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Une seconde chance pour le voleur repenti du Yacht-club

Mis à jour le 02/06/2018 à 05:02 Publié le 02/06/2018 à 05:02
Le Yacht-club avait dans un premier temps cru à l'action d'un employé indélicat. 	(Archives C. Dodergny)

Une seconde chance pour le voleur repenti du Yacht-club

Né d'une mère incarcérée pour prostitution et héroïnomane et d'un père en détention pour proxénétisme, c'est un « bébé taulard » tombé dans la spirale de la délinquance qui est passé à confesse devant le tribunal correctionnel.

Né d'une mère incarcérée pour prostitution et héroïnomane et d'un père en détention pour proxénétisme, c'est un « bébé taulard » tombé dans la spirale de la délinquance qui est passé à confesse devant le tribunal correctionnel. Galères, rapines, mauvaises fréquentations, familles d'accueil, foyers, fugues, prison pour mineurs, squats, famine, emplois saisonniers, et la rue bien souvent pour unique logement ont rythmé son enfance et son adolescence. Aujourd'hui, c'est un jeune homme de vingt-six ans qui revient de l'enfer. Il a fait une croix sur son calvaire, sur ses enfermements successifs, sur tous les dangers abordés.

Au moment de comparaître, menotté, le prévenu dévoile courageusement son parcours, depuis les stigmates des souffrances infligées par des proches jusqu'à ce vol commis entre le 24 et 25 octobre 2011 au Yacht-club de Monaco. Le récit de ce photographe est bouleversant et la conclusion à la gloire de sa reconstruction. « J'ai changé ! Je veux travailler pour gagner ma vie honnêtement. Sortir des punitions et des privations. Peut-être fonder un foyer. Vous pouvez me faire confiance… »

Trahi par son CV

Les magistrats écoutent ce récit poignant aux facettes proches du roman d'Hector Malot : Sans famille. Le président Florestan Bellinzona élude avec adresse les péripéties dramatiques pour revenir au délit reproché, et rappeler la condamnation par défaut du 5 novembre 2013 pour les faits reprochés. À l'époque, le fautif avait été condamné à une peine de 18 mois ferme avec mandat d'arrêt. Extradé récemment par la police suisse, il arrivait le 7 mai dernier en Principauté où il faisait aussitôt opposition au jugement avant de rejoindre la maison d'arrêt [lire Monaco-Matin du vendredi 11 mai 2018].

« Cette nuit d'octobre, poursuit le magistrat, vous avez volé : veste, foulard, nourriture, chéquier, ordinateur, boites de cigarillos, pour plus d'un millier d'euros de préjudice, plus une enveloppe avec 1 085,50 euros en numéraire. Quelques jours plus tard vous émettez seize chèques à partir du carnet du directeur. Pour rassurer les bénéficiaires, vous vous faites passer pour son fils. Sept seront débités de son compte pour une somme totale de 2 200 euros. Quand le personnel s'aperçoit de cette disparition, il croit dans un premier temps à l'action d'un employé indélicat. Mais un fur et à mesure de la collecte d'indices et d'empreintes, les policiers trouvent un CV avec photo. Cette piste les mène jusqu'à vous… »

De très longues explications vont suivre de la part du détenu. « Je n'avais plus d'endroit pour loger », annonce-t-il pour convaincre.

« On notera mon niveau d'ignorance »

« Arrivé à Monaco, j'ai squatté les lieux. Je ne mangeais plus depuis deux jours et je n'avais plus d'argent. Pour chercher de la nourriture, j'ai visité les locaux du Yacht-club… À 6 heures, je prenais le premier train pour Aix… Avec les chèques, j'ai payé la caution du loyer, les produits de nécessité et les courses. L'ordinateur, je l'ai vendu. C'était la galère pour manger. Ce vol était une opportunité. On notera mon niveau d'ignorance en laissant un CV et une autre piste avec les chèques émis… »

Après le rappel des huit condamnations inscrites au casier judiciaire, en majorité pour vols, par le président, le procureur Alexia Brianti a évoqué ce dossier particulier. « Cinq ans plus tard, cet homme s'est intégré socialement. Mais les actes graves, commis auparavant, justifient sa détention. Je ferai deux propositions : une peine de quatre à six mois ferme afin de purger son erreur. Ou bien, après avoir fait un mois et demi de détention je propose de le condamner à un quantum important avec le bénéfice du sursis. » Le parquet aurait-il jeté les prémices de la peine mixte, inexistante dans le code pénal monégasque ?

« Merci Monsieur le Président »

Pour la défense, Me Clyde Billaud fait remarquer : « C'est la première fois qu'un voleur laisse un CV… Mon client a vécu sa jeunesse dans un contexte difficile. À l'époque, son père lui prenait l'argent pour jouer au casino. Sa mère est morte quand il avait un an. Aujourd'hui, il veut s'en sortir et il entend rembourser ses victimes. Une peine avec sursis démontrerait que la Justice monégasque est très sévère. Mais elle sait aussi accorder une seconde chance… »

Le tribunal a compris le message et prononce une peine de neuf mois assortie du sursis. Le prévenu, libre, annoncera : « Je suis content de ce qui m'arrive. J'ai pu m'expliquer devant vous. Merci Monsieur le Président. »


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