"Un détachement du réel…" Procureur de l'affaire OM-VA, Eric de Montgolfier raconte

Procureur de la République de Valenciennes chargé de l'affaire OM-V.A puis procureur de la République de Nice, Eric de Montgolfier parle de Bernard Tapie, mort ce dimanche matin.

FRANCK LECLERC Publié le 03/10/2021 à 15:50, mis à jour le 03/10/2021 à 16:00
"Dans l’affaire OM-Valenciennes, le tribunal était allé à un an ferme, j’avais interjeté appel: c’était trop", se souvient Eric de Montgolfier. Photo archives NM

1993, une tentative de corruption d’un footballeur du Nord par l’OM. Eric de Montgolfier, procureur de la République à Valenciennes, ouvre une information judiciaire. Bernard Tapie sera condamné à deux ans d’emprisonnement, dont un ferme. Il fera appel. Montgolfier aussi, jugeant la peine sévère! Entre les deux hommes, un lien particulier se crée, sans aménité. Le temps a passé…

On prête à Eric de Montgolfier une déclaration selon laquelle, si le président de l’OM n’avait pas été Bernard Tapie, il ne serait jamais allé en prison, les faits ne le méritant pas. Ce ne serait pas tout à fait cela: "J’ai pensé que la peine prononcée était très forte. D’ailleurs supérieure à celle que j’avais requise, soit six mois. Le tribunal est allé à un an ferme, j’avais interjeté appel en disant que c’était trop." Sur ce point, il maintient. "Nous sommes d’abord des magistrats, je ne vois pas pourquoi nous serions des brutes à condamner. Il en existe peut-être, je ne veux pas dire le contraire, mais n’exagérons rien!"

"S’il n’avait pas été ancien ministre…"

Eric de Montgolfier se souvient d’avoir rédigé un rapport d’appel à l’attention du procureur général de Douai. En deuxième instance, "la cour a fait une cote mal taillée entre six et douze mois, en s’arrêtant à huit. Est-ce parce qu’il était président de l’OM? Non. Ça, c’est une histoire marseillaise. En réalité, s’il n’avait pas été ancien ministre, peut-être la peine eut-elle été inférieure." Pour l’ancien magistrat, procureur à Nice durant treize ans avant de terminer sa carrière à Bourges, il ne faut pas se tromper d’enjeu ni de qualité. Allusion directe à la condamnation de Nicolas Sarkozy: "Il faut que l’on s’habitue dans ce pays, et des décisions récentes vont dans ce sens, à ce que ceux qui occupent le devant de la scène rendent des comptes." Ces comptes, doivent-il les rendre en s’exposant à une plus grande sévérité? "Oui. Bien sûr. J’entends, en ce moment, le chœur des vierges. Mais ces hommes ont choisi de nous représenter. De nous montrer la voie. Faut-il encore qu’ils l’assument eux-mêmes. Tant qu’ils ne l’auront pas compris, ils seront condamnés plus sévèrement que les autres. C’est d’ailleurs le sens de notre droit. Le code de procédure nous indique d’individualiser les peines. Ce qui signifie que l’on doit tenir compte de la personnalité, en positif ou en, négatif, quand on prononce une peine." Retour à l’affaire Valenciennes-OM: "Bernard Tapie et Jacques Mellick, deux anciens ministres, avaient violé la loi. C’étaient des élus de la République. À ce titre, ils devaient payer davantage. Je n’ai aucune hésitation sur ce point. On a mis longtemps à l’appliquer, ce principe…"

Sur un plateau de télévision

Eric de Montgolfier a revu Bernard Tapie. Sur le plateau de Ruth Elkrief, en 2000. "J’avais accepté, pour montrer que le fait que j’avais requis contre lui ne m’empêchait pas de lui parler." Le débat n’avait pas commencé, les caméras allaient tourner. "Étienne Mougeotte, à l’époque directeur général de TF1, était présent. Tout d’un coup, Tapie s’est tourné vers Ruth Krief et lui a dit: « Vos patrons ne vous aiment pas, vous savez…" C’était une façon de la mettre en condition! Je la sentais un peu gênée, mal à l’aise. Tapie insiste: "Ah non, je peux vous le dire, ils ne vous aiment vraiment pas!"

 

"Un grand homme comme vous à la tête d’un si petit parquet"

Rusé, Tapie? "La ruse, cela suppose de l’intelligence. En l’occurrence, c’était de la pure pression. De l’intimidation en direct. C’était lui. Comme lorsqu’il était venu me dire dans mon bureau, à Valenciennes: « Comment, un grand homme comme vous à la tête d’un si petit parquet!" C’est amusant… »

L’émotion? "Quand une personne meurt, cela vous renvoie à vous-même. Et vous vous dites que cela finira bien par vous arriver. Très égoïstement, notre émotion se tourne vers celui qui est mort, en pensant à celui qui pourrait mourir. Il ne faut pas se faire trop d’illusions sur la nature humaine. J’ai une amie qui vient de mourir de la Covid, pardonnez-moi, mais si j’ai un surplus d’émotion, ce sera pour elle."

Cet homme a fait partie du quotidien des Français pendant tant d’années. "Il a occupé le terrain, c’est vrai, mais après tout, il a choisi. Sa façon d’être, ses outrances, aussi. Le Phocéa, pour moi, en était une outrance. Surtout lorsqu’il parlait des pauvres. Ses contradictions ne le gênaient pas beaucoup. C’était un homme de ce siècle. Avec des outrances, oui, qui, parfois, suscitent l’admiration."

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.