L'adolescent vient dealer "sans autorisation" dans la cité, il se fait torturer 24 heures: l'un de ses tortionnaires condamné

L'adolescent avait été sauvagement lynché, coupable d'être venu vendre sans autorisation quelques barrettes de shit dans une cité de Marseille: mercredi, l'un de ses tortionnaires, aujourd'hui âgé de 20 ans mais mineur à l'époque des faits, a été condamné à dix ans de prison ferme.

AFP Publié le 18/11/2022 à 13:12, mis à jour le 18/11/2022 à 13:03
L'adolescent avait été sauvagement lynché, coupable d'être venu vendre sans autorisation quelques barrettes de shit dans une cité de Marseille: mercredi, l'un de ses tortionnaires, aujourd'hui âgé de 20 ans mais mineur à l'époque des faits, a été condamné à dix ans de prison ferme. Photo NM

L'avocate générale, Marie-Laure Ferrier, avait requis 12 ans de réclusion contre l'accusé, reconnu coupable par la cour d'assises des mineurs des Bouches-du-Rhône d'enlèvement et de séquestration accompagnée de tortures et d'actes de barbarie. Quatre majeurs seront prochainement jugés dans ce dossier.

La jeune victime, âgée de 16 ans, avait fugué d'un foyer de l'aide sociale à l'enfance de Chartres (Eure-et-Loir) où elle était placée pour venir à Marseille, cédant aux sirènes de trafiquants de drogue qui, sur les réseaux sociaux, font miroiter des gains importants pour les guetteurs et charbonneurs (NDLR: les vendeurs).

Mais cela avait rapidement mal tourné. En août 2019, dénoncé par un guetteur alors qu'il tentait d'écouler du "shit" en free-lance dans la cité Félix-Pyat, l'adolescent est conduit dans un local associatif désaffecté.

Lors d'un calvaire de 24 heures, il est frappé à coups de pied, de poing, de barre de fer, attaché nu sur une chaise.

Ses geôliers lui infligent de nombreuses et très graves brûlures avec des cigarettes, lui occasionnant une quarantaine de cicatrices. "Deux grands m'ont brûlé les parties génitales. Je pense que c'était un chalumeau car j'avais les yeux bandés. Je sentais de l'air et un gros feu, je hurlais de douleur", avait-il raconté aux policiers.

 

Il sera finalement libéré par des jeunes habitants de la cité et conduit à l'hôpital.

"Peur et loi du silence"

L'accusé mineur, jugé seul depuis une semaine, avait été désigné par la victime comme un des jeunes qui lui avait asséné des coups de barre de fer et l'avait contraint à sniffer de la cocaïne. Mais c'était "quelqu'un de lambda, pas un chef", avait précisé l'adolescent torturé.

Tout au long de l'instruction et à l'instar de la plupart des autres impliqués, l'accusé a nié toute participation aux faits. Parmi les accusés, un seul a reconnu avoir porté des coups de pied et de poing.

Et surtout, il a toujours contesté être agressif: "Même une mouche je la tue pas, même un cafard j'ai peur", avait-il dit au juge d'instruction.

 

La cour d'assises lui a accordé l'excuse de minorité, qui réduit à 20 ans de réclusion le maximum de la peine encourue pour de tels faits, au lieu de la réclusion criminelle à perpétuité.

Son avocat, Me Philippe Jacquemin, avait plaidé l'acquittement au bénéfice du doute. "On est sur un dossier subjectif, avec une reconnaissance de mon client à deux reprises par la partie civile, quelqu'un qui a subi des choses atroces. Mais vu le monde présent lors des faits, il s'est trompé", a-t-il redit à l'issue du verdict.

A l'inverse, pour l'avocat de la victime, Me Xavier Torre, "ce verdict est aussi un message adressé à ces quartiers où règnent la peur et la loi du silence. Il faut alerter les autorités lorsqu'il s'y passe quelque chose de grave".

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