Rubriques




Se connecter à

Une résidente fortunée de Monaco a-t-elle été escroquée lors d'enchères truquées à Paris?

Les juges rendront leur décision le 4 janvier prochain dans cette affaire où la victime se serait acquittée du montant nettement surévalué d’une sculpture deux jours avant la vente.

JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 19/12/2021 à 11:05, mis à jour le 19/12/2021 à 14:53
Une résidente monégasque a acheté à un marchand d’art pour plus de 300 000 euros une statue mise en vente aux enchères et estimée à 70 000 euros. Jean-François Ottonello

La vente aux enchères, supposée truquée, d’une œuvre d’art à l’hôtel Bristol à Paris, le 27 mai 2014, estimée au plus haut de sa valeur à 70.000 euros, aurait rapporté un bénéfice de 255.000 euros à deux personnages peu scrupuleux.

Il y a quelques jours, c’est l’affaire qui a occupé une grande partie d’un après-midi au tribunal correctionnel.

Le marchand d’art et son rabatteur nient

Pourtant, l’instigateur, un marchand d’art, et son rabatteur comparse, soupçonnés respectivement d’escroquerie et d’abus de confiance, ont réfuté toute malversation au cours de l’audience.

Certes, mentir est un art et presque monnaie courante quand il faut convaincre la justice dans une situation qui apparaît différente de la réalité. Conséquences de cet exercice périlleux ?

 

Réponse au prononcé de la décision des juges prévue le 4 janvier prochain.

Comment saisir la subtilité de cette manœuvre frauduleuse ? À l’époque, les deux compères avaient fait miroiter l’intérêt de l’opération à une amatrice d’art fortunée âgée de 85 ans, résidant en Principauté. Il s’agissait de préempter une statue en bronze dont ils étaient copropriétaires, dénommée Le lion chassant, du sculpteur José Maria David.

Somme versée deux jours avant les enchères

Pour emporter l’encan, l’octogénaire devait obligatoirement virer le montant de la somme adjugée, étrangement deux jours avant le coup de marteau, auprès d’un commissaire-priseur pour la mettre en confiance.

Évidemment, la victime ignorait le faible montant de la mise à prix.

Outre ce litige, le 25 mai 2014 les deux incitateurs se rendaient au domicile de la plaignante, où ils récupéraient huit pièces d’antiquités évaluées à 54.300 euros pour les proposer encore au plus offrant. Elle ne verra jamais la couleur du produit de ces ventes.

Consciente d’avoir été abusée, cette dame dénonçait les faits à la Sûreté publique et déposait plainte.

 

A l’audience, le président Jérôme Fougeras Lavergnolle s’étonne de cette concordance fortuite au centime près de l’adjudication à 319 260 euros, frais compris, le jour des enchères.

"A-t-on au moins surenchéri ?", s’enquiert-il auprès des prévenus, âgés respectivement de 56 ans et 60 ans, "Oui, par une personne, entend-on à la barre. Car nous étions présents à l’hôtel Bristol. En revanche, on ne sait pas ce qui se disait au téléphone…"

Ouverture d’un compte en Letonie

Le magistrat, méfiant, se demande « s’il n’y a pas eu surenchère pour faire monter la cote jusqu’au prix fixé d’avance afin de masquer l’escroquerie ! Car deux autres œuvres du même artiste n’ont pas trouvé preneur… » Le président poursuit sur l’ouverture d’un compte bancaire en Lettonie trente jours auparavant les faits par un des prévenus. « Le montant de l’adjudication moins les frais, soit 219 300 euros, vont y transiter puis se ramifier sur des comptes offshores ouverts au Luxembourg et à Hong Kong. Une partie sera reversée à l’autre prévenu pour l’achat d’un terrain. Est-ce une répartition du bénéfice des manœuvres frauduleuses ? »

L’un comme l’autre nie à nouveau toute implication dans l’affaire sans cesser de se contredire et de s’accuser mutuellement.

