Procès du crash du Rio-Paris: le parquet écarte de premières "fautes" et provoque la colère des parties civiles

Le parquet a débuté mercredi son réquisitoire au procès du crash du Rio-Paris, dans lequel 228 personnes sont mortes le 1er juin 2009, en écartant certaines "fautes" d'Airbus et d'Air France, provoquant la colère des parties civiles.

AFP Publié le 07/12/2022 à 14:44, mis à jour le 07/12/2022 à 14:21
Le vol a fait 228 morts en 2009. Photo AFP

À la suspension d'audience, en milieu de journée, le duo de procureurs était cependant à mi-chemin de ses réquisitions, dont le sens reste un point d'interrogation.

La procureure Marie Duffourc s'est levée peu après 10h00, dans la salle d'audience pleine du tribunal correctionnel de Paris, en qualifiant l'accident du vol AF447, le plus grave de l'histoire d'Air France, de "drame incomparable".

"Cet accident tragique est avant tout un drame humain qui a bouleversé à jamais les proches des victimes", dont la "souffrance a sans cesse été réactivée au cours de ces treize années", un "délai beaucoup trop long", a-t-elle déclaré.

"Représenter la société dans un tel procès signifie préserver l'ordre social (et) rappeler que le respect de la vie des personnes humaines n'admet aucun compromis. Néanmoins, ce n'est soutenir les poursuites que si les infractions sont caractérisées", a-t-elle prévenu.

Le second procureur a ensuite commencé à détailler tous les "facteurs contributifs" de l'accident, afin de savoir si une "faute" peut être retenue contre Airbus et Air France en "lien certain" avec la catastrophe.

Les deux entreprises, qui encourent 225.000 euros d'amende chacun, contestent tout manquement.

"Science de l'époque"

Le 1er juin 2009, le vol reliant Rio de Janeiro à Paris traverse la zone météo difficile du "Pot au Noir" quand les sondes anémométriques Pitot, qui mesurent à l'extérieur de l'avion la vitesse de l'appareil, sont bouchées par des cristaux de glace.

Les deux copilotes alors en poste sont surpris. Bientôt rejoints par le commandant de bord qui était en repos, les trois hommes n'arrivent pas à reprendre le contrôle de l'avion, qui heurte l'océan 4 minutes et 23 secondes après le givrage des sondes.

Le procureur Pierre Arnaudin a d'abord abordé un "point central des débats", qui a provoqué un "sentiment de révolte" chez les parties civiles: le non-remplacement des sondes Pitot de modèle Thalès AA par l'un des deux autres modèles qui existaient alors. L'AF447 était doté de ces sondes AA.

"Je crois qu'il y avait à l'époque d'une part l'impossibilité technique de comprendre ce phénomène de givrage et, d'autre part, de déterminer avec certitude quelle sonde résistait mieux", a-t-il estimé.

"Force est de constater qu'au regard des données de la science de l'époque, aucune faute pénale ne me semble pouvoir être retenue", a-t-il conclu, rappelant que la cour d'appel, qui a ordonné le procès, avait elle aussi écarté cet élément à charge.

Mme Duffourc est ensuite longuement revenue sur les conséquences de la panne dans le cockpit, estimant en conclusion qu'aucun "défaut de conception de l’avion" n'avait de "lien certain avec la perte de trajectoire" et ne pouvait donc être retenu contre Airbus.

"A charge contre les pilotes" 

M. Arnaudin s'est alors penché sur le classement des incidents de givrage des sondes, qui s'étaient multipliés au cours des mois précédant l'accident. Dans les rapports sur ces défaillances, "il n'y avait jamais eu d'échappée et de perte totale de contrôle de l'avion", a-t-il souligné, jugeant que le classement avait été "conforme".

Des membres de l'association Entraide et Solidarité AF447, qui représente les familles des victimes, ont alors ostensiblement quitté la salle, avant une suspension d'audience.

"On est revenu en 2019, lorsque les juge d'instruction ont effectivement déclaré un non-lieu général. On a un procureur qui est censé défendre le peuple et qui finalement défend la multinationale Airbus", s'est emportée devant la salle d'audience Danièle Lamy, présidente de l'association, dénonçant un "procès à charge contre les pilotes".

La longue procédure judiciaire dans cette affaire a vu deux positions différentes de la part du ministère public.

A l'issue d'une décennie d'instruction, le parquet a requis, en 2019, le renvoi en procès d'Air France, mais pas celui d'Airbus. Les juges ont ensuite prononcé un non-lieu la même année, dont il a été fait appel.

Devant la chambre de l'instruction, le parquet général a finalement réclamé, deux ans plus tard, le renvoi des deux entreprises pour homicides volontaires, un point de vue suivi par la cour d'appel qui a ordonné ce procès.

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