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La sexagénaire a-t-elle dépouillé de sa fortune sa tante malade?

Mis à jour le 31/10/2017 à 20:46 Publié le 31/10/2017 à 20:40
"Je lui ai fait confiance et je lui remettais les billets dans une enveloppe en m’assurant qu’il n’y ait aucun témoin…", a relaté la sexagénaire de Sospel devant des juges médusés.

"Je lui ai fait confiance et je lui remettais les billets dans une enveloppe en m’assurant qu’il n’y ait aucun témoin…", a relaté la sexagénaire de Sospel devant des juges médusés. Photo d'illustration Michael Alesi

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La sexagénaire a-t-elle dépouillé de sa fortune sa tante malade?

Administratice judiciaire de la victime, cette sexagénaire est accusée d'avoir dilapidé un compte bancaire et versé 100.000 euros à une inconnue! Sans faire étalage de cette richesse soudaine…

Affabule-t-elle pour masquer ses mauvaises intentions? Ou bien a-t-elle été d'une crédulité ridicule et impardonnable? L'histoire racontée par Gertrude*, une retraitée demeurant à Sospel, devant le tribunal correctionnel, est des plus surprenantes.

Nommée, dès juin 2014, administratrice judiciaire de sa tante âgée, la sexagénaire a retiré une somme de 104.300 euros du compte bancaire de sa protégée. En a-t-elle profité?

Quelque 100.000 euros auraient été remis à une femme rencontrée par hasard au village, dont l'entrepreneur de mari était étranglé financièrement par la crise économique. Sans aucun document compromettant ni précautions pour joindre "l'heureuse" bénéficiaire!

En voyant la fortune de la victime, aujourd'hui atteinte de la maladie d'Alzheimer et placée à la résidence du Cap-Fleuri, fondre à pareille vitesse, une plainte a été déposée. Et pour cause ! Dès que la nièce a eu accès aux comptes bancaires, elle a très rapidement détourné l'argent.

Retraits successifs et versions divergentes

En audience au tribunal correctionnel de Monaco, le président Jérôme Fougeras Lavergnolle égrène les malversations au sein de cette relation. On retiendra plus spécialement dans ce désordre de conduite les comparaisons des retraits en espèces sur le compte CFM : 11.500 euros sur treize mois entre 2013 et 2014, puis 83.600 euros de 2014 à 2016. Quant au patrimoine de la vieille dame résidant en Principauté, il était composé en grande majorité d'argent et titres placés au CFM, à la BNP et sur un compte épargne. Soit un total de 613.700 euros.

Quand le magistrat demande des explications sur les ponctions numéraires successives, à la barre la tutrice réfute d'avoir profité du moindre centime. En fait, si elle a piétiné allègrement le droit et la morale, c'est par ignorance, naïveté, ineptie. Mais surtout pas par esprit de lucre. Pourtant on pourrait douter de la sincérité d'une personne qui fournit cinq explications différentes.

Au début, l'argent a servi pour combler son addiction au jeu. Puis, c'est l'achat d'appareils électroménagers et télé afin d'équiper son logement… S'en suivent l'acquisition de cadeaux ou encore les traditionnelles emplettes pour l'usage courant!

Pour en arriver à l'ultime version: il a été remis à une personne du village de la vallée de la Bévéra pour pallier ses problèmes financiers. "C'est bizarre, soulève le président. Pourquoi avouer à la cinquième audition?"

"Je ne pouvais pas lâcher le morceau"

"Je ne pouvais pas lâcher le morceau, prétend la retraitée. Je pensais que tout pouvait se régler rapidement. Entre-temps j'ai essayé de retrouver cette personne.

- Dans la commune, aucune administrée ne correspond aux patronymes et signalement que vous avez fournis aux enquêteurs. On ne la connaît pas. Vous lui avez tout de même prêté 100.000 euros! Comment ne pas en savoir plus sur cette supposée Patricia?

- Je ne lui ai jamais posé de questions. Je ne voulais pas qu'elle sache d'où venait l'argent… On prenait rendez-vous pour le lendemain quand on se croisait. Puis je ne l'ai plus vue. Mais je vous certifie qu'elle existe et elle m'a bien demandé de l'aider pour reflouer l'entreprise de son mari. Je lui ai fait confiance et je lui remettais les billets dans une enveloppe en m'assurant qu'il n'y ait aucun témoin…

- Sans même une reconnaissance de dettes ? Ni un numéro de téléphone?

- Aucun papier ! Je n'ai jamais donné mes coordonnées par crainte qu'elle m'appelle à la maison…

- Étiez-vous une héritière de la fortune de votre tante?

- Mon nom figurait parmi les trois personnes mentionnées sur son testament.

- Au cours de la perquisition à votre domicile, on a retrouvé l'intégralité de ses bijoux. Pourquoi?

- Quand il a fallu débarrasser l'appartement de Monaco, ma marraine m'avait suppliée de lui garder une boîte qui contenait ses pièces…

- Vous n'avez jamais déclaré au juge tutélaire que vous les conserviez?

- Quand j'ai montré les joyaux à ma tante, elle m'a conseillé de les garder…»

Voix de la partie civile, Me Sarah Filippi croit rêver en rappelant l'affaire. L'avocate aurait au moins espéré que la nièce regrette son geste ; qu'elle aide la police.

"En échange on obtient à cinq reprises une version incohérente. À Patricia, on va lui donner de main à la main une centaine de milliers d'euros en dix-huit mois ! C'est un dossier aberrant! Aucune preuve! Aucune trace! Mais une grande générosité! Parce qu'elle perd la boule, ma cliente va se faire bouffer l'argent par les siens. En son nom, je sollicite le remboursement des sommes et la condamnation."

"Aucun train de vie modifié"

Le premier substitut Olivier Zamphiroff se demande quelle est la personne devant lui ? Combien de visages a-t-elle ? On ne sait pas où est la vérité dans cette version surréaliste. D'autant qu'à Sospel on a le sens de la terre, de l'argent: un euro c'est un euro !

"C'est une menteuse hors pair, clame-t-il, avec quatre cerises ou quatre barres dans les yeux. Je ne crois pas à la remise d'une telle somme sans un écrit, ni à un prêt avec compassion. Cette femme a dépecé sa tante pour son bien-être!"

Une peine de six à douze mois sera requise, pouvant être assortie du sursis.

Enfin, cette très longue audience est ponctuée par la défense qui revient sur l'incapacité de la nièce à fournir des explications sur l'utilisation de l'argent.

"Alors où est-il allé?", se demande également Me Christophe Sosso.

"Aucun train de vie modifié, un casier judiciaire vierge, une conduite et une moralité conforment d'après la gendarmerie. Les témoignages sont élogieux : honnêteté, serviabilité, désintéressement… Alors, j'ai tendance à croire à ma cliente quand elle évoque un aigrefin qui a profité de sa naïveté et de sa simplicité…"

L'affaire a été mise en délibéré et la décision sera rendue le mardi 14 novembre, à 9 heures.


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