Supporter corse éborgné: deux ans de prison avec sursis requis contre le policier

"Il a commis un crime, mais n'est pas un criminel": l'avocat général a requis vendredi deux ans de prison avec sursis contre le policier accusé d'avoir éborgné un supporter bastiais après un match de Ligue à Reims en 2016.

AFP Publié le 07/10/2022 à 16:10, mis à jour le 07/10/2022 à 14:49
Photo AFP

"Ne pas condamner" cet ancien de la BAC, jugé pour avoir "volontairement commis des violences" serait "tout simplement illégal, mais le condamner trop lourdement serait tout simplement inique", a lancé à la cour d'assises de Reims l'avocat général Matthieu Bourrette.

Il demande aux jurés de dire que le policier "a commis un crime, mais, par le choix de la sanction, qu'il n'est pas un criminel", et de prononcer une peine "signifiante pour tous, mais infamante pour personne".

"Ce procès, c'est celui du travail de la police, ce n'est pas la mise en cause de la police. Le +police bashing+ est un jeu collectif bien trop répandu", pointe-t-il, jugeant que le soir des faits, la police "a fait preuve de sang-froid et de professionnalisme".

Mais ce n'est pas non plus "le procès du hooliganisme corse", ajoute le magistrat, après des témoignages policiers ayant mis en avant "l'hostilité" du groupe d'ultras bastiais auquel appartenait la victime, Maxime Beux, 22 ans à l'époque.

Soins médicaux tardifs

"Fut-il un menteur, fut-il un meneur, il demeure un homme blessé, une victime", souligne le procureur. Frappé alors qu'il prenait la fuite, "il n'était pas dangereux".

 

Le policier, 50 ans, désormais en service dans un commissariat de Reims, encourt 15 ans de réclusion criminelle.

Le 13 février 2016, lors d'échauffourées dans le centre-ville de Reims à l'issue du match remporté par le SC Bastia, il avait fait usage de sa matraque télescopique contre Maxime Beux, causant la perte fonctionnelle irréversible de son oeil gauche.

À la barre, il a rejeté toute idée de "violences volontaires", estimant avoir agi de manière proportionnée et obéissant à des ordres. "Je regrette ce qui s'est passé (...) je n'ai aucunement voulu détruire sa vie" a-t-il lâché jeudi, présentant ses excuses.

Ce soir-là, alors que les tensions montent entre policiers et supporters dans le centre-ville, Maxime Beux donne un coup de pied dans la voiture du mis en cause, visée peu avant par un tir de projectile. L'accusé se lance alors à sa poursuite, le frappant au bout de quelques secondes.

Malgré sa blessure saignante, Maxime Beux sera menotté, placé en garde à vue, et pris en charge par les secours seulement 1H10 après le coup. C'est "la seule chose qui est insupportable, mais elle est de taille", a fustigé M. Bourrette.

 

"Mensonge éhonté"

En garde à vue, le policier affirme d'abord que le jeune homme s'est blessé en chutant sur un poteau, une version soutenue deux ans par les autorités, et finalement exclue par les expertises.

Le coup de matraque infligé "visait l'épaule", "dans le but de l'interpeller", a assuré l'accusé devant la cour cette semaine. Pour lui, "il était inconcevable que cela finisse dans l'œil".

"Ce dossier part d'un mensonge initial, éhonté" d'un policier "couvert pendant trop longtemps par sa hiérarchie", et qui "nie l'évidence", a plaidé vendredi pour Maxime Beux Me Benjamin Genuini.

Depuis l'ouverture du procès mardi, policiers et supporters se sont renvoyé la responsabilité des échauffourées.

Les premiers ont pointé du doigt des insultes racistes, chants anti-français et anti-police, ainsi que des tags haineux griffonnés dans les toilettes, dont un proclamant: "on a tué votre préfet".

Pour Maxime Beux, les policiers "voulaient se faire les Bastiais" et ont harcelé son groupe alors qu'il ralliait le centre-ville pour boire un verre.

 

À l'époque étudiant en management à Corte, il avait été interdit de stade en 2014 pour un jet de bouteille sur un CRS. Il le sera à nouveau en 2017. pour avoir participé à une descente de supporters bastiais sur la pelouse lors d'un match avec Lyon.

Le verdict est attendu en fin de journée.

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