"Elizabeth II était une reine plus que parfaite", explique une spécialiste de la monarchie britannique invitée au Press Club à Monaco

Spécialiste de la monarchie britannique et ayant suivi la souveraine dans ses déplacements pendant plusieurs années, la journaliste Isabelle Rivère était l’invitée du Press Club.

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Cédric Verany Publié le 25/10/2022 à 14:00, mis à jour le 25/10/2022 à 14:13
Intervenant dans une rencontre du Monaco Press Club organisée au CREM, Isabelle Rivère a raconté son travail, trois années durant, dans les arcanes de la monarchie britannique. Photo Jean-François Ottonello

C’est à la reine du siècle que le Monaco Press Club a consacré son rendez-vous de rentrée. Un mois après l’hommage planétaire rendu à Elizabeth II disparue après soixante-dix ans de règne, la journaliste et auteure experte de la monarchie britannique, Isabelle Rivère est venue évoquer à la fois la souveraine et la femme.

Au regard de son ouvrage Elizabeth II, dans l’intimité du règne, une biographie de référence, témoignage de trois années à suivre la reine dans ses déplacements officiels, en ayant accès à des personnalités de son entourage immédiat, et à des proches qui d’habitude ne s’expriment pas devant les médias.

"Trois années d’une aventure humaine et professionnelle hors normes" souligne l’auteure qui avant tout a voulu montrer comment cette femme assumait sa tâche au quotidien, exerçait son influence et recevait les confidences des puissants du monde entier.

"Quand on voulait bien s’entendre avec Elizabeth II, il était important d’aimer les chiens et les chevaux" note aussi Isabelle Rivère, dont l’ouvrage est aussi constellé d’anecdotes savoureuses. Morceaux choisis.

Son couple avec le prince Philip

"C’était une équipe formidable, très complémentaire, avec toujours cette normalité incroyable chez eux. Le règne n’aurait pas été le même s’il n’avait pas été là. Il l’a aidé à prendre confiance en elle. Comme tous les couples du monde, il a eu ses hauts et ses bas. Mais j’ai vu entre eux, une entente extraordinaire".

Harry et Meghan

"Les dernières années de son règne ont été assombries par cette affaire qui a été pour elle un chagrin très important. Quand Meghan est arrivée dans la famille royale, Elizabeth II a confié à deux femmes en qui elle avait toute confiance, le soin de lui apprendre, librement et sans contraintes, les usages de la Cour. Ils se sont pliés en quatre comme jamais, ce qui fait que la blessure de cette rupture reste ouverte. Certains soupçonnent Meghan de n’avoir pas été honnête. Je crois que ça a été le choc de deux cultures, celle d’une jeune américaine très indépendante, autonome, conquérante face à une tradition pas toujours facile à comprendre et une maison régnante qui n’a pas pu tout lui permettre".

Les débuts de Charles III

"Il a toujours su que ça n’allait pas être simple mais il a la volonté et la capacité d’imprimer sa marque sur l’histoire du Royaume-Uni. Il succède à une reine plus que parfaite et ce n’est jamais facile. Mais son épouse Camilla est son roc, elle lui est aussi indispensable que l’air qu’il respire. Elle va être l’autre pilier du règne. Le nouveau roi sait que le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont des velléités de rompre avec la couronne britannique et attendaient la disparition d’Elizabeth II pour s’acheminer doucement vers cette rupture. La reine ne voyait aucune raison valable de s’opposer au désir d’un peuple d’indépendance vis-à-vis de la couronne. Je sais que le roi Charles III est complètement sur cette longueur d’onde".

Une souveraine sans opinion?

"Constitutionnellement, elle n’exprimait pas ses opinions, ce qui ne voulait pas dire qu’elle n’en avait pas. En 70 ans de règne, elle a succombé de temps à temps à la tentation de laisser passer un message ou deux. Au lendemain du référendum pour le Brexit, elle est arrivée au discours du trône, comme déguisée en drapeau européen. Quand on sait comme sa garde-robe était préparée et étudiée à l’avance, il ne fait aucun doute que ce jour-là elle exprimait des convictions européennes. Mais elle était plus intéressée par l’homme ou la femme politique, les hauts et les bas d’une carrière, que par la politique en particulier. Un jour, le dernier chah d’Iran lui a demandé si elle avait travaillé avec plus de premiers ministres conservateurs ou travaillistes. Elle ne savait pas et c’était sincère, elle était plus intéressée par les caractères".

