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"Écrire, c’est excuser ses personnages": Amanda Sthers présente son nouveau roman, "Café suspendu"

À Naples, un Café suspendu est un café que l'on paie et qui sera offert à qui n’aura pas les moyens. Cette tradition a inspiré l'écrivaine Amanda Sthers qui livre ici sept portraits poétiques et humains...

Aurore Harrouis Publié le 10/06/2022 à 13:14, mis à jour le 10/06/2022 à 13:14
Amanda Sthers Photo J.J. Geiger

Corsé à souhait comme un ristretto. Rond parfois. Au doux parfum de nostalgie, d’amour, d’amitié, d’adieux. Comme on recouvre de cacao la mousse d’un cappuccino, Amanda Sthers a saupoudré tout ça sur son Café suspendu, édité chez Grasset.

Tendre, drôle et poétique, ce roman en sept histoires est tenu par un fil: la tradition napolitaine du cafe sospeso, un petit acte de générosité qui consiste à offrir un espresso à ceux qui n’ont pas les moyens de s’en payer un, via une ardoise anonyme.

"Dès qu’on m’a parlé de ce joli geste, ça m’a ému. Il y a dans cette tradition tout ce que l’humanité peut faire de mieux. L’histoire est partie de là. De l’action de donner comme celle de recevoir, qui est d’ailleurs difficile. Il faut beaucoup d’humilité pour entrer dans un café, dire qu’on n’a pas les moyens mais quand même envie de faire partie du monde."

Car c’est ce qui se joue au coin du zinc. Ce sentiment d’appartenir au microcosme qu’est le café. Pas un lieu commun. Dans celui qu’Amanda Sthers a imaginé – le café Nube – on mêle les mots, les cœurs, les lignes, les histoires, les exclamations, la guérison… "C’est une sorte de minithéâtre, qui réunit deux choses qui m’intéressent: le lien et le partage."

 

Il est ici question de sac en peau de croco, d’un écrivain sans visage au succès retentissant, d’un docteur qui ne veut voir que des malades bien portants, du coup de cœur sur fond de Maradona entre Ferdi, le petit voyou, et la sage Lucie. D’un foulard, un peu fantastique. D’Aldo qui a peur de dormir. Tous ont leur faille. Leur "grain".

"Naples, ville schizophrène, sale et sublime"

"Écrire, c’est excuser ses personnages. Il faut comprendre pourquoi ils ont des défauts. On a tous des blessures qui font qu’on ne marche pas exactement droit. Il suffit parfois de quelques lignes ou d’un silence entre deux lignes pour comprendre. Ensuite, on peut tout pardonner à quelqu’un qu’on comprend", assure l’auteur des romans Ma place sur la photo, Chicken Street et de la pièce Le Vieux Juif blonde.

Amanda Sthers a naturellement situé son roman à Naples "ville schizophrène, sale et sublime, vieille, défigurée et majestueuse", écrit-elle. "Il y a une vraie mixité sociale. C’est, à l’image de Marseille, une ville portuaire, où les départs et les arrivées peuvent être très romanesques. On y croise des habitants qui sont à la limite de la caricature. Ils entrent, parlent fort, ont des physiques très racés", glisse celle qui a écrit pendant le confinement, en s’aidant de ses impressions napolitaines et de Google Street View.

Personnages de série

"J’y suis retournée après. J’ai pu ajouter quelques lignes d’atmosphère. J’ai habillé mon texte de plus de descriptions. Mais je me souvenais vraiment de ce que Naples avait créé en moi la première fois. Je n’étais pas trop à côté de la plaque!"

 

Une ambiance particulière que Jacques Madelin, son narrateur, fin observateur de la vie du café, dépeint avec tendresse. S’il a perdu foi en l’amour, il n’en aime pas moins ses contemporains. "Jacques, c’est un peu moi, dans son empathie et cette façon qu’il a de se mettre en retrait, d’observer le monde. Il m’arrive souvent de m’installer au fond d’un café et d’écrire dans cette ambiance, note Amanda Sthers, plutôt branchée thé que café "même si, en Italie, je bois du caffè!"

Bienveillante avec ses personnages, l’écrivaine dévoile qu’ils pourraient faire l’objet d’une série sur nos écrans. "Plusieurs producteurs en ont envie. Ces histoires devraient exister d’une autre façon et se densifier encore… Ça me plairait de travailler au scénario" indique celle qui a réalisé Madame avec Toni Collette, Rossy de Palma et écrit les soixante premiers épisodes de la série Caméra café.

Pour l’heure, son Café littéraire se partage à la façon suspendue. Sur les réseaux sociaux, on voit des lecteurs laisser le livre dans des lieux publics à l’attention de nouveaux lecteurs.

"Ça me touche qu’il fasse ce chemin-là. Un livre est quelque chose qu’on doit partager, c’est le plus beau des cadeaux. Encore plus si un ami l’a lu avant. Il y a quelque chose d’organique à prêter un livre sur lequel on a déjà eu des sentiments."

Amanda Sthers sera en dédicace à la Librairie Massena, à Nice, mercredi 15 juin, de 9h30 à 11h. Le café y sera offert.

Offre numérique MM+

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