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Un fonctionnaire s'auto-attribue une énorme augmentation et arnaque l'Etat de Monaco de 140.000 euros

Le Monégasque s’était viré l’argent sur son compte. La vente d’un véhicule et l’augmentation de son traitement par le biais d’un faux mail lui sont aussi reprochées. Deux ans avec sursis.

Jean-Marie FIORUCCI Publié le 13/07/2021 à 08:15, mis à jour le 13/07/2021 à 08:14
Diagnostiqué bipolaire, le prévenu estime qu’il. (Illustration J.-F.O.)

Un fonctionnaire monégasque a profité au maximum de la manne gouvernementale. Il s’est même gavé en détournant 140.000 euros des fonds de la SAM "Marques de l’État de Monaco", dont il était président délégué, en virant l’argent sur son propre compte au lieu de le diriger sur la "Société Nationale de Financement". Pourquoi se limiter à une seule malversation? C’était si facile et la tentation était trop grande.

Sa hiérarchie lui faisait confiance

Comme il bénéficiait de la confiance de sa hiérarchie et qu’il était considéré comme un élément compétent, il décidait de s’augmenter. Son traitement de 5.500 euros au sein du gouvernement et ses nominations de 6.000 euros au titre d’administrateur dans deux autres sociétés, dont l’État est actionnaire majoritaire, lui apparaissait en effet insuffisant. Passé maître dans l’art de l’altération, il tripatouillait un échange de courriels dans le dos de ses supérieurs.

Il percevait 13.000 euros chaque mois

Au final, tout laissait croire à un accord de l’argentier monégasque pour augmenter de 1.500 euros l’indemnité de cet administrateur des deux SAM à partir du 1er janvier 2019. Avec ce tour de passe-passe, il empochait 13.000 euros chaque mois. Ultime concussion: le détournement d’un véhicule Skoda que le fonctionnaire modèle s’empressait de revendre trois jours plus tard à un tiers pour 6.000 euros! Des négligences? Complaisance? Aucun élément n’a établi une éventuelle relation, autant dans l’enquête comme au cours de l’instruction du dossier.

Ces magouilles s’arrêtaient en 2019. Le pot aux roses était découvert… Le prévenu comparait devant le tribunal correctionnel pour abus de confiance et manipulations d’écritures. Costumé, à la barre il reconnaît les faits reprochés. "Vous ne vous doutiez pas que vos débordements excessifs prendraient fin?" avise, choqué, le président Jérôme Fougeras Lavergnolle (*). Certes, le quadragénaire avait conscience d’une pérennisation incertaine de cette gabegie. Mais il était déconnecté de la réalité à l’époque.

 

Maladie ou personnalité narcissique?

"Ces sommes illicites vous ont permis de financer en partie un appartement à Miami, poursuit le magistrat, et de nombreux voyages. Vous êtes également propriétaire à Nice. Vous étiez à la recherche de l’argent facile?"

L’argent lui était bien monté à la tête, reconnaît le fonctionnaire en s’estimant cependant ne pas être rémunéré à sa juste valeur. Outre l’opportunité et l’appât du gain, à l’audience il attribue ses méfaits à une bipolarité funeste. Certes, par définition, cette maladie entraîne des troubles du comportement, comme le rapport à l’argent. Mais pour le magistrat cette psychose maniaque n’explique pas les délits et il penche plutôt pour une personnalité narcissique.

"Je n’ai plus ma place à Monaco"

Une complaisance avec soi-même que le prévenu reconnaît en partie. "Je suis suivi et je prends des médicaments tous les jours pour la bipolarité et cette excitation…" N’est-ce pas plutôt intentionnel, avec le dessein de récidiver? Afin d’ôter les doutes émis par le président, l’aigrefin se confie: "Je n’ai plus ma place à Monaco. Je partirai afin d’entamer de nouvelles études à l’École nationale du paysage pour me lancer dans l’architecture des jardins avec un professionnel à Nice. J’ai remboursé en partie mes erreurs avec le patrimoine laissé par ma famille."

 
(Illustration Jean-François Ottonello)

Quels arguments restent-ils à la défense pour faire comprendre cette navrante légèreté? Me Thomas Giaccardi va exceller dans les pistes de réflexions. "Comment mon client a-t-il pu détruire sa carrière de manière aussi stupide? On est plus proche de la cupidité. D’un suicide professionnel! Il avait bien essayé de comprendre les motifs de sa maladresse… La sanction la plus juste? Une peine dissuasive, symbolique avec du sursis. Aujourd’hui, cet homme fuit la finance. Il n’a pas démissionné pour conserver un minimum de couverture sociale. Enfin, comme une société n’a pas de préjudice moral, ramenez les prétentions des demandeurs à plus justes proportions."

Le tribunal a condamné le prévenu à deux ans d’emprisonnement avec sursis et 10.000 euros d’amende. Il devra verser 18.750 euros aux parties civiles et la caution de 40.000 euros remplira les frais de procédure.

Les parties civiles entrent en jeu. Me Régis Bergonzi s’interroge à la fois sur la personnalité du fonctionnaire, sa situation médicale, l’utilisation des deniers publics.

"Thésauriser et sa réussite sociale sont au centre de sa vie. Ne vit-on pas dans un pays où l’argent coule à flots? Il avait tout à gagner: une rémunération enviée, une situation de confort. Avec trois délits, il a tout perdu. Pour son indélicatesse nous réclamons une somme de 20.000 euros."

Me Hervé Campana met en exergue la spoliation de l’État. "Un État, actionnaire principal de ces sociétés! La bipolarité n’a aucune corrélation avec les faits reprochés. C’est un homme calculateur et manipulateur. Ne prêtez aucune vérité à ce discours de façade. Logiquement, il aurait dû démissionner. Au total le préjudice global est évalué à 42.750 euros."

 

Pourquoi cet homme brillant en est-il arrivé à une aussi basse manœuvre, lance le procureur général Sylvie Petit-Leclair. "La falsification du courrier a été ressentie comme une trahison. La maladie n’explique pas les actes. Aucun remords et une moralité dénuée de toute considération. Il fait preuve de repentir dès que ça sent mauvais. Il est bon de lui rappeler les obligations d’un fonctionnaire: probité, intégrité, qualités déontologiques, culture civique. Il appartient à la justice de censurer ces infractions: six mois avec sursis et 10.000 euros d’amende."

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