"Quand il boit, c’est l’enfer": violent avec sa compagne, un Monégasque prend deux mois de sursis

La peur de perdre son emploi en pleine crise sanitaire avait déstabilisé un Monégasque, même dans sa relation commune avec sa compagne prostituée. Il a récemment été jugé par le tribunal correctionnel.

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JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 12/02/2022 à 16:50, mis à jour le 12/02/2022 à 18:26
L'homme a rejeté la faute sur sa consommation d'alcool. Photo archives Monaco-Matin

Une affaire de violences entre un homme et une femme peut-elle être étonnamment liée en grande partie avec la crise sanitaire ? Il en était question à l’audience. Sans toutefois écarter le poison de la consommation de boissons alcoolisées, dans un dossier de disputes, d’avilissement et de soumission abordé par le tribunal correctionnel.

Pourtant, au compteur de la vie en couple sous le même toit, la relation affiche dix ans de vie commune. Mais dans les faits évoqués, c’est plutôt une promiscuité ignoble dès courant 2020.

Scènes de ménage
à répétition

La relation amoureuse entre un serveur de brasserie et une prostituée apparaissait toxique. Inquiété par les effets du coronavirus, ce Monégasque était entré dans une fragilité psychologique. Proche de la cinquantaine, il craignait pour son emploi. Mais est-ce une excuse valable d’affirmer que la pandémie allait entraîner des excès de brutalité dans son comportement et déclencher une forme de répudiation temporaire ? Embourbé dans les scènes de ménage à répétition, qu’allait-on savoir de révoltant sur la personnalité intime du barman ?

 

" Quand vous êtes alcoolisé, assure le président Florestan Bellinzona, vous êtes dégradant. Au retour au domicile, vous réveillez votre compagne pour la chasser de la chambre afin de l’envoyer dormir sur un matelas dans le salon. Cette expulsion s’accompagne d’insultes, de violences. Vous avez pensé à son enfant, que vous avez reconnu, même si vous n’êtes pas le père biologique ? " Cette attitude nocive, pernicieuse, n’affecte pas pour autant le prévenu.

"Quand il boit,
c’est l’enfer"

Les fautes reprochées sont contestées et la gravité des propos tenus minimisée. " J’ai dû m’emporter, prétend-il, au cours d’une conversation houleuse. Alors, j’ai certainement écarté celle qui partage ma vie de mon chemin car elle me bloquait le passage. Mais je ne l’ai jamais frappée. Au plus, de l’emportement dans mes paroles. C’est la faute à l’alcool… "

Le magistrat met en regard les dépositions d’un témoin qui dénonce l’inverse et confirme les expulsions au salon avec un canapé pour unique literie. Impossible ! Le serveur est formel : tout ce qui a été raconté est " un tas de mensonges. "

Voix de la partie civile, Me Régis Lécuyer oppose sur un ton narquois, " une histoire de l’homme malchanceux ! Ce personnage a plutôt du mal à gérer sa conduite. À jeun il est adorable. Quand il boit, c’est l’enfer. Il ne se souvient pas ? Pourtant ma cliente souffre de troubles anxiogènes et perçoit en permanence un sentiment de danger. 5.000 euros, tous préjudices confondus. "

 

Le premier substitut Julien Pronier abonde dans le même sens. " On est sur une ligne de crête. Les explications de Monsieur : il est chez lui. Il est Monégasque. Si elle n’est pas contente… Cette femme a peu d’endroits pour se réfugier avec un enfant en bas âge. Sa seule solution ? Se retrancher dans le salon. Faites-lui comprendre la gravité de son processus avec quinze jours ferme. "

Le tribunal, après délibération, s’en est tenu à une peine de deux mois avec sursis et le versement de 1 000 euros à la partie civile.

Le couple a repris une relation normale

La défense attendait son heure. Me Sarah Filippi veut contrebalancer le déséquilibre ressassé dans la répartition du pouvoir entre les deux partenaires. " Que faut-il penser quand Madame demande de régler le prix chaque fois qu’il y a eu un rapport ? C’est une relation toxique, car cette dame vit avec des prostituées. Sur une décennie de vie commune, depuis un an mon client est fragilisé psychologiquement car il craint pour son emploi. Il essaie pourtant de comprendre cette femme, de s’attacher. "

" Aujourd’hui, poursuit l’avocate dans sa plaidoirie, il est désolé. Il s’excuse, assume et regrette de ne pas avoir compris sa compagne. La justice doit contraindre quand on ne comprend pas. Or, aujourd’hui, à l’issue d’une thérapie, le couple a repris une relation normale. Est-ce véritablement utile un retour à la case départ avec une décision ferme ? "

Est-ce aussi une main tendue pour amener le prévenu à résipiscence ?

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