Une montre de luxe volée à Monaco et retrouvée à Paris, six mois de prison pour un jeune récidiviste

Déjà condamné à de la prison ferme pour vol à Nice, un habitant de la Seine-Saint-Denis a comparu pour recel d'une montre volée dans un luxueux appartement de la Principauté. Le jeune récidiviste de 24 ans écope d'une peine d'incarcération.

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JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 30/06/2022 à 11:00, mis à jour le 30/06/2022 à 10:50
Les enquêteurs ont retrouvé la montre à Paris. Photo d'illustration NM

On vient d’en apprendre un peu plus sur l’énigmatique cambriolage du luxueux appartement du boulevard d’Italie, commis le 28 juillet 2019. Outre de nombreux objets manquants, la propriétaire des lieux avait également constaté à son retour de vacances la disparition d’une montre Hublot, modèle "Ayrton Senna", d’une valeur de 31.000 euros.

S’il réfute toute participation au mystérieux vol en Principauté, un habitant de la Seine-Saint-Denis apparaît irréparablement compromis au méfait. Il vient d’ailleurs de comparaître devant le tribunal correctionnel pour recel du fameux chronographe.

La montre Ayrton Senna retrouvée en boutique à Paris

Car à l’époque, au cours de leurs investigations, les enquêteurs avaient eu connaissance de l’existence d’une montre-bracelet au numéro de série identique, déposée dans une boutique parisienne du prestigieux fabricant.

Absolument persuadés qu’il s’agissait d’une partie du butin, les enquêteurs monégasques récupéraient la montre et la rendaient à son acquéreur légitime. Puis, ils s’intéressaient de plus près au comportement d’un gérant d’une boutique de téléphone.

Il avait confié la précieuse pièce d’horlogerie au concessionnaire de la capitale le 3 août 2019. Puis il la retirait le 8 novembre pour la redéposer un mois plus tard en décembre, au même endroit.

Un personnage apparu à l’audience pour élucider son rapport avec l’objet détenu. "Je suis de bonne foi, affirme-t-il à la barre. Je ne savais pas que cette montre provenait d’un cambriolage. Je n’aurais eu aucun intérêt à l’acheter. Je conteste son appropriation frauduleuse…"

Le président Jérôme Fougeras Lavergnolle, visiblement incrédule, essaie de piéger le prévenu. "Vous êtes pourtant poursuivi pour recel de vol! Quand les policiers vous ont interrogé sur votre présence à Monaco dans les jours qui ont suivi le cambriolage, vous l’avez contestée. Or, votre téléphone avait borné! Comment avez-vous eu possession de ce modèle Ayrton Senna?"

L’homme de 24 ans reconnaît une erreur de sa part au cours de sa garde à vue à la Sûreté publique. Mais sa visite dans la succursale parisienne lui aurait permis de le rassurer sur la provenance du précieux objet, avec la garantie qu’il n’avait pas été volé.

Déjà condamné à Nice pour avoir volé 2 millions d’euros de bitcoins

"À l’époque des faits, poursuit-il, j’étais stagiaire dans une boutique de revente de montres d’occasion. Au mois d’août, une personne avait laissé le chronographe pour en retirer la somme de 3.000 euros, sans fournir ni document ni identité. Le client ne l’a d’ailleurs jamais récupéré. Alors, j’ai demandé une expertise. Puis j’ai payé 500 euros de réparation et changé le bracelet afin de revendre la montre…"

Le substitut Emmanuelle Carniello est difficilement persuadée d’entendre la vérité. "Dans cette fameuse échoppe d’artisan, on a l’habitude de recevoir des montres de valeur sans payer, sans certificat et sans identité des personnes qui les ont déposées. Vous avez préféré faire l’autruche et prendre cet objet sans vous poser la moindre question. Car vous n’avez jamais demandé le certificat d’authenticité. C’est le choix de faire de l’argent facilement. Comme vous avez conservé la montre, vous méritez une peine de six mois d’emprisonnement assortis du sursis".

Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public. Étrange coïncidence: ce même prévenu avait été condamné très récemment par le tribunal de Nice, à trente mois de prison, dont douze ferme. Il avait été reconnu coupable d’avoir soutiré avec son frère 2 millions d’euros en bitcoins à une victime sud-coréenne…

"Du suicide judiciaire"

Son avocat, Me Denis Giraud du Barreau de Paris, estime que son client "doit bénéficier du doute. Il n’y a aucune preuve dans ce dossier d’une intention de recel. Pensez, si c’était vrai, aurait-il laissé son identité alors qu’il n’ignorait pas l’origine frauduleuse de la montre? On appelle cela du suicide judiciaire! Ce sont des éléments de bon sens que vous devez partager.

Or, on a le sentiment que le parquet détient à lui seul la vérité. Pourtant, ce jeune homme a pris cette montre dans la boutique familiale, car son frère ne la conservait pas.

Ce n’est pas un professionnel et il a été négligent. La ramener plusieurs fois dans une boutique de la marque, est-ce le comportement d’un receleur? Vous n’avez pas d’élément pour condamner le prévenu.

Vous pensez peut-être qu’il raconte une histoire? Réfléchissez! Il se serait comporté différemment au moment de retourner dans la boutique. Vous ne pouvez que le relaxer…"

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