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"On met les gens comme nous hors d’état de nuire". Qui est le militant de Roya citoyenne dont le domicile a été pris d’assaut?

Le 14 avril 2019, le domicile d’Hugues Séchet, militant de Roya citoyenne, a été pris d’assaut à Contes, alors qu’il hébergeait des demandeurs d’asile. Le procès a lieu aujourd’hui. Portrait.

Antoine Louchez Publié le 19/11/2021 à 08:00, mis à jour le 19/11/2021 à 08:47
Hugues Séchet, 61 ans, attend le procès depuis plus de deux ans et demi. (Photos A. L.)

Lorsqu’il raconte cette nuit d’avril 2019, le masque taquin d’Hugo s’effondre. "Je ne comprenais plus rien. On entend: “On va te fumer! Les nègres dehors!" Ma vitre est tombée. On recevait des projectiles sur la tête. Ils ont tenté de forcer la porte. Ils étaient comme des bêtes. Aziz me dit: "Ils vont nous tuer! Ils vont nous tuer!"» Il s’arrête et craque. "J’ai du mal à en parler. Mais ça permettra d’aider les autres, les collègues."

Plus de deux ans et demi après, la justice se penche aujourd’hui sur l’histoire d’Hugues Séchet, que tout le monde appelle "Hugo". Le militant de Roya citoyenne, dont l’appartement à la Vernéa, à Contes, a été pris d’assaut dans la nuit du 13 au 14 avril 2019, alors qu’il hébergeait quatre demandeurs d’asile (Nice-Matin d’hier). L’enquête penche pour des violences réciproques: un assaillant accuse les "gars" d’Hugo de l’avoir agressé. Seul Hugo n’est pas mis en cause, dans cette histoire.

"Il s’en est pris à tout le monde"

Depuis cette nuit-là, la vie d’Hugues Séchet est en suspens. Touché, cet ancien ambulancier de 61 ans avait été hospitalisé dans la foulée. Ses connections associatives l’ont ensuite gardé loin de son appartement aux vitres brisées et, surtout, de son quartier où il n’était plus en sécurité. Depuis, il n’est plus jamais revenu y vivre.

"Sur le moment, il s’est échappé de l’hôpital, raconte la porte-parole de l’association Roya citoyenne, Patricia Alunno. Pour le protéger, on l’a exfiltré. On l’a fait dormir chez des hébergeurs dans la Roya, puis la Vésubie. Les premiers ont dégusté… Il s’en est pris à tout le monde. Mais avec ce qu’il s’est passé, on comprend."

 

"Ne pas les laisser sur le bord de la route"

Hugo est un "homme au grand cœur" mais "un peu perdu" et "fragile", selon Patricia Alunno. Un type qui vit désormais de son allocation aux adultes handicapés, qui a lui même connu la galère et consacre tout son temps aux associations de solidarité. Avec une préférence: "La cause des migrants, raconte-t-il. Il faut qu’on aide ces gens. Ils ont traversé l’Afrique, affronté l’esclavagisme en Libye, traversé la Méditerranée sur des boudins… On ne doit pas les laisser sur le bord de la route."

Hugo est toujours en colère. Contre le gouvernement, les journalistes, le secteur médical, "les fascistes". Et surtout la police et les gendarmes. Plus que jamais depuis cette histoire. Il n’a pas aimé avoir à s’expliquer sur ses activités à Roya citoyenne, alors qu’il pense qu’il aurait pu se faire tuer.

Il n’aime pas non plus que "ses gars", en qui il a une confiance absolue, aient été mis en cause. "C’est un braquage: on met les gens comme nous, qui font de l’humanitaire, hors d’état de nuire. Pas les voyous."

Il ne vit plus dans son HLM, Côte d’Azur habitat l’a assigné en justice

Voilà plus de deux ans que le militant dort à droite et à gauche. Quelques jours après ce 14 avril 2019, il est revenu dans le Paillon. Il dit qu’une voiture a cherché à le percuter et qu’il a dû se jeter dans le fossé.

Et puis l’appartement est resté tel quel. Le bailleur social, Côte d’Azur habitat, l’a assigné en justice pour "abandon de logement et destruction de biens immobiliers" alors qu’il paie son loyer, selon son avocat, Zia Oloumi.

"Je suis victime, ce n’est pas à mon assurance de payer, ni à moi de faire les démarches de réparation. Je demande un transfert de logement et Côte d’Azur habitat fait la sourde oreille." Ce que soutiennent son avocat et Roya citoyenne. Côte d’Azur habitat répond que ses demandes étaient incomplètes. Pas de quoi lui redonner confiance dans les autorités, en tout cas.

 

"De plus en plus important d’aider les autres"

Hugues Séchet espère pouvoir tourner la page. "J’attends du jugement que les gars soient complètement disculpés. Et j’exige de pouvoir être relogé dans une autre commune."

L’absence de logement et la violence de cette nuit ne l’empêchent pas d’accompagner les demandeurs d’asile. Au contraire. En ce moment, il suit un gamin qui passe son CAP de boulanger. "C’est de plus en plus important d’aider les autres. Et ça t’occupe, sinon tu te détruis."

Sa voiture et son domicile avaient été pris d’assaut.

Représailles ou agression raciste ?

Représailles ou agression raciste ? C’est ce que tentera d’élucider le tribunal correctionnel, ce vendredi. L’enquête avait rapidement basculé pour des violences réciproques : un assaillant accuse les « gars » d’Hugo de l’avoir agressé. Le reste ne serait que représailles.
« On attend que le caractère raciste de l’agression soit reconnu », résume Patricia Alunno, porte-parole de l’association Roya citoyenne. Elle souhaite les quatre demandeurs d’asile « ne soient pas envoyés en centre de rétention » et qu’Hugues Séchet soit finalement relogé ailleurs.
L’association estime qu’elle était « dans le viseur » des autorités en 2019, au moment des faits. Elle espère aujourd’hui que sa cause sera entendue. « On a eu beaucoup de procès, reprend la porte-parole. On prend des amendes, de la prison avec sursis… On n’a pas beaucoup d’agressions d’hébergeurs, mais quand c’est arrivé, beaucoup nous avaient dit qu’ils voulaient rester un peu tranquilles. »

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