Procès de l'attentat du 14 juillet à Nice: la Kalach’ était cachée sous des feuilles à Falicon

Entendu par la cour d’assises spéciale, Endri Elezi a raconté ce lundi comment il est allé récupérer la Kalachnikov qui devait être proposée au terroriste de l’attentat de Nice

G. L. Publié le 21/11/2022 à 21:00, mis à jour le 22/11/2022 à 15:15
Endri Elezi, celui qui est suspecté d’avoir récupéré une kalachnikov à Falicon, comparaissait libre. (Dessin Benoit Peyrucq / AFP)

"Si tu descends, tu tomberas sur un trou, près d’un tronc d’arbre, il y a un sac en plastique à cet endroit-là."

Nous sommes le 13 juillet 2016 sur une colline de Falicon. Veille de l’attentat. Gino raconte. Gino, c’est Endri Elezi, 30 ans, alias "Luxhino Elezi". Veste de survêtement noir sur un tee-shirt gris chiné, traits délicats, cheveux bruns et ras. Un accusé ému, en larmes, à certains moments désorienté. Comme sous l’emprise de médicaments. Une interruption d’audience sera nécessaire pour lui laisser la possibilité de reprendre ses esprits.

Gino comparaissait hier devant la cour d’assises spéciale de Paris. Il fait partie du clan des "armuriers" albanais. Il est soupçonné d’avoir aidé à fournir une kalachnikov. Rappelons que, selon l’accusation, le terroriste cherchait des armes. "Cinq", avait-il même écrit dans un SMS envoyé à quelques minutes de l’attentat.

"En prenant le sac, j’ai compris"

Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’auteur de l’attentat, venait de se faire fournir, le 12 juillet, un pistolet automatique par Artan Henaj et Ramzi Arefa, deux autres albanais du clan. La kalach lui était-elle promise en échange de 1.700 ou 1.800 euros? Devait-elle servir pour une autre action terroriste le 15 août?

 

La scène que Gino raconte se déroule donc sur les collines niçoises, à Falicon, la veille de l’attentat. C’est son cousin, Adriatik Elezi, qui l’a mis sur le coup. Il lui aurait demandé d’aller récupérer l’arme avec Maksim Celaj. Ni une, ni deux. Gino se sent redevable envers son cousin chez lequel il vit. "Deux ou trois jours avant, Adriatik m’avait montré l’emplacement où était caché le sac, nous étions passés à distance, sans s’arrêter." Il prétend n’avoir pas été informé de ce qu’il y avait dedans.

Quand il arrive à Falicon, en Clio rouge, Gino retrouve les lieux. Il s’arrête près d’un pont. Une montée, bordée de quelques arbres. C’est là. "Ce n’était pas une forêt. Le sac rouge n’était pas enterré mais caché sous des feuilles. Je ne savais pas ce qu’il y avait dedans à ce moment-là." Gino raconte comment d’un mouvement circulaire du pied il a déblayé les feuilles pour s’assurer que ce qu’il venait chercher était là.

"Ensuite, en prenant le sac, j’ai compris. C’était long, j’ai pensé que c’était peut-être un fusil, mais je n’ai pas pensé à une kalachnikov", explique-t-il d’une voix faible au président qui l’abreuve de questions. L’arme en question ne vaut pas tripette. Elle est rouillée, a été remilitarisée de manière très artisanale. C’est un fusil d’assaut de marque Toula modèle AKSU74, avec un chargeur de calibre 7,62 x 39. Une arme de guerre.

Endri Elezi est poursuivi pour participation à une association de malfaiteurs et infraction à la législation sur les armes. En fuite, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen, il avait été interpellé en Italie, le 21 avril 2021.

Ce mardi, la parole sera donnée aux expertises psychologiques. Mercredi, débuteront les plaidoiries des parties civiles.

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