, c’était dramatique. Fallait que je violente ma femme. Je n’arrivais pas. Alors il a voulu me montrer, mais il a failli exploser la fille, la pauvre.

 

Du coup, ça s’est arrêté là...

Oui. Pourtant, j’ai essayé de me foutre dans le personnage pendant une journée. Et le soir, je suis rentré à la maison et j’ai été désagréable avec ma femme. J’étais encore dans le truc. C’est là qu’elle est partie. Elle a dû se dire: je vais attendre qu’il se calme. Mais je croyais qu’elle était vraiment partie. Et j’ai écrit Ces idées-là ce jour-là. Au fait, elle est rentrée.

Conscient du chemin parcouru?

Bien sûr. Il s’est passé énormément de choses et j’en suis le premier surpris. Et quand je me retourne, je vois avant tout un parterre de roses et de coquelicots. C’est super joli.

Même les moments difficiles?

C’étaient peut-être nécessaire pour me donner de la force.

Vos parents, formidables, vous en ont donnée?

 

Ah ouais. En écrivant tout ça, je me suis rendu compte que j’ai été un peu con. Que j’aurais dû les voir plus souvent. Qu’ils n’attendaient que ça. Mais quand on est ado, on a tendance à négliger les parents.

Bertignac, écorché vif et cœur d’artichaut?

Y a de ça. Sauf aujourd’hui. J’ai eu beaucoup ce truc de tomber amoureux. J’ai jamais eu ce trip de sexe, drogue et rock. Moi, c’était l’amour. Qui parfois ne durait pas trois jours. Je suis un grand timide. Quand je me lance dans une histoire avec une fille, je crois que ça va durer toute la vie.

C’est différent avec Laëtitia?

Étonnamment, au début ce n’était pas le grand amour. Je sortais d’une histoire terrible avec la mère de mes filles. J’étais mal. Et quand j’ai rencontré Laëtitia, je n’ai pas eu le coup de foudre. Mais avec le temps, elle s’est avérée tellement douce, tellement tendre, que c’est la seule fois où j’ai aimé une fille de plus en plus. Elle m’a apaisé et a enlevé tous les doutes que j’avais dans la tête. Mourir dans ses bras, ça m’irait très bien.

En parlant d’amour, après Corine Marienneau, il y a eu Carla Bruni qui a été là pour vous.

Avec Nicolas Sarkozy, ils ont été mignons comme tout. Ça m’a fait beaucoup de bien de me retrouver, au cap Nègre, dans ce monde de barjes, le Président, tous les flics autour. Ils m’ont bien aidé à un moment où je n’étais pas loin de me flinguer.

 

Du Var au Rocher, de l’enfer au paradis?

Je me suis retrouvé dans cette chambre d’hôtel à Monaco avant le concert de Prince pour lequel Sarkozy m’avait eu une place. Je pleurais et je me suis dit: "Écoute mon pote, tu es une nouvelle fois à la croisée des chemins – la première c’était avec l’héro –, prends la voie de droite". Et j’ai décidé que ma vie serait un feu d’artifice...

Sacrée force de caractère...

L’air de rien, je dois en avoir. J’en suis content.

Vous regrettez cette période?

Pour être honnête, non. Ça faisait partie de ma vie. Certainement, ça m’a un peu abîmé. Ça m’a filé une hépatite C, mon bide n’est pas top, mais bon, j’ai fait comme ça me venait, sans trop réfléchir.

Et puis il y a les potes, Higelin, Kalfon...

C’est une chance d’avoir rencontré tous ces gens. Kalfon m’a touché. J’avais un amour de dingue pour lui. Il avait presque l’âge de mon père, presque la gueule de mon père, et il était si détendu. Il n’en avait rien à cirer. Il était rock’n’roll. Voir ce mec-là en se levant le matin, c’était trop marrant. Une fois, pendant six mois, on ne s’est parlé qu’en verlan!

 

Roda-Gil?

Une merveille. Il arrivait de temps en temps et me disait: "Ça y est, j’ai écrit ce texte", et il le posait comme un lingot d’or. Il a été content de faire un album de rock car il a toujours aimé ça. Il a même réussi à glisser ses idées d’anarchiste dedans. Il me manque.

Les Stones?

Ils ont fait des chansons extraordinaires. Mais je ne sais pas si j’irai les voir à Paris car les deux que je regardais depuis des années, c’était Mick et Charlie. Lui n’est plus là, alors voir Mick en solo avec un groupe moyen, bof.

Vous ne savez pas lire la musique!

Ça ne m’a jamais intéressé. C’est un truc de vieux. C’était avant que les magnétophones existent. Avec ça, j’ai le son. Les notes, je n’en ai rien à foutre.

Un pied de nez à votre première prof de guitare, à moustache!

La pauvre. J’espère qu’elle ne va pas se reconnaître.

Téléphone?

 

Dix ans de ma vie! C’était une aubaine de trouver cette équipe. J’en garde un souvenir très fort. Y a pu y avoir des tensions, mais voilà, ce sont mes frères.

Les chansons n’ont pas pris une ride...

C’est dingue, c’est dans le patrimoine. Ça tient debout. Je ne m’en rendais pas compte à l’époque. Je vivais ça en musicien. Les textes de Jean-Louis sont magiques.

Vous viviez votre rêve?

À fond et on se sentait les plus forts du monde. Mais dès qu’on rentrait en studio, on était angoissés. On n’était plus des gros déconneurs. Comme sur scène, même si ça pouvait partir en sucette.

La séparation?

Entre nous. Calmement. Après quelques engueulades. On s’est salué avec Jean-Louis, en sortant d’un café.

Les retrouvailles des Insus

Un grand moment. Un enchaînement de concerts jusqu’au Stade de France. On était heureux. Il n’y avait aucune tache dans tout ça. Ce n’était plus que de la bienveillance entre nous.

Un rappel?

Notre manager en parle parfois. Pourquoi pas. Rien n’est écrit. Ce sera le hasard ou pas.

Pas si mal votre vie, Louis?

Elle est absolument géniale. Je resignerais pour la même.

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.