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Dans son nouveau roman, Pierre Assouline se penche sur la vie d'un auteur dévasté par la mort de ses enfants

Mis à jour le 09/03/2020 à 09:14 Publié le 09/03/2020 à 09:00
Dans ce roman, Pierre Assouline a mêlé ses deux passions: l’Histoire et la littérature.

Dans ce roman, Pierre Assouline a mêlé ses deux passions: l’Histoire et la littérature. Photo Francesca Mantovani/Gallimard

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Dans son nouveau roman, Pierre Assouline se penche sur la vie d'un auteur dévasté par la mort de ses enfants

Le journaliste et juré du prix Goncourt explore, dans son dernier roman, la transmission parents-enfants à travers la vie de l’écrivain britannique Rudyard Kipling. Il était dernièrement dans le magazine Week-End et il ira à la rencontre de ses lecteurs, les 11 et 12 mars, à Monaco et Nice.

Biographe de Simenon, Hergé ou Cartier-Bresson, critique littéraire et romancier, Pierre Assouline se penche, dans Tu seras un homme, mon fils, sur la vie de Rudyard Kipling.

Pour nous raconter l’écrivain britannique à qui l’on doit Le Livre de la jungle, celui qui est aussi juré du prix Goncourt depuis 2012 a choisi la fiction. Un roman, dans lequel un professeur de lettres, grand admirateur de Kipling, va se lier d’amitié avec son auteur favori.

Absorbé par l’un de ses poèmes –If, qui s’achève par ces mots, "Tu seras un homme, mon fils"–, il veut comprendre la vie de l’écrivain pour donner une traduction exacte du fameux poème.

On plonge alors avec lui dans un récit fouillé, un portrait complexe et nuancé de Kipling, monument de la littérature et prix Nobel 1907. Controversé aussi. Et surtout, dévasté par la mort de deux de ses enfants, dont son fils, tué à la guerre en 1915 alors qu’il l’avait lui-même fait engager...

Pourquoi un roman et pas une biographie?
Parce que c’est une forme à l’intersection de mes deux passions, l’Histoire et la littérature. Un biographe est tributaire de ses sources, des archives. Il y a un moment où l’on ne peut pas aller plus loin.

Ce qui m’intéresse, c’est ce que j’ai fait avec Lutetia [publié en 2005, ndlr], Sigmaringen [2014, ndlr], et ici bien sûr, c’est de marier Histoire et littérature en faisant une recherche documentaire aussi importante que pour une biographie, mais avec une mise en scène.

La seule licence que je me permets, c’est d’inventer un personnage qui raconte. Là, c’est Lambert, le prof de lettres.

Ce narrateur est important…
Lambert a ses mystères, il n’est pas qu’un narrateur prétexte. C’est un personnage aussi important que les autres. Mais je crois que le vrai héros du livre, c’est le poème lui-même.

"Deux vers de ce texte sont même gravés à l’entrée du court central de Wimbledon, les joueurs les voient en entrant… Ce n’est pas rien!"

Que représente ce poème, pour vous?
Ce n’est pas seulement pour moi, c’est ce qu’il représente dans le monde entier. Des poèmes qui me rendent fou ou que je trouve admirables, il y en a quelques-uns!

Là, c’est universel, intemporel. Ça fait un siècle qu’on en parle. Que des parents, père ou mère, offre ce poème à leurs enfants, dans pas mal de pays. Deux vers de ce texte sont même gravés à l’entrée du court central de Wimbledon, les joueurs les voient en entrant… Ce n’est pas rien!

C’est l’occasion de réfléchir au lien parents-enfants, à la transmission?
Exactement. Et de manière sous-jacente, à la question: jusqu’où est-on responsable du destin de ses enfants? On pense qu’à vingt ans, un enfant part faire ses études, puis va travailler et prendre sa vie en main. Mais ça ne veut pas dire que c’est fini.

Ça dépend des familles, de l’éducation, des valeurs. Dans ce que j’ai connu, les liens restent très forts, les parents continuent à servir de conseillers. Dans cet esprit-là, alors, ils sont co-responsables des décisions prises.

"S’il avait écrit ce poème pour une fille plutôt que pour un fils, ça aurait tenu en une seule ligne: "Si tu sais être belle, tu seras une femme ma fille"…", raille un personnage. Que dites-vous de ça?
C’est un personnage qui parle, pas moi! C’est extrêmement misogyne. Et je pense que c’est un tort de croire ça, je sais que des tas de femmes ont eu ce texte en partage, en modèle.

Le problème de ce poème, c’est que 99% des Français l’ont lu, depuis un siècle, dans une traduction d’André Maurois qui est hautement fautive. Il y a des erreurs, des contresens et surtout, un quatrain entier qui n’est pas de Kipling.

