“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Soutenez l’info locale et Monaco-Matin > Abonnez-vous

Lourdes peines pour les braqueurs de Cartier

Mis à jour le 17/12/2019 à 10:34 Publié le 17/12/2019 à 10:34
Une victime : « Ce jour-là, ma vie a basculé. Ce ne sera jamais plus comme avant. »

Une victime : « Ce jour-là, ma vie a basculé. Ce ne sera jamais plus comme avant. » archives M.A.

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

Lourdes peines pour les braqueurs de Cartier

Deux des quatre braqueurs de la bijouterie de Monte-Carlo ont été condamnés, hier soir, à 7 et 10 ans de prison. Les deux autres seront jugés par la cour d’assises des Alpes-Maritimes

Walid Bekkada et Sofiane Gallah, deux des quatre braqueurs (*) de la bijouterie Cartier arrêtés en Principauté le 25 mars 2017, ont été condamnés respectivement à 10 et 7 ans de prison ferme. Ils devront verser conjointement les sommes de 20 000 e pour les dommages occasionnés à la société RLG (enseigne Cartier à Monaco) et 66 000 e en totalité aux six parties civiles pour le préjudice.

Le tribunal criminel a retenu des circonstances atténuantes pour les accusés. Car le ministère public avait requis 13 et 10 ans d’emprisonnement ferme à leur encontre. Ils ont la possibilité d’introduire un pourvoi en révision dans un délai de cinq jours.

Si l’on additionne le temps de la détention préventive et les traditionnelles remises de peines, soit trois mois par année d’incarcération, Walid Bekkada et Sofiane Gallah resteront à la maison d’arrêt de Monaco, souhait qu’ils ont formulé à l’audience, 66 mois pour le premier et 36 mois pour le second.

« Ma haine a disparu »

Les faits. L’après-midi du 25 mars 2017, une bande de malfaiteurs originaires des Hauts de Vallauris pénétraient chez le joaillier de la place du Casino. Sept minutes plus tard, 127 bijoux pour un montant de 6 millions d’euros étaient dérobés.

Alertés, les services opérationnels de la Sûreté publique déployaient aussitôt le plan de bouclage de la Principauté et de nombreux policiers convergeaient vers la place du Casino. De fuite en poursuite sur le territoire monégasque, les fonctionnaires maîtrisaient deux individus connus pour leurs lourds antécédents judiciaires en France. Leurs interpellations s’effectuaient sans effusion de sang malgré les revolvers détenus par deux des trois bandits. Il n’y a eu ni tir, ni blessé, ni prise d’otage. Seulement sept personnes très choquées : les employés de chez Cartier.

Six ont refusé de témoigner en personne à l’audience par peur de se retrouver une nouvelle fois en face de leurs bourreaux. Seul l’agent de sécurité s’est présenté à la barre pour formuler ses demandes. « Ce jour-là, affirme-t-il, ma vie a basculé. Je n’ai subi aucune violence physique. Mais ce ne sera jamais plus comme avant. Je peux pardonner. Ma haine a disparu avec ce procès. Je demande le remboursement d’une partie des frais déboursés : 10 000 e. » Mes Cédric Porteron (Nice) et Clyde Billaud (Monaco) interviennent ensuite pour soutenir la réparation des préjudices subis par leurs clients. Ce ne sont pas des accusateurs. Ils représentent une douleur, celle des cinq plaignants. Ils ne sont pas là non plus pour demander vengeance, mais justice.

« Vous êtes dangereux »

« Vous avec volé un joaillier, estime le premier avocat en s’adressant aux accusés, et vous avez braqué des êtres humains. Ce jour-là, ils sont partis en embrassant leurs femmes et enfants avant d’aller travailler. Ils ont alors vécu sept minutes en enfer. Traumatisés, ils ne supportaient pas de vous revoir. Vous avez demandé pardon. Peut-on tout effacer ? Êtes-vous sincères ? Bekkada, vous avez fait cela pour gommer 50 000 e de dettes. Vous êtes dangereux. »

Les deux avocats dénonceront à tour de rôle les comportements des braqueurs. Pour conclure : « Vous avez sollicité de terminer votre détention dans la maison d’arrêt de Monaco. En quelque sorte, vous demandez l’asile politique… pour vous protéger. Si vous étiez rentrés bredouilles à la Zaïne, vous ne seriez plus là ! »

En chiffres cela se traduit par 40 000 e pour atteinte à l’image de Cartier ; autant pour les frais de justice ; une somme identique pour mes clients plus 30 000 e pour le préjudice. Les mêmes sommes seront demandées devant la Cour d’assises des Alpes-Maritimes, assure l’avocat niçois.