Jusqu’à tergiverser pour reconnaître enfin des « commissions méritées ». Et charger le commissaire-priseur de tous les maux, cependant absent aux débats.

Sept années de procédure confuse

L’avocat de la partie civile va évoquer sept années de procédure confuse. "Un charmeur courtise une octogénaire, détaille Me Thomas Brezzo, pour lui soutirer 320 000 euros qui finiront sur ses comptes. Heureusement cette dame a pu retranscrire le modus operandi, car elle a tout noté. Les deux larrons mentent afin de se partager le butin. D’ailleurs, ils changent de version au gré des questions posées."

"Le commissaire-priseur n’est pas tout blanc"

"Quant au commissaire-priseur, il n’est pas tout blanc. Il a touché 90 000 euros. Ce n’est pas un duo, mais un trio qui devrait être devant vous. Ma cliente a fondu en larmes devant les enquêteurs de la manière dont elle a été entourloupée. Rien ne lui a été restitué. Faites payer ! 363 000 euros, tous préjudices confondus. »

 

Réponse le 4 janvier.

Les interrogations du Ministère public

"Cette procédure ne me satisfait pas, lance le procureur général adjoint Olivier Zamphiroff. Que cachent-ils les comptes letton, luxembourgeois, hongkongais ? Qui sont-ils les fameux enchérisseurs de l’hôtel Bristol ? Il y a toutefois suffisamment d’éléments au dossier pour confondre ces personnes troubles qui ont abusé d’une dame née en 1936. Quant au fameux commissaire-priseur qui a bénéficié d’un non-lieu, j’aimerais qu’il soit présent afin d’expliquer ses curieuses méthodes sur le statut d’œuvre en copropriété. Comment a-t-il procédé pour donner le coup de marteau afin d’arrêter la vente à 320 000 euros ?
Cette escroquerie sent mauvais depuis le début, avec une tendance au mensonge et à la condamnation. Voilà un marchand d’art et sa galerie au Palais Royal, plus une location avenue Montaigne qui roule en Porsche 911, à 165 000 euros. Ce professionnel est venu à Monaco pour organiser l’escroquerie. Or, il n’aurait rien gagné ! Rien reçu. La sévérité est requise pour ce vieux routier de la correctionnelle, condamné de 2003 à 2010 pour dénonciation mensongère, publicité fallacieuse, banqueroute, immixtion dans une fonction publique, menaces de mort… »


Il est requis douze mois de prison, dont quatre mois avec sursis et la liberté d’épreuve. Pour son comparse, huit mois, complètement assortis de la liberté d’épreuve, avec obligation d’indemniser la partie civile.

Un seul escroc pour la défense : le commissaire-priseur

Du côté de la défense, on se demande si on ne serait pas en train d’inventer une escroquerie où l’on n’est ni dans l’abus de faiblesse ni dans l’arnaque ? "Augmenter artificiellement la cote, s’emporte Me Vincent Desport, du Barreau de Brive-la-Gaillarde, c’est le jeu du monde de l’art. Cette dame extrêmement riche était prête à donner 320.000 € à mon client car il était dans des ennuis financiers. Elle fait ce qu’elle veut de son argent.
L’escroquerie ? C’est le commissaire-priseur ! Il s’accommode au téléphone pour fixer le prix avec les frais. Il a bidonné la vente aux enchères pour y parvenir. C’est le coup classique avec les appels téléphoniques. Il n’y a personne au bout du fil et cet officier ministériel s’arrête quand le prix lui convient. Il a aussi touché de l’argent…"


De son côté, Me Servane Crosnier, du Barreau de Seine-Saint-Denis, demande la relaxe pour l’autre prévenu au bénéfice du doute. "Point d’acrobaties sur les comptes à l’étranger ! Mon client n’apparaît jamais ! Il n’a rien à voir dans l’estimation artificielle de la cote de la statue. Il est toujours en retrait, même le jour de la vente. Vous n’avez pas assez d’éléments pour rentrer en voie de condamnation."

Offre numérique MM+

...

commentaires

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.