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Menacée de mort par son conjoint, elle l'innocente finalement devant le tribunal de Monaco

Quinze jours ferme pour le prévenu. La victime a échappé à un éventuel danger grâce à la présence d’esprit d’une voisine alertée par les cris parvenus depuis l’appartement du couple.

Jean-Marie Fiorucci Publié le 16/03/2021 à 15:15, mis à jour le 16/03/2021 à 14:04
Pour la plaignante, il n’y a pas eu de violence dans cette histoire. "J’étais au sol cet après-midi-là à cause d’une baisse de tension due à l’alcool" (Photo illustration Jean-François Ottonello)

L’angoisse et l’effroi ont empreint un dossier lié à un danger pulsionnel évoqué devant le tribunal correctionnel. Il était question de menaces de mort proférées par un SDF, originaire de la région parisienne, à l’encontre de sa compagne le 7 décembre dernier.

"Je vais te crever"

Vers 15 heures, des cris, en provenance de l’appartement occupé dans l’immeuble "Les Eucalyptus", alertent une voisine de palier. Elle s’approche du logement et entend: "Je vais te crever…". Terrorisée par ces paroles menaçantes, l’esprit opiniâtre, elle frappe à la porte, car elle craint le pire pour la locataire.

"Monsieur vient m’ouvrir, expose-t-elle à la barre à la demande du président Jérôme Fougeras Lavergnolle d’alléguer son témoignage. Il m’interpelle de manière désagréable: ‘‘De quoi tu te mêles?’’ J’aperçois son amie au sol qui crie: ‘‘au secours! Aidez-moi’’. Je l’ai prise dans mes bras et je l’ai mise à l’abri chez moi. Puis j’ai appelé la police. Je n’ai pas fait attention si son copain était alcoolisé. Mais je vous assure, insultes et comportements désobligeants sont récurrents dans l’immeuble"

Le magistrat veut alors mettre en évidence les conséquences du moment traumatique vécu par la plaignante.

 

"Ce monsieur n’a jamais levé la main sur moi"

Interrogée, sa version est édifiante. Voire surprenante. Plus aucun trouble physique ou psychique n’apparaît. "En couple depuis trois ans, déclare-t-elle sans la moindre frayeur, il nous arrive de boire. Justement j’étais au sol cet après-midi-là, à cause d’une baisse de tension due à l’alcool. Tout est manigancé pour nous expulser de Fontvieille. Ce monsieur n’a jamais levé les mains sur moi. Je ne l’ai jamais craint…"

Faut-il traduire ces affirmations par un refoulement protecteur? Une autre interprétation conduira-t-elle à la véracité des faits? L’homme qui vit du RSA brouille plus encore la compréhension du climat conflictuel.

"On devait déjeuner ensemble le lendemain. Cela m’était impossible. Je ne vois pas l’intérêt de menacer mon amie. Je l’aide à faire ses courses. Il est important qu’elle guérisse, toujours à cause de l’alcool!"

"Des problèmes de boisson"

"C’est la sixième fois que la police se déplace pour des problèmes de boisson. Je suis en traitement pour des problèmes d’addiction et calmer mes crises de nerfs à cause d’une tendance à la bipolarité. Pour cela, j’ai quitté l’appartement depuis trois mois. On ne se voit plus. Cela ne nous empêche pas de toujours nous aimer."

 

Le prévenu a du mal à convaincre. Surtout après l’épreuve du casier judiciaire où le président fait un test en l’interrogeant sur le nombre de condamnations. Aucune? "Vous avez quatre mentions en France, précise-t-il. De 2005 à 2012 pour vols, recels…"

Les successions de négations nourriront les réquisitions du premier substitut Julien Pronier.

"Une simple dispute verbale quand Madame se réfugie chez la voisine ? Pas de sanctions judiciaires? Une alcoolémie de 0,78 mg/l avec une seule bière? Il nie les constatations des enquêteurs! Et il continue de mentir en estimant que tout s’est bien passé. Il lui avait subtilisé le portable pour éviter de demander de l’aide. Par amour ou par peur, sa compagne a une version différente. Un mois ferme et quatre mois d’interdiction de séjour."

Le tribunal réduit la peine ferme à quinze jours mais quantifie l’interdiction de séjour à deux ans.

 
 

"Les faits ne sont pas caractérisés"

Pour la défense, les menaces de mort ne sont ni inquiétantes ni révélatrices d’un mauvais état d’esprit. Mais surtout suffisantes pour envenimer plus encore les mauvaises relations de voisinage.

"C’est une dispute comme cela arrive très souvent dans un couple qui a des problèmes de boisson, confirme Me Raphaëlle Svara. Le ton est monté, des mots sont lâchés!
Ont-ils été dits avec une intention délictueuse? Une volonté consciente de commettre l’irréparable? Non! Il n’y a même pas eu le moindre geste de violence. Ces deux personnes ne sont plus très jeunes et Madame vous a démontré qu’elle n’a pas peur. D’ailleurs, je sollicite la relaxe pour mon client, car les faits ne caractérisent pas l’infraction. Si vous ne me suivez pas, prononcez au moins une peine plus clémente."

Au prévenu de rajouter: "Si j’avais son téléphone glissé dans la chaussette, c’est parce que je n’avais pas de poches. Certes, ce n’était pas correct de déranger les voisins. Mais je veux vivre normalement. J’ai 44 ans et aucune intention de semer le désordre en Principauté."

 
 

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