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Un retraité monégasque escroqué de 2,5 M€?

Mis à jour le 13/01/2017 à 05:15 Publié le 13/01/2017 à 11:58
Christophe E. s'est battu pour traîner devant la justice celui qu'il accuse d'avoir escroqué son oncle. Une version contestée par la partie adverse et par le retraité lui-même, sous tutelle.

Christophe E. s'est battu pour traîner devant la justice celui qu'il accuse d'avoir escroqué son oncle. Une version contestée par la partie adverse et par le retraité lui-même, sous tutelle. Frantz Bouton

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Un retraité monégasque escroqué de 2,5 M€?

Le tribunal de Monaco jugera mardi un Français de 73 ans suspecté d'avoir floué un nonagénaire par le biais de placements immobiliers. L'aboutissement de douze ans de combat pour son neveu

"C'est un film!" Ou plutôt un mauvais polar aux yeux de Christophe E., impatient de voir son affaire évoquée devant les juges. L'aboutissement de douze années de combat judiciaire pour ce Haut-Savoyard de 52 ans, résidant à Eze.

Mardi 17 janvier, le tribunal correctionnel de Monaco doit juger l'homme qu'il accuse d'avoir floué son oncle Lazare E., 91 ans, retraité français mais résident monégasque. Une escroquerie dont le montant total s'élèverait à 2,5 millions d'euros.

Cet homme, c'est Henri D., 73 ans. Un Franco-Américain résidant à Miami dont la véritable identité reste incertaine, tout comme le lieu de naissance (Nice ou Alger). Il est soupçonné d'avoir abusé de la vulnérabilité de Lazare E., en l'amenant à réaliser des placements immobiliers hasardeux aux États-Unis et en Italie. Ces investissements auraient dilapidé l'essentiel de la fortune du retraité, et bénéficié in fine à Henri D. Une version que l'intéressé, par la voix de son avocat, nie farouchement. Tout comme… l'oncle lui-même.

Cap sur la Floride

Né en France le 21 septembre 1925, Lazare E. a vécu toute sa vie à Monaco. Il n'a jamais été marié, ni père de famille, raconte son neveu Christophe. "Mais comme j'ai perdu mon père très jeune, il se présentait un peu comme mon second père."

Ex-comptable chez Christian Dior, Lazare E. "n'a jamais eu de grosse voiture, jamais étalé sa fortune". Autre caractéristique: des facultés auditives très altérées, depuis une otite mal soignée.

C'est dans ce contexte qu'en 2003, au Jardin exotique, Lazare fait la connaissance de Cristina J., 56 ans, épouse de Henri D.

Le retraité, qui a perdu sa compagne, se lie d'amitié avec le couple. Au point d'accorder à Cristina un prêt de 100.000 euros pour leur permettre de s'installer à Monaco. Puis de partir en voyage avec ses nouveaux amis aux États-Unis, en 2005. Et d'y réaliser d'importants investissements immobiliers.

"En avril 2005, ma sœur va chercher notre oncle à l'aéroport de Nice. Mais une distance s'est alors créée, explique Christophe E. Il lui indique avoir acheté trois appartements à Miami. Je découvrirai par la suite qu'en réalité, il en a acquis quatre, et même six en comptant ses participations dans une SCI."

Dans le détail, Lazare E. a acquis trois appartements pour 150.000, 180.000 et 465.000 dollars, et une maison à 190.000 dollars. Des actifs dont il consent la jouissance et la gestion à ses amis. S'y ajoutent la participation à des sociétés dont Henri D. est partie prenante, puis un prêt de 120.000 dollars à ce dernier. Total : 1,75 million d'euros. Cerise sur ce gros gâteau : un prêt de 750 000 euros en mai 2008.

Lazare E. a-t-il agi en toute connaissance de cause ? Ou a-t-il été spolié par ses nouveaux "amis"? C'est là tout l'enjeu du procès.

"Tu ne les connais pas!"

Christophe E., qui compte parmi ses légataires universels, est persuadé que Lazare a été victime d'un escroc.

"Nous ignorions la surface financière de mon oncle, due à son appartement au parc Saint-Roman et à de bons placements. Il nous avait habitués à être carré, structuré. J'ai déposé plainte après avoir enquêté sur le passé d'Henri D."

Christophe E. tente d'abord de mettre en garde son oncle. "Je lui soumets des documents, je lui apprends qu'Henri D. a été mêlé à plusieurs affaires aux États-Unis. Mais il ne se réveille pas. Il fait un déni et me dit : "Ce sont mes amis. Tu ne les connais pas !"" Entendu par la justice, l'ancien comptable assure être pleinement lucide. Et tient en haute estime Henri D., dépeint en homme d'affaires avisé.

Alors le neveu remue ciel et terre pour traîner Henri D. devant la justice. A Nice, puis à Monaco. Obtient de premières victoires en 2010 avec le placement sous tutelle de son oncle, et l'ouverture d'une information judiciaire pour escroquerie, abus de faiblesse et recel. Par la suite, l'avocat monégasque Me Didier Escaut se constitue partie civile.

Les années passent. Le temps judiciaire s'étire, au fil des commissions rogatoires aux États-Unis et en Italie. Les experts se déchirent sur le cas de Lazare E., l'un le disant "manipulé et spolié", l'autre doté d'"un discernement suffisant". Accréditant la seconde hypothèse, le juge rend un non-lieu en 2016. Mais la partie civile a fait appel de l'ordonnance et obtenu le renvoi de l'affaire.

Au final, Henri D. est bien attendu mardi au tribunal. "Enfin, on va voir s'il arrive à prouver son innocence. Une condamnation protégerait au moins la partie résiduelle du patrimoine de mon oncle", estime Christophe E. Ami ou escroc : c'est désormais à la justice de trancher.


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