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Comment Thomas Jarrey, photographe et réalisateur niçois, est devenu addict au froid?

Mis à jour le 21/12/2020 à 09:24 Publié le 21/12/2020 à 09:30
Thomas Jarrey photographe et réalisateur.

Thomas Jarrey photographe et réalisateur. Photo Thomas Jarrey et Flavien Hillat

Monaco-matin, source d'infos de qualité

Comment Thomas Jarrey, photographe et réalisateur niçois, est devenu addict au froid?

Il y a trois ans, à la suite d’une terrible épreuve, ce Niçois s’est fait la promesse d’avoir une vie extraordinaire. Depuis, il est devenu photographe, réalisateur et addict au froid. Après avoir traversé un désert de glace, en Suède, cet habitué des sommets du Mercantour veut s’attaquer au pôle Nord.

Winter is coming... Et la "belle" saison démarre pour cet addict au froid. Fort heureusement, lorsqu’on lui demande un entretien, ce n’est pas dans un igloo mais chez lui qu’il nous donne rendez-vous. "Il faudra tout de même gravir une centaine de marches", prévient Thomas Jarrey. Son antre du centre-ville se mérite.

Installés sur sa petite terrasse, réchauffés par les derniers rayons de soleil de la journée, on entre dans le vif du sujet. Son regard s’illumine.

"Si je pars dans la neige aussi souvent et que je me fous dans la merde, c’est pour garder cette sensibilité qui me permet d’apprécier le quotidien mieux que la plupart des gens."

Ce Niçois de 28 ans a développé un hobby hors du commun. Depuis trois ans, il aime se perdre en altitude et dormir dans la glace.

Là-haut, il capture la beauté. Fige le temps. L’image, son autre passion. Il en a fait son métier. Pourtant devenir photographe et réalisateur n’a pas toujours été une évidence pour lui.

"Une grande partie de ma vie, j’ai été perdu. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Par défaut, j’ai fait une licence information communication, puis un master trinational européen en communication entre l’Allemagne, la Bulgarie et la France. Mais j’ai eu des difficultés à trouver du boulot..."

"J’avais besoin d’un moyen d’expression pour pallier la douleur"

Tête Mercière, Isola 2000.
Tête Mercière, Isola 2000. Photo Thomas Jarrey

"Puis, en 2017, le décès de ma compagne, Alana, a déclenché ma soif de vivre. Elle est morte dans mes bras, à la suite d’un cancer, à l’âge de 23 ans.

À ce moment-là, j’avais le choix entre me démolir ou transformer ma souffrance en quelque chose de bon, comme pour l’honorer. J’ai alors compris que j’avais besoin d’un moyen d’expression pour pallier la douleur. Je me suis mis à la photographie, c’est quelque chose que j’avais toujours voulu faire."

Instantanément, le jeune homme s’aperçoit qu’il a la fibre et progresse vite. Cette pratique l’amène à chercher des paysages toujours plus difficiles d’accès.

"Au début, j’organisais des bivouacs entre amis ou avec des inconnus. J’avais besoin de partage. Je me soignais en voyant le bonheur des autres, je me nourrissais de ça. Et de fil en aiguille, je me suis mis à filmer, à investir dans du bon matériel, à faire du montage vidéo…"

À côté de ça, Thomas est au chômage et subit la critique de son entourage qui ne croit pas en son projet. Mais il s’accroche. Il se forme seul sur YouTube et investit tout son argent dans du matériel.

"Durant cette période, je ne bouffais que des pâtes. C’était dur. On m’a mis des bâtons dans les roues mais je n’ai pas lâché et j’ai fini par atteindre un très bon niveau. Je pense qu’à partir du moment où l’on fait quelque chose avec passion, la capacité d’apprentissage s’en trouve décuplée."

Forcer la mécanique du bonheur

Son premier camping dans la neige, c’était à 1.900 mètres d’altitude, vers Saint-Dalmas-le-Selvage, en mars 2018. Il y est resté trois jours. Seul. "J’ai vécu l’enfer. J’avais trente kilos de matos, pas de raquettes. J’avais froid. J’avais les jetons de crever mais ça m’a fait un bien monumental." C’est à ce moment-là qu’il s’est découvert cette passion.

"Quand tu tombes dans des émotions extrêmement négatives, tu veux équilibrer ça avec des émotions extrêmement bonnes. Pour ça, il y a plusieurs raccourcis: l’alcool, la drogue, la bouffe... Moi, c’est l’aventure et le partage", confesse-t-il.

Depuis, il s’est rendu sur presque tous les sommets du Mercantour. Seul ou accompagné. Ses "pèlerinages" lui en apprendront beaucoup sur lui. "J’ai compris que les émotions ne sont que des réactions chimiques dans le cerveau. En allant en montagne, en amenant des gens avec moi, en leur faisant des câlins... j’ai forcé la mécanique du bonheur. Dans un sens, c’est très triste de voir que le corps est aussi influençable..."