D’un poème anglais, Maurois en a fait un français. C’est un poème de sagesse et, sous sa plume, ça devient un poème de force, de puissance et de domination. Ça ne va pas du tout!

"En France, on sait juste que Rudyard Kipling est l’auteur du Livre de la jungle. Il n’y a pas de biographie, c’est le vide, alors qu’en Angleterre il est très connu."

Cela vous permet de rappeler l’importance de la traduction dans le partage des textes étrangers?
C’est fondamental. C’est aussi un des thèmes du livre. Mon professeur est obsédé par la traduction parfaite. Cette question m’a toujours intéressé.

J’ai fait beaucoup de recherches là-dessus, d’articles. J’y ai mis beaucoup de moi-même, de mes ruminations sur la traduction.

Votre narrateur propose une version du poème, la vôtre donc. Comment s’attaque-t-on à un tel texte?
Ah ça… Pour tous les poèmes que je cite, je mets le nom du traducteur, c’est la moindre des choses.

Pour If, il n’était pas question de mettre le texte de Maurois. J’ai pensé à mettre celui de la Pléiade, qui est très bien, et puis mon entourage m’a dit: "Il faut que tu t’appropries le poème. Lambert, c’est toi, c’est à toi de traduire".

J’avais une appréhension, je ne suis pas traducteur… Mais je suis privilégié: j’ai bénéficié des erreurs de mes prédécesseurs et des analyses des anglicistes.

"On ne juge pas un poète sur autre chose que sur ses poèmes", insiste Lambert, défendant Kipling. Car on le découvre sous des aspects peu glorieux, impérialiste et militariste?
Oui, je vais même dire: on le découvre tout court. En France, on sait juste qu’il est l’auteur du Livre de la jungle.

Il n’y a pas de biographie, c’est le vide, alors qu’en Angleterre il est très connu. C’est pour cela qu’en France on est plus complaisant, on ne sait pas qui c’est. Je raconte pas mal de choses, toutes vraies, sur des aspects de lui pas formidables.

En même temps, il me touche. Quand il fend l’armure, qu’il perd ses enfants, c’est un homme pathétique. Certains vont découvrir des choses qu’ils ne soupçonnaient pas.

"On ne juge pas un livre en fonction de la morale. C’est un débat éternel la séparation de l’œuvre et de l’homme... Et ce n’est pas pour ça qu’il faut passer à côté."

Et l’éternelle question que cela soulève: séparer ou non l’œuvre de l’auteur? Vous, membre de l’académie Goncourt, vous la posez-vous souvent?
Il y a des affaires régulièrement... Céline, c’est la tarte à la crème. Est-ce qu’on va arrêter de lire Céline parce que c’est un salaud? On n’en sort pas!

C’est toujours la même histoire, Céline ou d’autres. À l’académie Goncourt, moi, je plaide toujours pour la même chose: on juge un texte, c’est tout.

Le prix Goncourt, on le donne à un seul titre. On ne juge pas un livre en fonction de la morale. C’est un débat éternel, la séparation de l’œuvre et de l’homme… Et ce n’est pas pour ça qu’il faut passer à côté.

"Pire qu’un journaliste, c’est la race des biographes!", lance Kipling à Lambert. Qu’auriez-vous répondu à cela?
La même chose que lui: je ne viens pas pour faire une biographie, je viens pour traduire un poème à la perfection et j’ai besoin de votre aide!

Je n’aurais pas menti, pas essayé de le convaincre que les biographes sont des gens formidables. J’en suis un, ça m’amuse de mettre ça en scène. Il n’a pas tort, la biographie c’est du cannibalisme…

Pourquoi alors, toujours vouloir en savoir plus?
Là, c’est le biographe qui répond: parce que cela permet d’éclairer pas mal de choses. Évidemment on peut lire à la recherche du temps perdu sans rien savoir de Proust, sans savoir qu’il est homosexuel, rien.

On peut apprécier le livre sans ça, mais on a une lecture plus riche, d’autres perspectives, si on sait qui est l’écrivain derrière.

Au risque d’être déçu, parfois?
Déçu, oui, on peut l’être. Mais c’est la règle du jeu quand on va vers un écrivain. Moi j’ai fait ça cent fois, et j’en ai tiré une leçon: tous les écrivains ne gagnent pas à être connus!


Rencontre avec Pierre Assouline. Gratuit.
Mercredi 11 mars, à 18h30. Bibliothèque L. Notari, à Monaco. Rens. 00377.93.15.29.40.
weudi 12 mars, à 19h. Librairie Masséna, à Nice. Rens. 04.93.80.90.16.

Tu seras un homme, mon fils. Pierre Assouline. Éditions Gallimard. 283 pages. 20€.


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