"Tout serait parti d'une insulte": une rixe entre trois jeunes à la veille du Nouvel an à Monaco se termine au tribunal

À la fois prévenus et victimes, trois jeunes d’une vingtaine d’années comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Monaco après une rixe survenue la veille du nouvel an.

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Jean-Marie FIORUCCI Publié le 10/01/2023 à 11:00, mis à jour le 10/01/2023 à 10:46
Pour se justifier, les trois prévenus (et également plaignants) se sont réfugiés derrière une soirée alcoolisée aux taux élevés. Photo d'illustration Sébastien Botella

Délit de faciès ou ego surdimensionné? Le mystère demeure total sur les raisons de la rixe au sortir d’une boîte de nuit de la darse Sud, sur le port Hercule, le 30 décembre dernier vers 7h30.

Pourquoi autant de haine intentionnelle et destructrice chez trois jeunes agresseurs d’une vingtaine d’années, dont deux d’entre eux ont comparu menottés à l’audience de flagrance?

La vidéo de la rixe, un enregistrement de 9 minutes, a été diffusé dans le prétoire afin de répondre aux interrogations d’une violence inutile et d’éclairer le tribunal correctionnel de Monaco sur la forte aversion pour le troisième homme qui comparaissait libre pour des faits moindres, mais également reprochés.

"Tout serait parti d'une insulte"

Les images, insoutenables, montrent des visages exprimant le mépris. Et surtout des coups! Pieds et poings sont à la manœuvre. On essaie bien de séparer le groupe d’assaillants, de le raisonner. Mais c’est peine perdue. Seuls les policiers, par leur intervention, ont pu stopper ce lynchage en règle et rétablir enfin l’ordre social. Puis conduire le personnage blessé au CHPG, ressorti avec cinq jours d’ITT.

Alors, pourquoi ce recours à des intentions hostiles à la veille des fêtes de fin d’année? Le président Jérôme Fougeras Lavergnolle n’est pas magistrat à se satisfaire de propos à l’emporte-pièce.

Il pousse les trois prévenus (et également plaignants) à dénicher un souvenir précis qui a pu déclencher cette scène de violences attachée à des pratiques triviales et arbitraires. Les trois prévenus se réfugient derrière une soirée alcoolisée aux taux élevés.

"Tout serait parti d’une insulte: sale chinois", lâche cependant le président, prononcé à l’encontre du troisième homme de type asiatique. Les deux détenus contestent. Néanmoins, la haine à pareil niveau exige des actes. Encore peu de souvenances… Quelques vagues possibilités mais bien imprécises, toujours à cause de la boisson.

"Pourtant, c’est un véritable acharnement, un comportement de sauvages", rappelle le magistrat.

Mais la réponse est invariable: tout tourne autour de la perte de conscience. À croire que ces jeunes préfèrent troquer la vérité contre la protection d’une lourde sanction judiciaire pour les faits commis.

Le substitut réclame de la prison ferme

Punir et se venger : il faut de la stratégie pour arriver à un tel niveau de colère et de dégoût, concède le parquet. "Or, personne n’en a mesuré les conséquences, entrevoit le substitut Emmanuelle Carniello. Vous avez porté des coups au risque d’en tuer un. Dites merci aux policiers d’être intervenus quand il était encore temps, car vous étiez dans une telle excitation qu’aucun ne se serait calmé. L’alcool n’est pas une circonstance atténuante, mais bien aggravante. C’est inadmissible de fêter un 30 décembre de la sorte. Il faut payer l’addition de votre idiotie ce soir-là!"

La sanction réclamée sera à la hauteur des capacités réciproques à ressentir une forte animosité, à détester l’autre: quatre mois ferme pour les deux prévenus dans le box ; deux mois ferme pour celui présent à la barre.

"Ces réquisitions sont déplacées, pour Me Gaston Carrasco. Il n’y a pas un seul voyou. C’est juste une question d’homme. D’honneur! La justice reproche à mon client d’avoir agrippé la victime et donné deux coups de poing. Ce n’est ni une catastrophe ni une provocation. Ce jeune homme joue dans une équipe de basket de Monaco. Puis, il est parti à Marseille. Accidenté en octobre, il ne touche plus un sou aujourd’hui et doit sortir de prison ce jour. Car il y a un intrus dans cette rixe, bien plus violent, mais il n’est pas là!"

De la confusion...

Pour Me Arnaud Cheynut, conseil du prévenu asiatique, "ce ne sont pas des bandits de grands chemins. Ces jeunes ne se sont jamais fait remarquer. Je vais plaider la relaxe tout en me constituant partie civile. Car dans cette bagarre générale, il n’y a pas de délit quand il y a une légitime défense. Regardez la vidéo: mon client se retrouve seul, assaillit par trois personnes, le visage maculé de contusions. Il se protège. Le Code pénal le lui permet. Il finira tout de même au sol, ses habits en lambeaux et à l’hôpital. Je sollicite 8.000 euros pour les préjudices moral et physique."

Enfin, Me Thomas Brezzo, défenseur du second détenu de nationalité monégasque, s’estime animé par un sentiment d’injustice. "Trois individus se bagarrent sur fond d’alcool. Automatiquement le "Chinois" est qualifié de victime et les autres auteurs de prévenus. Cela ne reflète pas la réalité des faits. Un énième individu donne des coups de pied dans les parties génitales et il est dans la nature. Un autre frappe à plusieurs reprises, et il est interrogé comme simple témoin. Dès lors, tout ce monde aurait dû se retrouver dans le box des accusés. La réalité? Il n’y a pas d’acharnement. Juste de la confusion dans une bagarre de coqs. Quarante heures de garde à vue et quatre jours de détention, leur ont servi de leçon. Une peine avec sursis suffit."

Le tribunal, loin des réquisitions du ministère public, même s’il a considéré que la haine est un sentiment négatif associé à la colère et à l’hostilité, a condamné les deux prévenus dans le box à deux mois avec sursis et au versement de 1.000 euros à la partie civile.

Le troisième, à la barre, a écopé de quinze jours avec sursis et il devra verser l’euro symbolique aux deux demandeurs.

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