“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Soutenez l’info locale et Monaco-Matin > Abonnez-vous

Un adolescent tabassé pendant 90 minutes et dépouillé parce qu'il refusait de donner du feu

Mis à jour le 29/02/2020 à 17:33 Publié le 29/02/2020 à 17:30
Le tribunal a été choqué par le récit de l’adolescent agressé pendant une heure et demie et dépouillé de ses biens, dans la soirée du 10 novembre 2018, entre le port et le Larvotto.
	(Illustration Jean-François Ottonello)

Le tribunal a été choqué par le récit de l’adolescent agressé pendant une heure et demie et dépouillé de ses biens, dans la soirée du 10 novembre 2018, entre le port et le Larvotto. (Illustration Jean-François Ottonello) Photo Jean-François Ottonello

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

Un adolescent tabassé pendant 90 minutes et dépouillé parce qu'il refusait de donner du feu

Une scène atroce. Un horrible supplice subi par un adolescent sans histoire sur la voie publique en Principauté. Il était jusqu’à présent impensable d’imaginer qu’un adulte se comporte avec une telle sauvagerie pour dépouiller un gamin de son portable, sa montre, son chargeur, sa chaîne…

Le mineur a raconté devant le tribunal correctionnel son calvaire de la nuit du 10 novembre 2018, entre le port Hercule et le Larvotto.

Le plaignant, encore apeuré par son bourreau, se tient en retrait du prévenu au regard impassible, glacial. À la demande du président Jérôme Fougeras-Lavergnolle, l’adolescent ranime peurs et angoisses. Il se souvient d’avoir vu cet individu de 30 ans sur le port à l’arrêt de bus.

"Maintenant, j’ai peur de sortir la nuit"

"Il m’a demandé du feu. J’ai refusé. Il s’est énervé. Cet homme m’a pris par le cou et il m’a tiré du boulevard Albert-Ier jusqu’au Larvotto. Il me frappait sans cesse. J’ai reçu au moins une trentaine de gifles, coups de pied et de poing tout au long du parcours. En même temps, il me dépouillait de mes objets personnels. Je ne pouvais pas me défendre: il était plus fort que moi! Je ne cherchais pas à fuir car je voulais récupérer mes affaires. À l’approche du Grimaldi Forum, il m’a obligé à me laver pour atténuer les traces des brutalités qu’il m’avait fait subir. Il m’a même forcé à boire… Il s’est présenté comme un Tchétchène. Maintenant, j’ai peur de sortir la nuit…"

Dans le prétoire, magistrats, greffier, huissier et public sont atterrés, par ce récit où la douleur se cramponne à chaque mot.

"Je ne suis pas normal"

Le prévenu, à la barre, est impassible. Froid. Aucun regret. Aucune excuse. C’est un habitant de La Trinité, sans profession. Cette nuit-là, il avait bu de l’alcool. Il a une faible souvenance des faits.

" Je reconnais toutefois avoir menacé ce jeune pour le contraindre à me suivre, et l’avoir volé. Je n’avais pas pris mes médicaments. Je suis malade et très violent quand je bois. Je ne suis pas normal. Interné deux fois à la suite de tentatives de suicide, je perçois une allocation d’adulte handicapé."

Le magistrat met en exergue la réaction instantanée des policiers dès la vision des images effrayantes, vers 3 heures, sur leurs écrans de contrôle. "Quand les agents vous ont interrogé, vous avez reconnu mollement les faits. Vous n’avez pas comparu à l’audience de flagrance à cause de votre état de démence. L’expert psychiatre a diagnostiqué une psychose maniaque dépressive. Vous êtes atteints de troubles bipolaires. Vous avez été condamné pour vols, agressions, violences sur ascendant, stupéfiants…"

L’avocat de la partie civile est révolté par les propos entendus. "On banalise la violence, remarque Me Olivier de Fassio, du barreau de Nice, par un état de santé malheureux. Est-ce que le prévenu est suivi? Non! Je souhaite que la décision de justice permette à mon client de souffler. Nous faisons une demande forfaitaire pour les dommages de 5.000 euros."

"Dramatique d’infliger pareilles violences!"

Le premier substitut Cyrielle Colle est également choquée par la situation vécue par la victime en Principauté.

"Un mineur est victime pendant quatre-vingt-dix minutes des assauts d’une personne qui n’avait pas pris son traitement. Sa prise en charge quand on consomme des stupéfiants à l’hôpital Sainte-Marie va-t-elle fonctionner? Ce n’est pas à Monaco de se substituer aux autorités françaises pour le soigner. C’est dramatique d’infliger pareilles violences! La législation a évolué en Principauté : le prévenu encourt une peine de dix ans de prison. Toutefois, il ne serait pas cohérent de l’incarcérer dix-huit mois plus tard. Vous pouvez le condamner largement à deux ans assortis du sursis et cinq ans d’interdiction de rentrer en contact avec la victime."

La défense a évoqué un client malade. "Il ne se défausse pas. Sa douleur est tellement intolérable qu’elle le conduit au suicide. Jusqu’à trois fois! Ce n’est pas du cinéma: il souffre depuis l’âge de 5 ans. Sa maladie est diagnostiquée en 2015. Depuis, on renouvelle mensuellement son traitement…"

Le tribunal s’en tiendra à un quantum de 18 mois avec sursis et accordera la somme de 5.000 euros à la partie civile.


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.