Braqueurs organisés

C’est au tour du premier substitut Cyrielle Colle. En préambule, elle exhorte le tribunal « à ne pas se préoccuper de ce qu’allait faire la France » pour les deux autres accusés interpellés à l’époque des faits sur le territoire des Alpes-Maritimes. « Vous devez juger les personnes devant vous dans le box par rapport à Monaco en prenant en compte repérage, pistolet, agissements envers les employés… Car ce vol à main armée dénote une véritable organisation. Tout avait bien été pensé. Écartez le cafouillage parce que ces hommes ne seraient pas des professionnels. La vérité est tout autre : les ordres de la direction étaient formels ; ne pas appeler la police. C’est un miracle de ne déplorer aucun drame. Avec une arme, le risque de mort peu suivre. » S’ensuit une description pointilleuse de tous les moments forts de l’affaire : la fuite, l’incendie du véhicule dans le tunnel Louis-II, les tirs dans les pneus… Et l’article 392. Il permet de réduire la peine maximale : la réclusion criminelle à perpétuité. La magistrate réclame 13 ans pour Walid Bekkada et 10 ans pour Sofiane Gallah.

Me Thomas Brezzo, défenseur de Sofiane Gallah, n’accepte pas la peine requise : « Réfléchissez ! Mon client a eu peur également. C’est logique ! Son rôle s’est pourtant limité à de la simple surveillance. Pour cette participation, sa liberté a pris fin à la sortie de la bijouterie où il est rattrapé et interpellé par les policiers. Il a quand même trouvé les mots adaptés pour rassurer le vigile. Ce n’est pas un menteur, je vous l’assure. On l’a informé de sa participation le matin même pour faire un coup. Sans plus d’explications. En fait, c’était pour un braquage. Pourquoi a-t-il accepté ? Pour une dette de 20 000 €. Car il vit dans la précarité depuis sa prime jeunesse. On requiert 10 ans ? C’est plus de la moitié de son âge le jour où il a commis l’irréparable. Il veut rester en prison à Monaco pour s’écarter, couper avec le milieu où il a grandi… Vous n’êtes pas obligés de prononcer l’intégralité de la peine. Vous avez maintenant la possibilité de la compléter avec du sursis. Car au moment de condamner mon client, pensez à ce que représenterait votre avenir si vous vous trouviez dans les mêmes conditions… »

Me Marie Seguin veut comprendre : « Walid Bekkada ne représente pas le grand banditisme. Concentrez-vous un instant : on ne fait pas un braquage comme on va aux pâquerettes ! Oui, il y a de la peur, des menaces, une arme. L’auto volée ? Entreprendre ce genre de vol avec son propre véhicule, c’est suicidaire. Vous trouvez ces gens trop gourmands ? Non, ils n’ont pas dévalisé le coffre-fort. S’ils ont mis plus de temps pour faire ce braquage ; c’est justement parce que ce ne sont pas des professionnels. La preuve : ils collent une fausse plaque avec du ruban adhésif ! Aucun vêtement de rechange pour brouiller les pistes. Enfiler une veste de Père Noël, surtout un 25 mars, fait-il de mon client un délinquant ? On l’arrête tout simplement parce qu’il paraît suspect au policier avec cet accoutrement. Vous estimez que ce ne sont pas de véritables pieds nickelés parce qu’ils ont chacun un casier judiciaire assez chargé. Erreur ! Mon client voulait également effacer sa dette. C’est peut-être la raison de sa volonté de rester en prison à Monaco parce qu’on y est mieux qu’ailleurs. À Grasse, c’est la fatwa. Ayez cette phrase à l’esprit au moment de le condamner : il faut une peine de prison. Mais si elle est trop longue elle produit l’effet inverse… »

Mes Marie Séguin et Thomas Brezzo, pour la défense.
Mes Marie Séguin et Thomas Brezzo, pour la défense. J.-M.F.

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.