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Le Prince choisit Sylvie Petit-Leclair comme nouvelle Secrétaire d'Etat à la Justice malgré le contrat avancé par Robert Gelli

L’actuelle procureur général est nommée au poste de Secrétaire d’état à la Justice à compter du 1er juin. Robert Gelli, qui ne veut pas faire de polémique, dit avoir signé un nouveau contrat.

Thomas Michel Publié le 09/04/2022 à 08:30, mis à jour le 10/04/2022 à 14:07
L’actuelle procureur général est nommée au poste de Secrétaire d’état à la Justice à compter du 1er juin. J.-F. Ottonello

La refonte des sommets de l’état se poursuit à Monaco. Après la nomination de nouveaux conseillers-ministres et le renouvellement complet de son Cabinet de conseillers privés, le prince Albert II a décidé d’écourter, avec l’aval de la France, le détachement de son Secrétaire d’État à la Justice et directeur des Services judiciaires, Robert Gelli, pour nommer à sa place Sylvie Petit-Leclair. L’actuelle procureur général de Monaco prendra ses fonctions le 1er juin prochain.

Un choix acté dès la fin d’année dernière par le souverain qui, selon nos informations, l’avait annoncé de vive voix à Robert Gelli en décembre. Sylvie Petit-Leclair se sentant, elle, prête à relever un défi en accord avec son profil international, son indépendance et sa rigueur. Reconnue comme "professionnelle" et d’une "grande intégrité" (lire ci-dessous) par l’entourage du Prince, elle avait, dès son arrivée au Parquet en 2018, manifesté sa volonté de travailler en équipe et avec pragmatisme - notamment au dépoussiérage des Codes monégasques, tout en concédant une vie "monacale" en dehors des tribunaux, loin des mondanités.

À l’évocation du nom de son successeur, Robert Gelli répond par le silence. Un sourire en coin trahissant l’antagonisme notoire de ces deux bras de la Justice. Arrivé en octobre 2019 en Principauté, il avait été détaché pour une durée de trois ans renouvelable. Un détail de poids ayant été longtemps omis par la France et Monaco…

Une perte de confiance

Le 14 janvier dernier, Robert Gelli a en effet atteint l’âge légal de la retraite (67 ans). Une limite qui n’a fait qu’accélérer la volonté du Prince qui, selon une source proche du Palais, "n’a jamais eu l’intention de renouveler le détachement" de son Secrétaire d’État. Si des témoins de la vie pallatine nient tout « clash » entre le souverain et l’ancien membre du cabinet de Lionel Jospin à Matignon, tous décrivent une perte de confiance progressive et des "mensonges et maladresses" ayant conduit à la rupture.

 

Un différend peut-être résumé en filigrane dans le communiqué du Palais princer, hier. "Réaffirmant son attachement à une justice impartiale au cœur même de l’état de droit, le prince Albert II rappelle que l’indépendance et l’expertise de l’institution judiciaire sont essentielles à la confiance dont elle doit bénéficier de la part de tout justiciable."

Une communication initialement programmée au retour des vacances de Pâques - le Prince ayant accepté de maintenir Robert Gelli en poste jusqu’en mai - mais anticipée notamment en réponse à une campagne de presse peu flatteuse pour la Principauté, ces dernières semaines en France.

Une campagne durant laquelle Robert Gelli se serait trop affranchi de son devoir de réserve. La goutte d’eau ? Un article paru le 1er avril dans le Figaro et intitulé « Les magistrats, objets de tension entre Paris et Monaco ». Faux selon le Palais.

Un contrat signé dans le dos
du prince Albert II

Rencontré cette semaine, l’intéressé assure "ne pas être dans une posture de polémique" mais "ne pas comprendre" cette "situation inédite" alors qu’il "n’y a pas de griefs particuliers à son égard". Celui qui savait son heure arrivée plaide un "bilan positif" obtenu "en toute indépendance".

 

Robert Gelli affirme que le souverain était encore disposé à le prolonger l’été dernier. Le Secrétaire d’état confie d’ailleurs avoir entamé un nouveau contrat signé en « septembre-octobre ». Un contrat rédigé par l’Administration des Domaines sur instruction de l’ancien Cabinet du Prince et "visé par MM. Dartout et Castellini". Contrat que le Prince aurait découvert avec stupeur alors que ses directives étaient claires quant au non-renouvellement du détachement du magistrat français.

Des coulisses sur lesquelles Monaco-Matin reviendra plus longuement dès le début de semaine.

Robert Gelli cédera sa place à Sylvie Petit-Leclair le 1er juin prochain. Jean-François Ottonello.

Robert Gelli : "Je ne laisserai pas un champ de ruines"

Par voie de communiqué, le prince Albert II a tenu ce vendredi a remercié Robert Gelli "pour le travail effectué à la tête de la Direction des Services Judiciaires". Soulignant " l’intérêt éminent de nombre d’initiatives du Secrétaire d’état à la Justice qui ont, entre autres, conduit à la création de l’Institut monégasque de formation aux professions judiciaires ainsi qu’à la signature de divers accords franco-monégasques d’entraide et de coopération en matière de lutte contre le terrorisme ou encore de formation des personnels pénitentiaires."


Interrogé cette semaine à ces sujets, le Secrétaire d’Etat à la Justice confiait à Monaco-Matin ne pas courir après les récompenses et pouvoir "se regarder dans une glace".

Parmi les éléments de son bilan "positif", Robert Gelli se félicite d’avoir mis totalement en œuvre sept des dix recommandations du Greco (Groupe d’États contre la corruption), d’avoir fait "tout un travail d’évolution en interne" – notamment sur l’informatisation – et de laisser "beaucoup de choses en mouvement".


"Pas rancunier", il admet volontiers avoir vécu une expérience plaisante en Principauté, "en évitant de se préoccuper des bruits de couloirs qui sont à géométrie variable". Le Secrétaire d’État salue aussi la qualité des décisions de justice rendues et des professionnels en place, tout en reconnaissant une "grande qualité" différente de la France : les moyens financiers qui suivent les grands projets.


Enfin, il l’assure, il ne pratiquera pas la politique de la terre brûlée. "Je ne laisserai pas un champ de ruines."

"Madame Petit-Leclair est constructive... et elle n’est pas là pour se servir"

Originaire de Lorraine, Sylvie Petit-Leclair voulait être journaliste. A 66 ans, elle fait à nouveau les gros titres. Diplômée d’une Maîtrise de droit privé de l’Université de Nancy, cette mère de famille est issue de la promotion 1979 de l’École nationale de la magistrature.


Juge d’Instance à Châteaudun, Sannois et Vanves, avant de rejoindre le Tribunal de Grande Instance de Versailles comme Premier juge puis vice-président chargée de l’Instruction, l’actuelle procureur général de Monaco dispose d’une belle carte de visite à l’international, où elle a notamment officié aux Pays-Bas et au Royaume-Uni comme magistrate de liaison au service de la France. Avant de retrouver La Haye et Eurojust, l’Unité de coopération judiciaire de l’Union européenne.


Nommée procureur général à la Cour d’appel de Caen en 2014, elle a succédé à Jacques Dorémieux en septembre 2018 dans un contexte lourd pour la justice monégasque, alors bercée quotidiennement par les soubresauts de l’affaire Bouvier-Rybolovlev.


Pragmatique, elle a tenu sa ligne humaniste et milité sans mots couverts pour renforcer le Parquet.


Jugée "constructive" dans les couloirs du Palais, elle a surtout la réputation d’une incorruptible hermétique aux pressions. "Elle n’est pas là pour se servir", résume un témoin de son ascension.

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