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Un remake du documentaire "L’Arnaqueur de Tinder", ils se font "plumer" par leurs amants virtuels à Monaco

Une Belge et un Nordiste ont été victimes d’odieux chantages par de redoutables manipulateurs qui utilisaient les plateformes de rencontres amoureuses pour leur soutirer de grosses sommes d’argent.

JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 20/04/2022 à 07:45, mis à jour le 20/04/2022 à 06:44
Les deux prévenus sont finalement mis hors de cause par le tribunal. Photo d'illustration NM

On croyait assister à un remake du documentaire "L’Arnaqueur de Tinder", à l’appel d’un dossier de recel d’extorsion de fonds évoqué devant le tribunal correctionnel. Une affaire quasiment identique à cette histoire de cyberescroquerie mise en ligne sur Netflix où plusieurs personnes convaincues de vivre le grand amour se sont surtout laissé délester de leurs économies par un réseau d’escrocs sans pitié.

L’arnaque décrite à l’audience, est quasiment identique avec une porte ouverte à tous les mensonges et des sommes d’argent extorquées qui transitaient par les comptes bancaires de personnes vers lesquelles les enquêteurs ont réussi à remonter. Mais ces personnes qui comparaissaient comme prévenus devant le tribunal… se sont révélées avoir été elles-mêmes piégées, avec de l’argent qui transitait sur leur compte à leur insu. Dans cette affaire, prévenus, comme parties civiles, ont été victimes de chantages odieux qui abordent la véritable misère amoureuse de nos jours.

Un des plaignants de Monaco, Australien, avait confié ses déboires à la Sûreté publique le 21 mars 2020. Il s’était fait piéger par une certaine Jocelyne sur le réseau WhatsApp, avec l’envoi de photos. Jusqu’au jour où une amie de la pulpeuse Jocelyne le contacte et le menace de diffuser les images sensuelles sur le Web s’il n’envoyait pas les 10 000 euros réclamés en échange du silence.

Les sous… ou le scandale

"À la Sûreté publique, ajoute le président Jérôme Fougeras Lavergnolle, le plaignant a déclaré que cette « correspondante", pour l’apeurer, l’avait informé qu’elle savait où il habitait et lui laissait craindre un grand scandale en Principauté et sur Internet s’il ne versait pas cette somme. L’argent, répartit de moitié, devait transiter sur chacun des deux comptes annoncés." À ce niveau, l’enquête démontrera que les deux comptes bancaires appartenaient à un retraité lorrain et à une institutrice belge.

Dès lors, ils étaient poursuivis pour recel. Le premier cité, absent à l’audience mais représenté par son conseil Me Xavier-Alexandre Boyer, avait été entendu à l’époque des faits. Il paraissait très surpris de voir son nom apparaître dans une affaire d’escroquerie.

"Je possédais un compte Nickel ouvert au bureau de tabac à Verdun, relatait-il. J’avais été contacté sur les réseaux sociaux par une personne pour effectuer des virements avec l’argent envoyé par un de ses amis et qui transitait sur mon compte afin de l’aider à payer des taxes. Mais cette même personne en demandait toujours plus…"

 

Le 2 novembre 2019, un second plaignant venait dans les locaux de la rue Suffren-Reymond pour exprimer son désagrément. Il était victime de faits identiques de chantage sur fond de photos osées échangées. Cette fois, l’argent a transité sur le compte de l’institutrice belge. À la barre, la prévenue s’explique à la demande du magistrat.

Naïve, à la recherche du grand amour et habituée du réseau social Facebook, la quinquagénaire avait croisé le profil d’un homme qui devait partir à Bagdad. Mais il avait besoin de fonds et il l’avait convaincu qu’elle allait recevoir de l’argent provenant d’un ami pour l’aider. Il suffisait de le lui rétrocéder. Mais c’est allé beaucoup plus loin… En plus de percevoir sur son compte, sans le savoir, l’argent du chantage du deuxième plaignant et de le rétrocéder au maître chanteur dont elle s’était éprise, elle lui a fait plusieurs virements, sur ses fonds personnels, manipulée, par amour.

"Je n’ai jamais rencontré ce personnage", déclare cette femme crédule et séduite par les propos aguicheurs de son maître chanteur. Ignorait-elle cependant les arguments artificieux de son nouveau don Juan?

Jusqu’à 500.000 euros par amour

"Oui, aveuglée par de forts sentiments d’attachement et certaine d’avoir trouvé l’homme de ma vie, je cédais à ses demandes financières de plus en plus pressantes. J’étais tombée très amoureuse, avoue-t-elle effondrée et en sanglots à la barre. Alors, j’ai fait plusieurs virements pour le sortir de prison. Jusqu’à envoyer 500.000 euros au total! J’étais tellement endoctrinée… Au bord du précipice, j’ai fait une tentative de suicide. Jusqu’au jour où j’ai décidé de déposer plainte à mon tour en Belgique…"

La manière dont l’argent valsait sur les comptes de l’un et de l’autre pour atterrir finalement dans la poche des escrocs confirme la culpabilité d’extorsion de fonds. Mais aucun d’eux n’a profité de ces sommes. Bien au contraire… D’où les réquisitions du substitut Emmanuelle Carniello: "Une pièce éclaire sur un processus de victimisation des prévenus avec un chantage favorisé par un mal-être profond. Aussi, je ne soutiendrai pas l’infraction, car tous les deux n’avaient pas conscience de leurs comportements délictuels et ils n’ont tiré aucun bénéfice personnel."

Relaxés

Quel drame terrible apparaît quand Me Pierre-Anne Noghes-Du Monceau plaide pour l’institutrice belge. "Les personnes ciblées sur les plateformes de rencontres sont seules et fragiles. Dès que l’escroc a trouvé une victime, il s’invente un nom, une personnalité, un futur. Après obtention de la confiance, le quémandeur est en danger. On met la pression avec des transferts d’argent sinon la vie de la personne persécutée deviendra un enfer. Ma cliente ira jusqu’à vendre deux appartements d’un héritage parce qu’elle tenait à cet amour impossible, avec le doute et la honte d’en parler à ses proches. Sans un sou sur son compte, en décembre 2020 elle voulait mettre fin à ses jours. Victime d’un délit invisible, sans visage, avec une relaxe, elle pourra faire son deuil."

 

Pour Me Xavier-Alexandre Boyer, la situation de son client lorrain n’est pas meilleure. "Voilà des années qu’il est escroqué. Il a quasiment vendu toutes ses terres pour renflouer son compte. Car il a continué à envoyer ses économies à une élue qui n’existait pas et usurpait un nom. Il va perdre beaucoup d’argent. Il ne dissimule pas la vérité. Ses facultés mentales sont altérées et il se retrouve aujourd’hui avec unique bien, sa maison après avoir tout bradé. Entrez en voie de relaxe." Le tribunal mettra les deux prévenus hors de cause.

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