Il affirme même s’être "trouvé dans la douleur" face à la caméra d’Alexis Carcuac qui l’a suivi pour tourner L’Aventure triste, un court-métrage pour comprendre son processus de deuil.

"Là-bas, la vie était très compliquée et à la fois très simple."

Désert du Sarek, Suède.
Désert du Sarek, Suède. Photo Thomas Jarrey

Depuis deux ans, cet amour –pas toujours compris– pour le froid, Thomas Jarrey le partage avec deux autres Niçois, Vincent Lavrov et Flavien Hillat.
"On s’est rencontrés autour d’un documentaire sur le base-jump. Le hasard a fait que ces deux-là adoraient aussi camper dans la neige et que, comme moi, ils faisaient de la vidéo. C’était génial."

Ce "match" amical les conduits, quatre mois plus tard, au cœur du Sarek, un désert de glace au nord de la Suède. "On a claqué toutes nos économies et quitté nos emplois pour partir en mars 2019."

En quatre mois seulement, le trio met en place ce projet audacieux: traverser cette grande étendue glacée, en dix-huit jours, sans assistance, sans guide et en totale autonomie.

Cette aventure à moins trente degrés, étalée sur 200 kilomètres, a donné naissance à leur film Isöken (prix du public au festival What A Trip à Montpellier, en septembre dernier, "face à des productions à plus de 100 000 euros", précise-t-il avec fierté.

Sur les images, filmées avec un drone, on les voit, en file indienne, trimballer leurs pulkas, des traîneaux d’environ 70 kilos, dans l’immensité gelée. Avoir mal. Galérer. S’exalter.

"Là-bas, la vie était très compliquée et à la fois très simple. Cette expédition, c’est clairement la plus belle expérience de ma vie." Ce voyage, les paysages à couper le souffle, les aurores boréales, il les dédie à Alana. Une partie de lui restera dans ce désert.

Nouvelle expédition

Avec ses compagnons de route, il a repris les entraînements physiques, le conditionnement au froid. Ils ont prévu de repartir, plus longtemps cette fois. Quatre à six semaines en mars prochain. Plus haut que le Sarek.

"On va aller à côté du pôle Nord dans un endroit qui s’appelle Svalbard. Un archipel glacé de Norvège dans l’océan Arctique. Il y a 2.800 habitants pour 4.000 ours polaires.

On voudrait faire une boucle de 400 kilomètres. Le double de la première expédition! Ce projet, financé par nos économies personnelles et quelques sponsors, est presque bouclé. On avait besoin de 33.000 euros et il nous en manque plus que 5.000."

Avec cette nouvelle expédition, le trio veut placer la barre un cran au-dessus. Le documentaire qui découlera de ce trip abordera trois aspects. Un côté jeunesse aventure, un côté freeride sur les plus hauts sommets arctiques et, enfin, la problématique du changement climatique.

La glaciologue Heidi Sevestre, qui devrait prendre part à leur projet, s’attardera sur ce dernier point. Objectif: sensibiliser au maximum.

Puis, l’ascension "vers les plus belles émotions que la vie a à offrir" continuera.

"Quand Alana est décédée, je me suis fait la promesse d’avoir une vie extraordinaire. Depuis trois ans, je n’ai jamais fait autant de choses de toute ma vie. Et ce qui est formidable, c’est que ce n’est qu’un début."

Films, festival, bivouacs... jusqu'au bout de leurs rêves

Thomas Jarrey, Flavien Hillat et Vincent Lavrov ont monté l’association Jusqu’au bout de vos rêves. Ensemble, ils produisent des films pour des entreprises privées mais aussi leurs propres films d’aventures comme Isokën (qui devrait bientôt sortir en DVD et "si tout se passe bien" sur Amazon Prime)…

Dès que ce sera possible, le trio espère aussi pouvoir projeter son film dans une salle de cinéma niçoise. "Nice, c’est chez nous, ça nous tient à cœur de le montrer ici. Malheureusement, les salles sont très chères, ça représente un gros budget pour nous. C’est pour ça qu’on aimerait avoir un coup de pouce de la Ville."

Ces Niçois bouillonnent d’idées et ne demandent qu’à partager leur passion. À terme, ils aimeraient créer leur propre festival de film d’aventure dans la région avec, pour ambition, de prouver aux gens que tout le monde peut faire ce qu’ils font.

"Et cet hiver, dès que la situation sanitaire le permettra, on va proposer des bivouacs, en tente ou en igloo, en association avec la station d’Isola 2.000 qui nous prêtera du matos.

Ce qu’on aimerait vraiment, c’est qu’un budget régional nous soit alloué. Malheureusement, on a déjà déposé plusieurs dossiers qui restent sans réponse. On a de l’expérience, des choses à montrer et à partager. On croit en nos rêves et on ne laissera pas tomber!"

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