Churchill, Thatcher…

"Winston Churchill qui avait été compagnon de route du roi George VI pendant la Seconde Guerre Mondiale était sceptique face à cette jeune reine de 25 ans. Il s’est aperçu rapidement qu’il avait affaire à une jeune femme qui manifestait pour le métier de reine des dispositions tout à fait étonnantes. Il va être rapidement subjugué. Avec Margaret Thatcher, les rumeurs de mésententes ont toujours été démenties des deux côtés. Elle a été la première femme avec qui elle dû travailler et Elizabeth II a toujours préféré travailler avec des hommes. Elle était plus à l’aise sans doute car dans ses jeunes années, la Cour était un univers 100 % masculin. Sur le fond, on a toujours pensé que la reine a été fondamentalement en désaccord avec la politique sociale de Thatcher".

Une Grande Bretagne sans monarchie?

"La couronne britannique ce n’est pas qu’un symbole puissant, c’est aussi un point fédérateur qui permet de faire nation. S’il n’y a plus de couronne, il n’y a plus de Royaume-Uni. À chaque génération, des figures incarnent puissamment cette royauté, il n’y a aucune raison que ça s’arrête. Les Britanniques ont la monarchie chevillée au corps, qui est garante de la démocratie. La reine incarnait l’Angleterre. Lorsqu’elle accède au trône en 1952, elle est souveraine de six pays. Et quinze royaumes lorsqu’elle décédait. Quand on sait que l’histoire moderne a malmené les trônes, on mesure l’exploit d’avoir gagné neuf royaumes de plus en 70 ans de règne".

The Crown, le vrai du faux

"Je ne suis pas fan du tout de cette série. Les interactions entre les personnages, leurs caractères, leurs personnalités sont totalement romancées. C’est une fiction qui se veut basée sur une trame de réalité mais qui n’a absolument rien à voir avec la manière dont les faits sont déroulés. C’est une série bien faite certes, mais qui, je pense, à fait beaucoup de dégâts, en donnant une image grotesque au prince Charles. Et le Palais craint d’ailleurs la saison à venir qui traitera du délitement de son couple et de la mort de la princesse Diana. Les producteurs de la série parlent d’une déclaration d’amour à la souveraine. Est-ce qu’on avait besoin de cette série pour s’apercevoir de l’humanité d’Elizabeth II? Je ne crois pas qu’elle vivait ces coups permanents portés à l’image de sa famille comme une déclaration d’amour. Une monarchie s’incarne dans une famille. Quand vous portez des coups à une famille royale, princière ou impériale, vous portez des coups à l’institution dans son ensemble".

Un modèle sur les réseaux sociaux?

"On a beaucoup reproché à Elizabeth II de ne pas être en phase avec son temps, mais elle a accompagné des changements rapides technologiques au cours de son règne. Elle a été la première personne à envoyer un email en 1976. Buckingham a été la première maison souveraine à ouvrir un site internet et des comptes sur les réseaux sociaux, donnant l’exemple à d’autres monarchies européennes, qui ont compris l’intérêt qu’elles avaient à utiliser ces nouveaux moyens pour toucher le public. En Grande Bretagne, le relais du travail de la famille régnante se faisait par l’intermédiaire de la presse nationale et de la presse régionale. La presse régionale britannique ayant connu un déclin très prononcé et très rapide, il a fallu continuer à toucher cette audience et notamment les jeunes, via les réseaux sociaux, pour conserver le soutien de ses compatriotes".

Partenaire de James Bond

"Je n’ai jamais pu vérifier, mais un jour elle aurait répondu à un interlocuteur que si elle n’avait pas été reine, elle aurait voulu être actrice. En 2012, elle n’a prévenu personne quand elle a enregistré la séquence d’ouverture de la cérémonie des Jeux olympiques de Londres avec Daniel Craig en James Bond. Et il faut quand même avoir une solide dose d’humour, de recul et d’autodérision pour faire ça quand on est la reine la plus célèbre du monde. Une grande partie du plaisir qu’elle a éprouvé le soir de la diffusion, c’était de voir la surprise de ses petits-enfants pour qui elle a été une grand-mère exceptionnelle".

La phrase

"L’une des meilleures preuves de l’estime que la reine Elizabeth II avait pour le prince Rainier et la princesse Grace est qu’ils ont été invités à Ascot, son champ de courses personnel.", Isabelle Rivère, évoquant les relations entre les Windsor et les Grimaldi.

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